Les 7 constellations - épisode 3 - Triangulum
Extérieur nuit.
Ouverture sur une éruption « tranquille » du Mont Rainier, pour commencer à nouveau avec un volcan, celui-ci bien connu dans l'univers de Shadowrun. L'image s'ouvre directement sur le cœur rougeoyant du cratère de nuit; en reculant vers le sommet, la caméra traverse les rideaux de lave vomis par la bouche du monstre et les scories incandescentes pulvérisées dans l’air, elle tournoie tout autour en s’éloignant, formant ainsi une spirale tranquille qui dévoile peu à peu le paysage et la région, et aboutit à survoler, toujours de nuit, la ville de Seattle (version 2081), son trafic terrestre et aérien, ses gratte-ciels, ses arkologies gigantesques, ses publicités numériques géantes, etc.
Puis la caméra s’oriente vers le zénith en embrassant toute une portion du firmament étoilé. Le nord-est d’un ciel boréal d’été. La Petite Ourse, Céphée, Cassiopée, puis Pégase, Andromède... et enfin le Triangle. Des lignes pointillées apparaissent et relient les 3 étoiles principales. Son nom latin apparaît : Triangulum.
Alors tout disparaît, rapidement masqué par des
nuages. La caméra vise peu à peu vers le
sol, on reconnaît New York en arrière plan, on descend ensuite le long d'une colonne de fumée qui aboutit au crâne carbonisé d’une
femme.
Trois coéquipiers s’engouffrent à l’arrière d’un Van GMC blindé d’allure discrète dont on n’a d’abord vu que la pilote, de profil, en gros plan, écoutant de la musique des Chawa’s Seven. Nous sommes sur un parking à proximité immédiate du fameux New Jersey Turnpike, qui commande l'une des sorties de l'agglomération new-yorkaise. La pilote allume le moteur et se tient prête à démarrer.
On reconnaît immédiatement l’un d’entre eux, un elfe vêtu d’un manteau en synthécuir, les yeux encore nimbés de flammes... C'est Valandir. On voit le cadavre à la tête charbonneuse d'Eleanor WHITAKER fumer sur le parking, mains menottées dans le dos, dans un travelling à travers la lunette arrière. Tak, le gros troll japonais, samouraï des rues câblé de partout, est très stressé et suggère: "je suis pour qu’on se barre vite fait, tomodashis" ; Kim, la maigre orque humanoïde, vêtue d’un treillis de combat camouflé noir et gris, retire sa cagoule de laine noire qui dissimulait son visage émacié et engueule Valandir : « mais Valandir pourquoi t’as fait ça pauvre abruti ? ».
Valandir essaie de la rassurer de ses yeux illuminés d’une flamme ardente: « Ce qui est fait n’est plus à faire ».
Après un temps d'arrêt, elle s’énerve : « Ouais, pour les proverbes on a Tak déjà, tu ferais mieux de ne pas t'y mettre aussi, putain de merde... On aurait pu tirer des renseignements de Whitaker en étant un peu moins cons ! On aurait pu savoir où Daichi se planque, et pour Ahmed, et les autres espèces de porcs!!! ».
Tak : « en tout cas je redis une seconde fois que suis pour qu’on se barre vite fait. J’entends déjà les sirènes de la Lone Star! Le renard qui tarde devient une proie... » De fait, les sirènes de la police privée des UCAS retentissent dans la nuit et des flashes rouges et bleus s’approchent dans le ciel noir.
Genesys, après avoir allumé le moteur du van GMC, vroum, vroum… : « Valandir, je fais quoi ? ».
Kim : « Ne démarre pas, bordel ! Il faut fouiller le cadavre, faire disparaître les traces ! ».
Valandir: "On a trente secondes pour la foutre dans le coffre; toi Kim, tu m'aides à caser les armes et les bagages à l'avant, et Tak la ramène".
Les portières s'ouvrent et chacun s'exécute. Fermeture du coffre. Retour dans la bagnole. Genesys démarre en trombe.
Kim: "Putain on aurait pu faire pareil avec la nana vivante! La foutre bâillonnée dans le coffre, faire un peu moins les cons! L’interroger dans un autre lieu, dans des circonstances moins nerveuses pour tout le monde !"
Valandir reste calme après avoir épousseté les manches de son manteau, encore pleines de brindilles charbonneuses de cheveux qu’il effrite entre ses doigts, « mais enfin Kim, je n'étais pas nerveux! Tu l’as entendue toi-même… Un interrogatoire n'aurait mené à rien, j'en suis sûr. C'était la première gâchette du Policlub Humanis, bordel! Une ordure de première. Elle n’aurait jamais parlé. »
(Générique saison 1.)
***
2059 s'affiche en rouge sur fonds noir.
Extérieur jour
On entend le rugissement des moteurs d'un avion de ligne déchirer le silence et quand l'image réapparaît soudain, c'est celle d'un gros porteur en train de s'écraser quelque part dans la campagne de l'état de Washington, non loin de Tacoma (à la frontière entre le district de Seattle et les territoires de la nation Salish Shidhe). Des flammes semblent rugir jusqu'au ciel au moment où l'explosion au sol fracasse la carlingue sur une colline.
Extérieur jour
Valandir, soudain très rajeuni (il a 17 ans) a les yeux fermés, il est assis sur un vieux banc de pierre quelque part dans un parc forestier en friche. Le bruit de l'avion qui s'écrase tourne en boucle. Il rouvre les yeux au moment où l'image des flammes était la plus intense et la plus rouge: sur les cheveux de sa mère se consumant dans des cris de douleur déchirants poussés par son père; du feu est à la place de ses pupilles. Il hurle de tristesse comme un loup, puis serre les poings. Dans la douleur du souvenir de la mort de ces parents qu'il adorait, il lève son bras droit et envoie un coup de poing imaginaire vers un rocher situé à quelques pas de distance. Un petit éclair de flammes sort de son poing et va s'écraser en flammèches sur le rocher. Le jeune Valandir regarde son poing tout éberlué.
Extérieur jour
On retrouve Valandir marchant au milieu du campus, en cape d'étudiant d'une université d'état des UCAS où il a obtenu une bourse de pensionnaire, puis on comprend sa routine en quelques plans qui se succèdent: il fait du sport (musculation, course à pied), embrasse une fille dans un petit lit, étudie la chimie et la physique pendant la journée, et apprend à apprivoiser ses pouvoirs magiques la nuit (jonglant avec des balles de feu par exemple). Jusqu'au jour où, seul elfe de sa cohorte, il subit du harcèlement de la part de trois "camarades":
- "Alors Va-leur-dire, il paraît que tu t'es tapé la prof de physique?
- Regarde, t'as déjà 500 views sur MeFeed, hashtag nécrophile!
- Qu'est-ce que tu lui as fait à la prof, avec tes oreilles pointues, pour avoir la note max à tous les partiels, chummerdrek?"
Valandir continue sa route sur le chemin principal du campus. Mais la meute est derrière, abreuvée aux réseaux viraux d'extrême droite, certains déjà proches du Policlub Humanis (on le voit à leurs pin's), et trois gueules de chiens (l'un de type caucasien, le deuxième d'origine noire africaine et le troisième d'origine latino) lui aboient leurs torrents de haine: "Ta mère suce des queues de nains en enfer, sale bâtard d'orphelin de bouffeur de pissenlits! "
Alors il s'arrête et se retourne. Ses yeux sont nimbés de flammes. Il rentre en transe et un petit esprit de feu d'une trentaine de centimètres de haut apparaît au-dessus de son épaule. Les trois gueules de chiens sont interloqués. Un petit loup de flammes leur crame les cheveux, l'un après l'autre, en bondissant avant de disparaître en fumée... et ils s'égaillent en hurlant.
Deux semaines plus tard, il comparaît devant le conseil de discipline de l'Université et est renvoyé pour "usage violent de mana dans une enceinte universitaire laïque ayant entraîné des blessures graves chez trois camarades". Exclusion assortie du fichage de son Serial International Number (SIN) ce qui signifie que ses moindres transactions financières seront désormais surveillées, ses moindres allées et venues, sa localisation permanente enregistrés. Le doyen de l'Université est une vieille pourriture.
Alors il se retrouve à la rue. On le voit revendre pièce par pièce les objets qu'il possède, des livres, des gris-gris, des talismans et autres pierres et étoffes précieuses qui composaient sa loge de magicien, pour pouvoir manger à sa faim. Heureusement, Valandir a développé des atouts en plus d'être magicien: il a confiance en lui, il a une autorité naturelle, il est sportif et baraqué. "Le profil parfait pour un videur" se dit-il...
Deux ou trois nuits glacées plus tard, passées à dormir sous un carton ou près d'un brasero de fortune en compagnie d'autres métahumains rejetés, avec lesquels il sympathise très vite et qui lui indiquent un bar où on embauche, le voilà prétendant à un poste d'agent de sécurité magique dans le même établissement où un certain Takeshi KATAUENDO est le videur principal. Ce bar réputé pour son côté sulfureux est le Fire and Blood, sorte de grand rade de nuit pour éveillés; il se trouve que le patron recherchait un mage de combat pour faire le ménage dans le mana quand ça devient nécessaire. Valandir fait valoir ses atouts en guise de démonstration, et il obtient le poste.
Quelques semaines de routine plus tard, avec deux ou trois interventions qui nous révèlent les différentes facettes du personnage et son amitié naissante avec Tak, c'est un habitué du bar qui lui demande un service. Deux services, trois services... Aller porter un paquet. Puis servir d'homme de main lors de diverses transactions entre hommes d'affaires anonymes, une fois avec Tak, pour le compte d'un certain mister Johnson. On voit à plusieurs plans entrecoupés sur l'affichage numérique de leur créditube qu'ils reçoivent des sommes d'argent de plus en plus importantes.
Un soir de balayage dans le Fire and Blood:
- "... (soupir) tu sais Tak, ça m'emmerde grave cette histoire de signature magique. Les types refusent que je me serve de ma magie... Ils insistent, ils veulent que je reste discret. Pourtant la solution la plus simple est souvent de tout brûler!
- Je te comprends mon ami, mais l'usage de magie génère souvent des risques supplémentaires: tu deviens la cible principale, tomodashi. On bute le Mago en premier c'est bien connu. D'ailleurs j'ai un haiku qui parle de ça. C'est mon ancien maître d'armes qui me l'a appris:
"Lune trop brillante
Rassemble nombre d'ombres
Qui pointent l'arc vers elle"
- Une jolie image... Ce qui veut dire que je serais sans doute plus efficace en équipe plutôt que solitaire... A commencer par un gros type baraqué qui me protégerait le temps que je lance mes sorts... Mais où trouver un tel compagnon ?"
Tak se marre. Valandir lui fait un clin d'oeil.
- "Tak, tu crois que tu me rendrais un service? Je voudrais perfectionner mon art du sabre.
- Tu veux que je t'entraîne, c'est ça?
- Oui.
- OK, pas de problème. Je connais une salle de sport clandestine qui sera parfaite. Mais qu'est-ce que tu proposes en échange?
- Je n'ai pas grand'chose à t'offrir à part mon amitié et la promesse d'être un apprenti studieux et appliqué. Mais je peux te payer en partie sur nos futurs boulots si tu veux?
- "A l'ami qui offre son pas on ne paie pas le chemin". Garde ton créditube mon pote, tu es plus pauvre que moi.
Tak va donc enseigner à Valandir l'art du katana, certains soirs, dans une vieille salle de sport fréquentée par des éveillés (elfes, orques, trolls...). Dans un montage très serré, on voit le jeune elfe progresser à vue d'oeil. Et puis ils vont aussi continuer ensemble, un temps, deux ou trois petits boulots. Ce sont leurs premiers "runs". Un soir, alors que le bar est fermé et que Tak et Valandir se dirigent vers la salle de sport, ils interviennent pour mettre en déroute un petite bande de gangers qui s'en prenaient à des jeunes clodos trolls. Valandir, qui n'est pas en mission pour une fois, lâche une boule de feu à cette occasion, mais sans maîtrise: la boule de feu fait 8m de large et occasionne des dégâts plus ou moins considérables aux véhicules garés là et aux passants imprudents. On en profite pour voir que Tak est un combattant redoutable que ce soit avec un sabre (son arme privilégiée) ou un Arès Predator (le pistolet lourd de tous les samouraïs des rues qui se respectent). Malheureusement, les deux compères, arrêtés par la Lone Star après l'incident, sont obligés de démissionner du Fire and Blood.
Mais ils peuvent vivre comme shadowrunners désormais. Valandir perfectionne sa maîtrise du sort « épée enflammée ». Il assure des missions où il se spécialise dans les incendies, de destruction ou de diversion. Quand il n'est pas en mission, il se retire quelque temps dans la loge elfique qu’il s’est reconstruite dans son appartement, et s’exerce à invoquer des esprits de feu de plus en plus grands. Flanqué de son compère qui de son côté s'est un peu équipé en atouts cybernétiques et connectés, ils contribuent à rapidement pacifier une situation de danger lors d’un concert d’underground orque, où l’on a vendu trop de billets.
Puis un nouveau contact avec Mister Johnson, mais cette fois ils ne sont pas là pour être ses hommes de main, ils sont partie prenante de la transaction qu'il propose. Il leur confie une mission d'escorte auprès d'un cadre corporatiste à exfiltrer de chez l'AZTECHNOLOGY pour le compte de la RENRAKU. On ne voit que des extraits rapides de l'opération, suffisamment pour comprendre l'étendue désormais importante des talents et de la complémentarité de nos deux compères, et l'importante somme d'argent qu'ils empochent à l'issue de leur mission.
***
Août 2080
Extérieur jour.
Genesys annonce, connectée à l'avant d'une berline sportive, que "l'on vient de rentrer dans le district de Warrenton. Donc c'est officiellement le territoire de Tir Tairngire. On est chez les copains de monsieur VALANDIR."
Celui-ci répond: "Valandir tout court, ça ira très bien Mme DA SILVA. Et je ne connais personne à Tir Tairngire, que cela soit dit, même s'ils ont toute ma sympathie.
- Ah, ok excusez-moi. Vous pouvez m'appeler Genesys, pareil, ce sera plus simple".
Tandis que les immeubles de Warrenton défilent, Mister Johnson envoie un nouveau pass qui apparaît sur tous les commlinks et permet de circuler librement dans le district côtier.
Valandir, un peu gêné par le silence qui règne à bord: "Je me demande combien ça vaut un pass comme ça?
- Oh, plusieurs milliers de nuyens pour ce qui est de Warrenton, buddy!" répond Genesys.
- "C'est 2500 nuyens, je viens d'aller vérifier avec mon IA, ajoute Kim, visiblement sûre du chiffre qu'elle avance. C'est déjà pas mal, l'enclave de Warrenton et de l'embouchure sud du fleuve Columbia est dans le top 20 des tarifs douaniers les plus gros sur ce continent... et là on parle d'un vrai quartier de bourges, probablement rempli de toutes sortes de gros porcs..."
Un silence s'installe après cette affirmation qui ne souffre pas de réplique. La voiture dépasse la ville, se dirige vers la mer, sur le front duquel des dunes et des collines abritent quelques espèces d'épicéas solides et élancés. Survolant la berline de Genesys et le trafic routier quasi inexistant, la caméra regarde vers l'Ouest, vers le large, et l'on voit le cou de plâtre blanc lisse d'un cygne géant qui dépasse au-dessus de la cîme des arbres. Genesys diffuse une image filmée en direct avec ses drones. C'est une villa très surprenante dans laquelle ils s'apprêtent à pénétrer. Construite dans le sable au bord de mer, flanquée d'une sculpture réaliste massive d'un cou de cygne, elle donne dans l'océan et se décline toute en courbes et en ovales sur deux niveaux souterrains donnant respectivement sur la plage et sur la mer, et quatre niveaux d'habitation supérieurs aux formes rappelant les ondulations des plumes sur le corps du cygne. Une piscine bleue gigantesque de formes curvilignes asymétriques occupe une grosse partie de la terrasse du niveau zéro, on aperçoit deux silhouettes de gardes du corps patrouiller au bord, visiblement marqués par la chaleur.
- "ça sent l'harmonie ici, je commence à pas me sentir bien" dit Kim dans une grimace qui semble sincère.
- Eeeeh là on ne vomit pas sur mes sièges en cuir, l'orque!" s'indigne Genesys, tandis qu'elle emprunte la route privative après avoir traversé le portail soudainement ouvert.
- "Moi je trouve que ça sent le pognon à plein nez", rétorque Valandir.
- Tak conclut (comme souvent) par des proverbes de son cru: "sous la laque brillante, le bois peut être creux... Mais le jardin vrai se reconnaît au souffle qu’il laisse en toi".
Cut sur noir.
***
Extérieur soir. On entend de la musique au piano, puis fondu en ouverture sur l'une des pièces d'apparat de la Villa du Cygne, la grande salle de musique, auditorium de forme ovale avec un petit bassin au milieu, dont une moitié est fermée de murs blancs enchâssés d'une grande porte à double vantail, et l'autre moitié, longée de colonnades, aboutit sur une loggia oblongue donnant sur la mer, au deuxième étage de la villa. Le Soleil du soir perce à travers les puits de lumière. Un piano à queue augmenté de diverses tablettes et autres instruments de commande digitaux et holographiques trône sur une large estrade au foyer de l'ellipse. Une jeune princesse elfique au sang indien, vêtue simplement et somptueusement à la fois, est en train de jouer. Sa musique est merveilleuse et envoûtante.
Elle tourne la tête légèrement et observe du coin de l'oeil le groupe qui vient de rentrer dans la pièce, formé de Silvermoon, son père, petit elfe vieux et chétif aux cheveux blancs à peine plus haut qu'un nain, d'un cyborg élégant aux allures vénitiennes, d'une orque dégingandée, d'une latino en combinaison moulante de pilote, d'un grand troll en costard avec des lunettes connectées, et enfin et surtout d'un elfe en cape de synthécuir rouge et noir, qu'elle trouve particulièrement sexy.
Valandir la trouve belle, il est magnétisé, instantanément. Il sait ce qui va se passer entre elle et lui. Dès le début, il le sait. Un débit anormal de frotons (matérialisés à l'écran par des petits éclats de lasers roses très furtifs qu'ils échangent, façon bullet time des frères Wachowski) s'établit instantanément entre elle et lui. D'ailleurs elle l'a repéré du coin de l'oeil.
Il est amoureux d'elle, et désormais il l'attend.
***
On retrouve Genesys et Valandir à bord d'une voiture qui poursuit un scooter où Manichawa et Hyperbolasse ont pris place. Scène déjà entraperçue dans l'épisode précédent.
Genesys est pensive à propos de la jeune elfe indienne:
- "Elle est super indépendante en définitive... Mais quel charme fou elle a! Quand elle te regarde, c'est comme si elle te parlait directement dans la tête. Une vraie Galadriel..."
Valandir répond avec beaucoup de calme et de lenteur: "Oui, elle a un charme au-delà de la norme, même pour une elfe. Nul doute que c'est une face. Logique qu'elle soit une artiste internationale... Mais n'empêche, elle nous fait chier. Bon largue-moi là, je vais les rejoindre là où elles sont.
- Elles se sont arrêtées près du plus gros club privé de la ville, à deux pâtés de maison d'ici. Traverse la route qui est là, tu vois? Après tu ne peux pas le louper. A plus, sors-lui ton numéro de charme!". Genesys et Valandir se sourient.
Extérieur nuit. On suit Valandir à pied, de dos. Il traverse la rue tandis que Genesys éteint le moteur et commence à têter des bouffées sur sa vapoteuse. Puis il s'approche du "Warrenton Meta Club", un bar-restaurant gigantesque protégé à l'entrée par deux solides orques baraqués, très animé, avec des clients qui entrent ou sortent. Un maître d'hôtel elfique parfaitement élégant vient de faire entrer Manichawa et sa copine. Elles sont déjà attablées dans un coin discret, un photophore sur le guéridon en guise de source lumineuse, elles trinquent en riant lorsqu'il rentre à son tour. Il se trouve qu'elles parlaient de Valandir, et quand Manichawa l'aperçoit, elle se tourne vers Hyperbolasse en lui disant d'approcher et chuchote:
- "Tu vois, j'en étais sûre! Comme par hasard, c'est lui qui vient me chercher...
- Bah en tout cas ils n'ont pas mis longtemps pour te remettre le grappin dessus. Il est beau ce mec mais il a un air sombre... Tu devrais te méfier!
- T'inquiète, c'est ce que je fais. Je me méfie des types qui veulent jouer les protecteurs, j'ai pas besoin d'eux. Mais bon, juste pour une nuit... Pourquoi pas?". Elle a encore le temps d'adresser un clin d’œil complice à sa copine, quand Valandir, arrivé près de leur table, s'assoit dans un fauteuil vide:
- Bonsoir mesdames... Ravi de vous retrouver dans un endroit qui semble sûr.
- Bonsoir m'sieur Valandir!", répond nerveusement Hyperbolasse.
- " "Valandir", ça m'ira très bien", lui dit il avec un beau clin d'oeil qui la fait fondre. Il se tourne vers Manichawa qui prend un air de défi. "Ecoutez, je n'irai pas par quatre chemins. Vous savez parfaitement que vous auriez dû nous aviser de cette sortie. On aurait pu organiser l'escorte. Au lieu de ça on a été obligés d'improviser, et ce n'est jamais bon, croyez-moi. Notre boulot c'est de vous éviter les ennuis, Chawa.
- Oui mais mon boulot, c'est de préparer une tournée mondiale et de finaliser mes textes. Et je ne suis pas sûre que vous soyez encore suffisamment intime pour vous autoriser à m'appeler "Chawa" en personne.
- Je suis un grand fan de votre musique, ça ne compte pas? Vos fans, en concert, ils vous appellent bien Chawa, non?" Elle tente de l'interrompre, mais il tient à garder la parole: "et puis je ne vois pas le rapport. Vous pouvez très bien faire votre boulot dans votre salon de musique somptueux, princesse.
- Evidemment, vous n'y connaissez rien en matière artistique. Mais sachez, très cher, que les artistes ont besoin de vivre pour créer! De liberté! Alors si je veux boire un verre avec ma pote, je n'ai besoin de l'autorisation de personne, pas même de vous!
- Pas même de Silvermoon?
- Non. Mon... père, eh bien mon père est un homme compliqué. Lui aussi il a tendance à me surprotéger, mais je ne suis plus une petite fille. Je sais ce que je veux.
- On ne vous surprotège pas, on fait notre taf, du mieux qu'on peut. Fort heureusement, nous étions prévenus de votre caractère impulsif. Mais excusez-moi, comment avez-vous fait pour déjouer le système de surveillance?
- Pff. Je suis chez moi, chummerdrek", dit-elle en détournant la tête d'un ton un peu méprisant.
L'expression déplaît à Valandir et le touche, mais il n'en montre rien. Un petit temps de respiration méditative, l'esquisse d'un sourire, et:
- "Bon, vous m'accordez un verre et on y va?"
Hyperbolasse, qui assistait jusque là silencieusement à la scène, un peu amusée et séduite aussi, accepte avec une joie non dissimulée:
- "Bien sûr Valandir, vous buvez quoi?"
Et Valandir répond: "un Get 27 avec de la vodka et des carrés de chocolat noir", tandis que Manichawa fait discrètement les yeux ronds à son amie en signe de désapprobation. Mais cette dernière s'en fiche:
- "Mmh, original votre cocktail, ça s'appelle comment?
- Je viens de le baptiser Hyperbolasse."
Elles gloussent l'une après l'autre, l'une gênée, l'autre très secrètement séduite. Cut.
***
Extérieur jour.
Une atmosphère inhabituelle règne à la Villa du Cygne. Le cyborg de cuisine en chef, Alfred, distribue ses ordres à une cohorte de robots et d'apprentis humains. On prépare des fleurs, de la décoration, un gros gâteau d'anniversaire est stocké en secret dans la chambre froide, en face des rayons de bouteilles de Champagne. Du matériel de musique est sorti des studios du 2e étage, et installé sur les terrasses privées du 3ème.
Valandir est attablé au bar du niveau -1, plus frais, plus organique, plus aéré. Il y a un petit parc intérieur avec un petit lac de cygnes au milieu, c'est charmant... mais désert, comme souvent. Giacomo est assis à côté de lui et lui montre la liste des invités.
- "Mmmh, voyons. Pff elle est interminable cette liste... Giroldo STONE... OK, ça c'est son producteur; Benny BTL... un ami à elle, star du gansgta rap; Ahmed AL FOUZIA..." Il reste sans voix. Alors Giacomo suggère distraitement: "euuuh.; un ami!"; Valandir reprend sa litanie: "Mamie Medusa... présidente du fan club officiel, OK... Mais tiens, qui sont les Lee? Rose et Archibald Lee?" Il montre une petite photo du doigt, dans le brief de la soirée.
Giacomo reprend avec une moue un peu blasée: "oh, ce sont les voisins monsieur. Un vieux couple de partouzeurs qui a fait fortune dans le domaine de l'énergie solaire. Mais ils sont très civilisés quand ils le veulent. Je crois qu'ils ont senti que depuis quelque temps, mademoiselle Chawa est en train de monter en spirale dans une carrière fulgurante, et qu'ils se flattent d'être les voisins de l'étoile montante des charts internationaux..."
Fondu enchaîné. Extérieur nuit. Valandir se promène parmi les invités, au bord de la piscine, une coupe de champagne à la main, pendant que les Chawa's Seven donnent un live aussi sympa qu'ils le peuvent (ils n'en sont encore qu'au début des répétitions et jouer au sommet de la villa n'embellit pas le son). Il s'approche d'une table où Silvermoon est installé avec quelques amis aux allures d'hommes d'affaire et tirés à quatre épingles. Ils trinquent à l'anniversaire de la star de la B Synthé Pop. Beaucoup fument les cigares. Les épouses sont toutes plus ou moins de vingt à trente ans plus jeunes. Cela discute affaires de droit du commerce et de plaidoiries assurées par IA. On parle aussi d'architecture, de politique corporatiste... et de Manichawa, en devisant joyeusement:
- Ta fille chante merveilleusement, elle a l'air d'aller mieux, non?" demande un vieux nain à la barbe grise à Silvermoon assis à côté de lui.
- "Ma fille va mieux, elle est prête pour la grande tournée qui s'annonce. Elle a laissé les démons du passé, ça me fait du bien de la sentir en meilleure forme... Je sais qu'elle s'envole heureuse de partager ses nouvelles créations musicales dans une grande tournée. Elle semble libérée d'un poids depuis quelques semaines. Radio Cygne en a entendu, récemment, des heures de répétition et de composition!"
Valandir ne s'attarde pas et se dirige vers un autre groupe.
A ce moment, il entend la voix de Genesys dans son oreillette: "Tak, au large il y a un petit bateau bourré de fans dedans, buddy. Ils demandent si les Chawa's Seven peuvent brancher leur retour général en big bluetooh afin qu'ils captent mieux le son. Ils ne partageront pas sur les réseaux viraux, ils ne s'approcheront pas davantage. Ils lui souhaitent bon anniversaire. C'est des mômes, ils sont cools. Essaie de voir avec Giacomo ce que tu peux faire, ça leur fera plaisir !"
***
Décembre 2080
Retour au Babylon DC, peu avant Noël, pour le showcase de Manichawa et des Chawa's Seven. Tandis qu'une musique tonique retentit avec le son de la chanteuse au premier plan (ce son s'est affiné par rapport à l'anniversaire), la caméra, tout d'abord, est braquée sur un petit cabanon aux murs de lambris situé dans le fond de la salle, le PC de sécurité à travers la fenêtre duquel on voit Genesys en mode "contrôle de drônes".
Valandir n'est pas très loin, près des portes, à l'intérieur. Le concert a commencé depuis une bonne demi-heure et il y a foule. Mais juste devant lui au dernier rang s'agite une femme androgyne aux cheveux gris. Elle regarde son commlink, deux fois. Elle appuie sur son oreille (visiblement, il y aurait un système de com par oreillettes connectées). Et soudain retentit la chanson que Valandir a appris à préférer à mesure de l'entendre passer sur Radio Cygne (la radio de la playlist officielle de la villa, dont les morceaux sont souvent interprétés par Manichawa elle-même même si ce ne sont pas toujours des compos). Et à peine après quelques secondes du morceau, la femme élégante aux cheveux blancs coupés en carré tourne le dos au public et se dirige vers la sortie d'un pas décidé. Mais elle a un microregard en sa direction, et ce microregard indique à Valandir qu'elle est en train de ruminer un bobard pour qu'il la laisse passer. Bref, son instinct hurle.
Cut sur les oreillettes de Kim, puis sur celles de Genesys. On entend Valandir articuler fortement et fermement:
"DANGER DE MORT SUR LA CIBLE ! – PROTEGEZ-LA ! – RETRAIT IMMEDIAT ! – Je répète, RETRAIT IMMEDIAT ! »".
Cut sur les oreillettes de Tak. Celui-ci bondit sans réfléchir sur la scène et s'empare littéralement de la chanteuse en tâchant de l'attraper sous le bras gauche tandis qu'il dégaine son flingue du bras droit et tourne le dos précipitamment. On entend la chanteuse hurler dans son micro-cravate: "Mais lâche-moi bordel de merde, qu'est-ce que tu fous! Au secours!!!"
Cut sur Valandir qui dévale quatre à quatre l'escalier de service à la poursuite de la femme androgyne en contrebas. Il entend Kim dans l'oreillette "Venez par là les jeunes, planquez-vous. C'est sous contrôle!" Elle a un fusil de précision prêt à tirer et inspecte fébrilement de la pointe de son fusil l'ensemble de la terrasse de service prévue pour refuge en cas de pépin. Manichawa est en colère: "Lâche moi Tak, vous n'avez rien compris! Mais comment est-ce que vous avez fait pour savoir?". Kim est surprise par la question:
" Pour savoir quoi?"
Retour dans la cage d'escalier. La femme aux cheveux blancs s'est arrêtée deux paliers plus bas et commence à faire tournoyer le pommeau de sa cane en un mouvement triangulaire. Elle psalmodie une incantation dans un langage hermétique et un esprit éthéré apparaît, comme un fantôme dont la matière serait des nuages gris. Elle prononce d'autres paroles magiques, et l'esprit s'élance vers Valandir. Mais celui-ci s'est arrêté pour faire de même et évoque un esprit de feu, qui fait à peu près sa taille, comme un diable succube avec des cheveux de flammes. Et Valandir, en silence, fait un geste caballistique avec son poing qui indique à l'esprit de feu qu'il faut descendre et attaquer. Les deux élémentaires se rejoignent, l'un du feu, l'autre de l'air, et après quelques passes faites de mini-tornades, de souffles humides ou de crachats de flammes et de scories animées, c'est l'esprit du feu qui l'emporte. Mais Valandir s'évanouit. L'esprit de l'air disparaît en fumée. Il a fait écran. La femme androgyne a disparu.
Retour à la villa, de nuit. Première voiture: Manichawa avec Carlotta, Giacomo et Tak.
"Vous m'avez tout foutu par terre bande de cons: Qu'est-ce que je vais faire à présent? Mon showcase est une ruine, je fais le buzz de tous les réseaux merdiques, ta photo, Tak, est fichée par Knight Errant... Les théories de complot fusent... Les critiques musicaux se foutent de ma gueule sur MeFeed... Et pourquoi? Pour foutre mes plans en l'air! Je vais devoir passer toute la nuit à me coltiner le texte du démenti maintenant. Fait chier ce Valandir. Fait chier la protection.
Tak essaie de la calmer.
- Si je peux me permettre, mademoiselle Chawa, je suis un vieil équipier de Valandir. S'il a agi d'instinct, c'est qu'il y avait danger, selon lui. C'est un pro vous savez, il assuré dans pas mal d'affaires tendues, déjà. Et puis on ne connaît toujours pas les motivations de cette magicienne... Elle manigançait quelque chose, c'est sûr, sinon elle ne se serait pas enfuie derrière un esprit de l'air. Celui qui tourne le dos est souvent celui qui cache la lame..."
Manichawa soupire et pleure. Carlotta la prend dans ses bras et tente de la consoler.
***
Dans la nuit, chacun a repris son rôle à la villa. Manichawa s'est enfermée avec Carlotta dans sa chambre. Valandir est au PC de sécurité avec Tak qui vient juste de l'y rejoindre pour le relever. Il est effondré: "Tu crois que j'ai fait une connerie?
- On y verra plus clair demain, tomodashi. Tu as le droit de dormir."
Kim est en vigie au sommet de la tête du cygne (qui sert en réalité de petit observatoire astronomique). Genesys dort dans une des chambres du bunker de la villa. Tak y va de son petit commentaire en regardant les écrans tandis que Valandir remet sa cape: "C'est calme. Rien à voir avec l'ambiance qui règne sur les réseaux viraux... Cette fois pas de doute, je fais la une, mon pote."
Valandir répond: "Lune qui brille trop..." Tak répond: "Rassemble nombre d'ombres..."
Valandir ouvre la porte du bunker pile au moment où Carlotta, située de l'autre côté, s'apprêtait à toquer. La stupeur passée, elle salue Tak puis Valandir, et d'un air gêné, elle lui murmure: "Elle vous attend".
Valandir: "Qui?
- Ne soyez pas idiot mon vieux! Si vous croyez que ça m'enchante de servir de messagère... Il y a les commlinks normalement, mais Chawa se méfie avec toute la merde que vous venez de remuer. Allez, venez, elle vous attend. Deuxième étage droite, au fond du couloir. Vous avez intérêt à assurer."
Cut sur Valandir de profil, debout devant la double porte de la chambre de la princesse. Après avoir lancé un grand souffle pour s'encourager lui-même, il frappe à la porte.
***
Mars 2081
Manichawa est dans les bras de Valandir, quelque part dans le sous-sol du Dolphin's cofeeshop réputé d'Amsterdam (Kerkstraat). Il lui embrasse les cheveux et se redresse. Il a un sachet plastique entre les mains, ouvert, et Valandir renifle dedans.
Ahmed AL-FOUZIA: "Ouais tu vois, mân, celle-là elle m'a pris trois ans de recherche. Et je vais peut-être embarquer sur la Lune pour étudier ses possibilités en gravité réduite. Mais je pense que tout n'est question de lumière, à mon avis... En fait, le tissu qui est fait à partir des fibres, tu vois, les fibres du... ben du tronc, quoi, et des branches principales, c'est un super tissu. En plus, le chanvre ça fait une excellente matière première dans l'espace (vêtements, cordes, savon, relaxants, oerexigènes, récréatifs...). Et tu vois, dans l'espace, tout doit être utile. Il faut que les plantes donnent toutes leurs ressources, tu vois. On ne peut pas se permettre de multiplier les déchets. Et donc qu'est-ce que les boutures vont donner là-haut, c'est ça qui m'intéresse. Je pense qu'il y a plein d'applis et donc un paquet de thunes à se faire."
Valandir, admiratif: "en tout cas, dans cette lumière, les pistils des fleurs sommitales ont la couleur du feu, c'est incroyable! Les fleurs ont une couleur carmin! Tu devrais l'appeler Fire ou Red Dress!"
Ahmed, avec un geste de la main pour retenir le bras de Valandir qui effrite la tempo à un rythme effréné: "Fire c'est déjà pris. Ouais, mais mollo, mollo! Crois-moi mon pote, elle met aussi le feu au cerveau. Vas-y avec parcimonie, maâan!". Il se permet de reprendre une bonne portion de tempo effritée que Valandir avait déjà mis par-dessus son tabac et la remet silencieusement dans le sachet. Puis il relève la tête vers Valandir avec un beau sourire: "j'aime beaucoup Red Dress, mâân!".
***
Extérieur nuit.
La scène de ce zoom arrière au ralenti où le seul son en présence est celui de la musique, est saisissante: Manichawa les yeux fermés, qui saigne du nez, apprêtée comme une princesse indienne sous des étoffes elfiques brodées de fils précieux, est posée dans la position du lotus sur le sol terreux et toute sa personne irradie une intense lumière blanche qui pulse légèrement de manière erratique. Mais quand la caméra recule, on comprend qu'il y a quelque chose de beaucoup plus dangereux qui se passe au centre de ce qui semble être une petite place de village (on aperçoit le mot "Al Wafa" sur un mur).
Valandir vient s'accroupir précipitamment autour d'elle pour la protéger de son corps, puis Tak fait de même. Cut sur Genesys qui a les yeux révulsés et contemplent la scène de plus loin, sans vraiment la regarder car elle est ailleurs. On suit l'un de ses drones MCT Fly Spy dans le ciel de ce qui ressemble à un petit village à l'architecture traditionnelle égyptienne, et la petite caméra filme des drones de transport blindés qui approchent à toute berzingue en commençant à canarder, puis à larguer des troupes au sol qui commencent à défourailler dès que leur filin les descend. Tak dégaine son Arès Predator et tire dans le tas. Nouveau cut sur Genesys, en très gros plan, elle sue à grosses gouttes, elle dégaine son flingue et tire en direction des troupes paramilitaires qui débarquent sur la place du village. Cut sur Kim qui, les yeux d'abord révulsés comme la princesse elfique, semble reprendre conscience et se planque sous une arcade en s'équipant de son fusil de précision.
La scène se poursuit au ralenti. Valandir supplie Manichawa de se réveiller, mais rien n'y fait. Alors il se calme, se concentre, et rentre en transe. Les balles fusent de partout. Un gigantesque esprit de feu comme un géant de flammes de 3 mètres de haut apparaît entre Tak et l'un des assaillants qui a touché le sol.
Cut.
Toujours la place du village quelques minutes plus tard (on le devine à l'état du costume). Une boule de feu partie des mains de Valandir déclenche l'explosion de l'un des drônes de transport et le gigantesque backdraft le fait tomber inconscient.
Fondu au noir.
Juillet 2081
Valandir, le visage bandé, se réveille dans une chambre d’hôpital bercée d'une douce lumière estivale. Ceux qui lui prodiguent les soins sont des elfes. Il y a d'autres lits d'hôpital dans le dortoir de ce dispensaire, mais on ne distingue pas qui les occupe. La mère de Manichawa, Nidjam DAVIAR-CHANDRAWATI, est là, en blouse blanche. Elle a du mal à cacher ses émotions quand elle approche du lit de Valandir, puis lui sourit.
Cut: Valandir est dans un avion, c'est la nuit. Il échange des messages sur son commlink, avec une certaine Maharani. "Pourquoi, as-tu fait ça mon amour?".
Un temps d'attente tandis que l'écran du commlink indique qu'elle lui écrit, puis deux messages apparaissent très vite et successivement: "Pour finir ma tournée en beauté ;-)". "Et parce que Code Vandal a été repéré dans les parages".
Il lui répond: "Mais te rends-tu compte des risques?".
Pas de réponse. L'écran reste figé. Elle n'écrit plus. Valandir abandonne son commlink et s'apprête à tout éteindre pour essayer de dormir lorsque, sur l'écran de son siège de 1ère classe, défilent les informations islandaises. Un reportage doublé par IA parle de l'énorme engouement et des embouteillages dantesques provoqués par le concert des Chawa's Seven au stade Drejkivik.
Cut.
Un ciel nocturne rempli d'aurores boréales vertes et violettes qui illuminent un paysage de moyenne montagne: l'arrière plan. Plus proche, au centre de l'image, face à un public immense, gigantesque, la scène du stade de Reykjavik. Elle est plongée dans le noir, dans une ambiance irréelle: la musique live a cessé, pourtant les lumières de tous les commlinks du public sont allumées, tout le monde semble vouloir capter l'instant. C'est alors que se profile dans le ciel derrière l'immense scène, la silhouette énigmatique d'un énorme dragon de lumière qui contraste dans l'obscurité, comme si la texture de sa peau était faite de flux de données indiscernables mais super lumineuses. Il vole sous les cris de la foule en direction du haut des cintres et du cadre supérieur et soudain, rugit un crachat d'éclairs de foudres qui s'abat sur toute l'armature métallique de la scène, rallume la lumière de quelques spots blancs qui irradient la scène. Les arcs électriques convergent vers Manichawa alors que l'on aperçoit le reste des Chawa's Seven qui s'enfuit en débandade.
Valandir arrive précipitamment tandis que tout s'éteint (même les cris du public) et prend Manichawa dans ses bras en pleurant sur un fond d'aurore boréale. Elle lui sourit doucement et lui parle à l'oreille. Il soupire de soulagement. Il l'embrasse sur le front.
***
Août 2081
Extérieur nuit, raccord avec une scène déjà vue dans l'épisode 2.
On voit la scène de loin et d'en haut, comme si on était assis au sommet d'un réverbère du parking. Eleanor Whitaker est à genoux et menottée devant les phares d'une grosse berline à l'arrêt, quelque part dans un parking tranquille près du New Jersey Turnpike; elle hurle à Valandir : « crève espèce de pourriture de gobelin dégénéré de merde ! ». Il s'approche lentement d'elle, s'agenouille, prend sa tête dans ses mains. Cut.
Le visage de Valandir en gros plan. On zoome sur ses yeux et on voit des flammes grossir dans les pupilles.
***
Septembre 2081
Intérieur nuit.
Dans un décor de casino luxueux dont les couleurs sont dominées par le noir, le rouge et l'or, Valandir, vêtu d'un smoking très élégant, est installé à une table de poker. Le stack du héros n'est pas très garni. Au moment où nous le rejoignons, il fait "tapis" avec une paire de 10 (Coeur et Pique). Extrêmement risqué à ce stade de jeu, l'un de ses adversaires ayant relancé deux fois déjà: une avant le flop, l'autre après le turn.
La femme androgyne aux cheveux blancs que l'on a déjà vue à plusieurs reprises est debout à côté de lui, elle fume une cigarette électronique fine et très oblongue, de plus de vingt centimètres de long. Tout à fait le style Belle Epoque. Elle porte une mini jupe et des talons aiguilles et un chemisier noir, flottant, qui révèle la petitesse de sa poitrine.
L'adversaire de Valandir (un magnat asiatique quelconque) retourne Valet+Roi de coeur. Jusque là, 4 cartes ont été découvertes. Un 10 de trèfle, une Dame de pique, un 2 et un 7 de carreau. Valandir, fier de son brelan, est très expansif soudain: "allez tomodashi, tout sauf un as ou un neuf et c'est dans la poche, whaouh! J'y crois bordel!" Il met une main aux fesses très appuyée à sa compagne anglaise qui a un petit geste nerveux.
Mais la croupière coréenne sort un 9.
Valandir en rajoute dans sa façon d'être dépité: "Ah j'y crois pas! Quelle déveine... Comment perdre 5000 nuyens en dix minutes... Pas une bonne soirée, ça! Il va me falloir une sérieuse partouze pour digérer ce coup du sort, hein bébé?".
Extérieur nuit, raccord avec une scène déjà vue dans l'épisode 2.
Valandir a tout juste le temps de sauter du petit yacht à bord duquel il se trouvait avec ses camarades, celui-ci se volatilise en une gigantesque explosion pile au moment où Valandir se retrouve la tête sous l'eau. Il retient sa respiration, regarde à droite à gauche et voit ses coéquipiers faire de même que lui (Tak a un peu plus de mal à remonter à la surface et il s'élance en nageant pour l'aider). Lorsque les deux compères remontent, Kim et Genesys sont déjà en train de contempler le spectacle: celui de leur yacht en flammes tandis que deux drônes de combat décorés d'une tête de lion s'enfuient en direction d'un petit paquebot privé.
La caméra se retourne et se dirige vers la côte en survolant nos 4 héros qui s'en vont en nageant, puis on reconnaît la ville sous un ciel étoilé: Monaco, et son casino historique (désormais la propriété du clan du Lion comme le montrent les motifs décoratifs qui le suggèrent).
***
Novembre 2081
Extérieur jour, raccord avec une scène déjà vue dans l'épisode 2.
En ombre chinoise, on voit Valandir pénétrer dans un camion frigorifique. Le haillon arrière est juste assez entr'ouvert pour que l'on distingue Kim guettant à l'extérieur, sur le qui-vive. Gros plan sur le visage de Valandir. On devine qu'il fouille fébrilement la cargaison. Soudain, un sourire illumine son visage: sa main rentre doucement par le bas dans le champ de la caméra, découvrant un chapelet d'ail.
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Décembre 2081
Extérieur jour artificiel.
Il chevauche, solitaire, en forêt, vêtu et équipé comme un rôdeur elfe des anciens temps, découvre des trésors de pièces d’or, s'entretient avec un homme-arbre puis avec un griffon, et croise un caméléon multicolore étrange qui lui tire la langue en grésillant.
Intérieur nuit.
Valandir, en nuisette d’hôpital, rampe dans une coursive d’aération métallique qui serpente au-dessus de différentes pièces d’un laboratoire de tridéo expérimentale. Il fait une pause à chaque grillage d'aération et inspecte les lieux en contrebas, en silence. L'agencement et l'ameublement des locaux nous rappelle le début de l'épisode 2 et ses techniciens japonais. Après plusieurs reptations où l’on aperçoit ses (belles) fesses, il finit par atterrir acrobatiquement dans un atelier d’électronique, où il retrouve quelques effets personnels appartenant à ses camarades (interfaces câblées pour fusils, lunettes connectées, oreillettes, etc.).
***
Janvier 2082
Un bureau, une table blanche. Une petite lampe à leds diffuse une lumière chaude et apaisante sur une feuille de papier A4 à l'en-tête estampillée délicatement du logo de l'Oiseau de Paradis. Une main achève de crayonner un poème:
L'écrivain de passage par la nuit épuisé
Frissonne d'être vivant sous le ciel étoilé
Et s'endort doucement dans des rêves de blanc
Du blanc d'un chemisier qui flottait dans le vent
Dans le vent doucereux au soleil du printemps
Sous les grandes arcades d'un beau Cygne d'albâtre
Dans des silences d’or et des regards perdus
Sous le ciel bleu d’avril quelques poussières de nacre
Emportées par la bise caressaient deux mains nues
Mais ce que ne dit pas ce poème amoureux
C’est comment il s’endort si c'est seul ou à deux
On dézoome et l'on s'aperçoit que c'est Valandir qui vient d'achever ce poème. Son bureau donne sur une grande baie vitrée qui laisse apercevoir un ciel noir faiblement étoilé qui contraste avec un petit coin de Terre lumineux. On comprend que Valandir est dans une chambre d'hôtel luxueuse, en orbite. Le mouvement de la terre derrière la baie vitrée indique que la station doit être en rotation elle aussi.
A peine son crayon posé, Valandir, le visage fermé, décroche son commlink et suit les indications notées dans une feuille plastifiée sur le côté du bureau. Une voix féminine métallique décroche: "Oui, le room service du Platinium Bar?
- Je voudrais un Hyperbolasse s'il vous plaît.
- Avec ou sans glaçons?
- Faites glacer le chocolat, ça ira...
- D'ici 5mn, monsieur."
***
La présidente TREEHOUSE, qui préside la CEIAOP, enchaîne les auditions:
"La parole est à Monsieur SHISHIZA, porte-parole de MITSUHAMA Corp."
Shihiza, après s'être levé et approché de la vitre blindée derrière laquelle témoignent les personnes auditionnées:
"Cher monsieur VALANDIR, je n'aurai que quelques questions très simples: pourquoi étiez-vous à bord de la station quand la commandante KEENE a donné l'ordre d'évacuation d'urgence? Que faisiez-vous à Monte Carlo en septembre 2081 ? Que s’est-il passé en Egypte le soir du concert de Manichawa, la nuit où les réseaux viraux ont commencé à suggérer qu'elle avait une double identité? Et pour quelle raison vous trouviez-vous à Okinawa puis à Sattoro, deux mois plus tard? On vous retrouve dans tous ces lieux, parfois en très étrange compagnie, je songe à Mademoiselle Cateluna NAVAJO également, filmée à la douane d'Okinawa. Et malgré toutes ces coïncidences étranges, j'avoue qu'on a du mal à voir le fil. Expliquez-vous, nous sommes toute ouïe. Et puis prenez votre temps pour répondre, et dans l'ordre que vous préférez...
- Si j'étais à Okinawa, c'était pour accompagner un ami qui souhaitait faire l'acquisition d'un katana de fabrique artisanale réputée" dit-il avec le plus grand sérieux en cherchant Tak du regard.
- Et à Sattoro, chez une filiale de Sony Corp., quel rapport ?
- Je souhaitais rencontrer Daichi SATO-Kai."
Un murmure parcourt l'assistance.
La commandante Kaya KEENE, assisse au deuxième rang du côté du public, regarde fixement Valandir. On zoome sur son visage, son regard est interrogatif et craintif. Elle ferme les yeux.
***
Nous voilà au restaurant The Apus à bord de la station orbitale corporatiste, à la table de la commandante. Arthur PESQUET, un jeune freluquet corporatiste, se vante de son ascendance familiale:
"Ben moi, j'ai un grand-père qui est allé sur l'ISS1 dans les années 2010! Thomas PESQUET il s'appelait!".
La commandante ne peut s'empêcher d'esquisser un sourire. "Ah oui, c'est intéressant... Qu'est-il devenu votre grand-père après cet exploit?
- Bah il s'est retiré des astronautes, il a travaillé comme ingénieur civil dans l'aviation... Mais à l'époque il était super célèbre, mon Papy!". Il fait une recherche fébrilement sur son commlink et montre à la commandante KEENE, qui en profite pour boire un peu de vin, les images de son grand-père lors de sa deuxième sortie spatiale. "Vous voyez, c'est à bord de la capsule Crew Dragon développée par Space X bien avant que cette dernière ne soit rachetée par MITSUHAMA..." Elle fait une sorte de "mhmh!" admiratif par pure politesse.
- "Maintenant il est mort. On l'a enterré en France, à côté de ses chats dans sa petite maison de Trouville.
- Ah bon, il avait enterré ses chats?"
Tandis que ce dialogue insipide se poursuit, Valandir, qui est là lui aussi aux côtés de Tak, sapé à quatre épingles, se penche discrètement vers Tak:
-"Pff on n'est pas sortis de l'auberge avec ce drek d'esclave corpo. Il va nous casser la baraque s'il nous pond tout l'arbre généalogique!"
Tak lui répond en chuchotant : « Le poussin qui n’a pas quitté le nid croit connaître le vent mieux que le vieil arbre…» et il se redresse avec un clin d’œil amusé.
Valandir décide d'interrompre Arthur PESQUET, ce qui semble soulager la commandante qui s'en détourne immédiatement .
- "Commandante, si vous permettez, revenons-en à là où nous étions avant d'être interrompus, c'est à dire ce fameux protocole d'évacuation."
Arthur PESQUET ravale sa langue. Tak lève son verre à ses lèvres en disant: "Oui, ça m'intéresse aussi. C'est mon premier séjour dans cette station et on est tout de suite intrigué d'en comprendre la logique... Comme on dit dans les écoles de mon pays d'origine, Celui qui ne voit qu'une pierre ignore la Montagne."
La commandante salue le bel aphorisme par un verre porté en l'air, comme pour un toast silencieux.
Valandir reprend: "j'avoue qu'en tant que simple passager, ça fait un peu peur. J'ai été rassuré par la vidéo d'accueil, les indications en cas d'évacuation sont claires, mais quand même... A quoi bon? On nous cacherait quelque danger?
- non, monsieur Valandir, dit-elle en riant, le consortium ne cache rien du tout.
-Entendez-moi bien: tout ce que vous nous avez décrit de l'Oiseau de Paradis en fait un véritable bijou technologique qui a coûté des centaines de milliards de nuyens; alors dites-moi, pour quelle mauvaise raison faudrait-il donner l'ordre d'autodestruction ou d'évacuation?"
Cut.
Valandir: Pierre NINEY
Tak: Pio MARMAÏ
Genesys: Ursula CORBERO
Kim: Anja CHALOTRA
Eleanor WHITAKER: Anja TAYLOR-JOY
Le patron du Fire and Blood: Angus CLOUD
Mister Johnson: Dan STEVENS
Manichawa: Tripti DIMRI
Aurelius SILVERMOON Tarraf: Peter DINKLAGE
Giacomo: Michael SHEEN
Carlotta: Cailee SPAENY
Hyperbolasse: Meghan RICHARDS
Nigele HOUGHTON: Tilda COBHAM HERVEY
Ahmed AL FOUZIA: Mehdi DEHBI
Didjam DAVIAR-CHANDRAWATI: TABU
Présidente TREEHOUSE : Caroline PROUST
Monsieur SHISHIZA: Tanabosu ASANO
Commandante Kaya KEENE: Itziar ITUNO
Arthur PESQUET: Nicolas RIHOUEY
Prochain épisode: Corona Borealis



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