Les 7 constellations - épisode 1 - Apus

Oiseau de Paradis

Générique Saison 1

Constellations du Cygne, de la Couronne Boréale, du Verseau, du Lion, du Dragon, de la Règle… et du Caméléon.

Vu dans un ciel nocturne parfaitement étoilé et arrivant de très loin, presque tout d’abord comme un point imperceptible, le bec tournoyant de l'Oiseau de Paradis (station spatiale orbitale hôtelière de luxe, siège du Big Board  - le consortium des 10 plus grosses mégacorpos du Monde), station qui n’a visiblement pas été désintégrée dans la haute atmosphère, tombe en énorme boule d’acier et de feu, le bec dans l'eau, joli symbole.  Le raz de marée que sa chute provoque sur les côtes de Vancouver commet de terribles dégâts.  Un enfant blond, noyé, est emporté au ralenti au milieu de branches, de troncs d’arbres et de déchets de toutes sortes, par les flots bourbeux de la dévastation…

Mais l’intérieur des terres, d’abord gris et bleu pâle, constellé de débris divers lorsque submergé par le tsunami, quelques gratte-ciels futuristes à la Blade Runner dépassant des flots, se recouvre peu à peu d’une terre verte et fertile avec des champs, des forêts, et des papillons et des fleurs et des princesses guerrières elfiques…  Puis l’une des guerrières se transforme en chanteuse solitaire sur la scène d’un gigantesque concert de stade, avant que la noble et bienveillante face d’un puissant dragon (Dunkelzahn le Vénérable) apparaisse en filigrane flamboyant.  Fondu au noir.

Episode 1 

La musique: Passengers

Une caméra suspendue à un avion rapide, quelque part au-dessus du volcan de l'île de la Réunion caressé de nuit dans un souffle de vent, à grande vitesse, en altitude...  Notre vaisseau invisible plonge depuis les cirrus et survole les habitats éclairés des rivages sud de l'île, puis la lagune ouest sous la Lune, fait ensuite volte-face vers le centre de l'île au sud-est, le Maïdo, les 3 cirques, les montagnes...  Quelques lanternes de petites maisons éclairées de lumières jaunes émergent au fond ou au bord des gouffres...  Puis la Plaine des Sables, l'enclos Fouquet, et le monstre...  le rougeoiement du cratère du Piton de la Fournaise en éruption tranquille et baveuse.  L'air, la terre et le feu laissent alors place aux eaux calmes de l'Océan Indien, ses nuages, que l'on traverse de bas en haut, et le ciel étoilé, vers le sud.  Puis la caméra, s'approchant des étoiles, croise une navette de transport qui vient dans sa direction, aperçoit une fusée en partance pour la Lune, et pointe enfin la constellation de l'Oiseau de Paradis.  

Des petites lignes pointillées relient les étoiles les plus importantes de l'astérisme, le nom latin de la constellation apparaît: Apus, puis tout s'évanouit après quelques secondes.  

La caméra pivote peu à peu, on découvre un petit quart de cercle terrestre, et une station orbitale géante à l'effigie d'un paille-en-queue, envahit l'écran de sa masse et de son luxe.  On pénètre comme des fantômes à travers le disque du hublot panoramique inférieur de la salle du Big Board, dont on survole la gigantesque table ronde, ornée du symbole de la Règle, on poursuit dans le bar des classes platines où un elfe d'allure princière est accoudé solitaire en sirotant un verre, on traverse une suite corporatiste somptueuse où deux personnages d'origine japonaise, l'un jeune, l'autre vieux, poursuivent une conversation en buvant un thé, on survole la piscine, les chambres d'hôtel, l'ascenseur zéroG central, les boutiques, le casino, l'hôpital, les quartiers de la police où officie un troll japonais de haute stature, baraqué comme il faut, on longe de longs couloirs plutôt luxueux qui baignent dans une lumière jaune clair, on traverse des cabines de classe "rubis" où, dans l'une d'elles, une decker orque , maigre et élancée comme un poignard, est reliée à un petit ordinateur portable via un câble connecté à un implant cybernétique visible sur sa tempe.  On traverse comme par magie la vitre de sa cabine et on contourne un module d'évacuation situé juste au-dessus de celle-ci avant de longer la ballade panoramique tracée au-dessus d'autres modules qui se succèdent autour du corps de la station...

Vrombissement des moteurs ioniques attachés sous les ailes de la station aviaire.  Vrombissement tranquille de la centrale nucléaire située dans le cou.  La caméra se redresse vers la tête ronde de l'oiseau de métal gigantesque, elle vole-en dessous de son bec aiguisé puis, arrivée en-dessous de la pointe, prend de la hauteur, fait volte-face, et plonge à nouveau cette fois dessus le long du bec (on entend un bourdonnement incessant de télécommunications de toute nature), jusqu'à l'un des deux yeux.

Traversant la baie vitrée qui simule la cornée de l'animal, la caméra plonge cette fois à bord de la suite du commandant de bord, une femme, en l'occurrence, le visage dur, la cinquantaine.  Un lit immense à la parure sobre trône au sommet de la suite, lit dans lequel elle est immobile et seule.  Un radio-réveil projette au plafond des chiffres en cristaux liquides rouges qui donnent l'heure.  Deux heures et quart du matin.  Elle est tournée de côté.  Un drap de satin peine à recouvrir son épaule droite, qui porte une cicatrice de combat.  Visiblement, elle rêve, son souffle est saccadé et ses prunelles s'agitent en-dessous des paupières.

Une musique puissante, vibrante, inquiétante.  

La station pivote lentement sur elle-même, puis de plus en plus vite, dévoilant les unes après les autres différentes constellations du ciel. 

La gravitation à bord est perturbée; le troll de sécurité se met à flotter dans la salle des écrans de contrôle de la police de bord.  La decker orque humanoïde dégingandée voit son cyberdeck flotter et s'emberlificoter avec le cablejack qui la relie à lui, au-dessus de la petite table de sa cabine.  L'elfe vêtu d'une veste noire en synthécuir piquée de motifs rouges pourchasse son Get27 envolé en boule dans le bar "Platine".  Une petite sonnerie de réveil appel à l'aide à bord de la suite luxueuse de la commandante.  Sa chambre est dans l'un des yeux (l'autre œil étant la baie vitrée de la suite du premier officier pilote adjoint).  La passerelle est au niveau de la calotte capitale.

Puis le bec de la station spatiale se tourne vers la haute atmosphère, c'est à dire qu'il pointe vers notre planète.  Vu de loin, l'Oiseau de Paradis commence à rougeoyer comme un oiseau de feu contre l'énorme sphère bleue de la Terre, les bouts pointus de ses ailes se sont enflammés en premier, mais le feu gagne le long des deltas majestueux des ailes tout entières.  

Le compte à rebours d'une alarme retentit.  La colonelle Kaya KEENE entre en dernière dans le module d'évacuation de l'équipage, précédée d'une jeune femme de type sud-américain.  Genesys DA SILVA (alias Cateluna NAVAJO), en sueur dans son uniforme de pilote navigante, brune décidée mais prudente, athlétique et connectée, s'installe à bord du module d'évacuation, silencieuse, discrète, elle trouve une petite place assise à côté des autres officiers de quart, certains ronflant, d'autres pour la plupart mal réveillés, et ayant peine à émerger de leur torpeur...  Il y a aussi Antoine PESQUET, petit-fils du célèbre astronaute français, celui qui a fait partie du premier équipage martien (mais qui n'a foulé le sol qu'en troisième position).  Antoine est un vantard maladroit, le genre attachant.  Il dit en zozotant que "ah ça c'est pas mon grand-père qui a vécu un évènement pareil!".  

Dans un autre module, se trouvent Kim (l'orque affinée comme une lame de rasoir, et Valandir, le mage de feu, dont les yeux sont encore nimbés d'étranges flammes).

Et dans un dernier module, Tak, qui a repéré le manège d'un vieux bonhomme avec le crâne lisse comme une sphère de cristal de THC sur la Tempo d'un botaniste émérite.  Ce vieux héros de guerre matricielle, cinq cent fois médaillé, qui vient de sauter in extremis dans le module d'évacuation avant que celui-ci ne se verrouille pour le départ, c'est Code Vandal, decker légendaire et connu pour son style Rockn'roll, devenu chauve, calme et chétif, il est l'officier commandeur de DIEU.  Il tient un attaché-case dans lequel est stocké le code essentiel de la Matrice qui vient de disparaître, bouffée par un logiciel pirate nommé P-Vishwa, il dissimule son visage.   Tak se promet de le choper à la sortie.

"Regarde, maman, la vitre rouge, là-bas!" crie une petite fille à côté du vieux bonhomme de la constellation de la Règle.  Tak veille aussi sur elle.  Et, dans la direction que pointent les petits doigts de la fillette, il constate les dégâts causé à la suite de Toshiro MITSUHAMA dont l'alarme visuelle rouge-orangée continue de signaler encore le confinement.

La colonelle KEENE reste debout à  côté de la baie vitrée de l'entrée de son propre module, celui de l'équipage de commandement et de navigation, et regarde la station, elle tourne le dos aux autres passagers du module.  Il y a le commandant adjoint aussi, Suliman VEGA, et le chef pilote, James OKONKWO.  Ils discutent ensemble.   James a voté contre l'enclenchement de l'autodestruction, et il explique pourquoi: il pensait que la situation était redressable, qu'on pourrait moduler la puissance des moteurs intacts et couper les autres au moment opportun, pour catapulter la station vers son orbite lunaire, manœuvre qui de toute façon était prévue pour le printemps.  Suliman VEGA avait recommandé et voté le contraire, jugeant que le déclenchement du protocole Onyx était la seule mesure de sécurité à prendre à cet avancement de la situation, et Kaya KEENE, commandante de bord, a tranché.  

La scène change et on la retrouve allongée dans un lit dont la parure est de couleur différente de celle de tout à l'heure.  Tandis qu'elle dort d'un sommeil agité, elle murmure endormie:  "J'ai tranché".

L'alarme finale, terrible et solennelle, façon Nostromo.   Le rivage de Vancouver est submergé dans le tsunami provoqué par la chute du bec de la station orbitale, détaché du reste de la neffe spatiale, comme dans le générique de la série.

Nouvelle musique:  Blade Runner Blues

Soudain Kaya KEENE ouvre les yeux.  Elle s'échappe d'un cauchemar dont on devine, à la mine mal réveillée de cette femme entre deux âges, qu'il revient souvent. Elle murmure "Silthrim, mon ange... je t'aime".  Un hologramme rouge indiquant une heure numérique est projeté sur le plafond de sa chambre d'hôtel si bien qu'on pense tout d'abord qu'elle se réveille à bord de la station.  Elle met un peignoir, puis vérifie le contenu d'une enveloppe posée sur le petit chevet contre un mur de couleur crème.  Elle déplie la convocation d'une "Commission d'Enquête Internationale sur l'Affaire de l'Oiseau de Paradis (CEIAOP) ": l'audition officielle débute à 9h.  Elle referme l'enveloppe, dépose ses clés par dessus, puis va prendre sa douche.  En définitive, l'environnement cubique n'a rien des formes rondes et élégantes de l'architecture de sa suite personnelle à bord de la station orbitale.  On devine plutôt une chambre d'hôtel de style vieille Europe. 

La douche, un modèle du genre.  On commence avec les pieds nus qui hésitent à avancer dans la cabine à l'italienne, on poursuit avec le cliché du pommeau qui crache soudain une pluie vaporeuse,  puis les mollets qui se couvrent de gouttes d'eau, tout ça, humidifier le savon en le pétrissant de ses mains, la concentration dans le regard, des airs de joie, des airs de tristesse, puis poser le savon, se frotter notamment le ventre (on voit évidemment le nombril mais on devine que ce corps a souffert), se rincer, couper l'eau du pommeau, sortir, prendre sa serviette (fesses musclées), se sécher en commençant par frotter doucement ses cheveux courts...

Elle s'habille et elle se maquille, tout en écoutant une musique qui passe sur les canaux à grande écoute, un des derniers titres live des Chawa's Seven, le groupe de B-synthé-pop à la mode, à la popularité mondiale.   Le speaker, à la radio: "Ouais mes p'tits bonbons, ça chille grave!  Et pour finir avec cette heure de musiques tous azimuts, un extrait du live de Manichawa au Caire, en Egypte, juillet 2081.  Vous avez la vidéo sur notre MeFeed.  On pense à toi, Chawa!".  

La chambre d'hôtel est plutôt luxueuse, Kaya en fait le tour, comme pour une ultime inspection (vieille habitude de militaire) puis ferme son appartement et descend au pied de l'immeuble, en plein centre historique de La Haye, siège de la cour pénale internationale.   C'est là que l'attendent des cohortes de journalistes, pressés à l'extérieur du tourniquet d'entrée du hall de l'hôtel.

"Colonelle Kaya, pour le De Telegraaf, comment ressentez-vous le fait d'être pratiquement comme mise sur le banc des accusés?"

"Colonelle Kaya, si vo plé, pour podcast hongrois, comment voirrr vous suite de carrière votrre?

"Colonelle KEENE, pour Tir na Nog Magazine!  Quelle est la part de responsabilités imputable aux "big ten" dans cette affaire selon vous?"

etc... 

Accompagnée par ce que l'on prend pour une garde rapprochée de trois runners (l'elfe au manteau de cuir et de feu, l'orque-aiguisée en tenue paramilitaire, et le troll samouraï, vêtu d'un gilet pare-balles sous un costume élégant d'inspiration japonaise, tous trois déjà aperçus lors du rêve de la Station), elle s'engouffre avec cette équipe hétéroclite dans un van GMC Bulldog de gamme luxueuse, noir avec des liserés d'argent, et des vitres sans teint qui les protègent des fureurs de la foule.  

On l'a déjà aperçue et nommée tout à l'heure sans y faire vraiment attention, mais c'est une petite humaine brune plutôt bien foutue, de type mexicain, nommée Genesys DA SILVA (alias Cateluna NAVAJO, encore...), qui pilote le Bulldog, bien que semblant immobile et les membres totalement relâchés à prime abord dans son siège-baquet: elle a des lunettes de soleil connectées et un câble part de son cou, sous sa tresse à la Lara Croft, vers le tableau de bord du van.

Le trottoir de gauche est peuplé de manifestants visiblement opposés à la classe dominante traditionnelle "A bas la suprématie corporatiste!"  "Vive P-Vishwa!" peut-on lire sur leurs pancartes...  Le trottoir de droite quant à lui est plutôt pro-Big Board et anti-métahumains.  "Non à la suprématie des éveillés!" "CG-SAID: nouveaux tyrans à la solde des elfes!" lit-on sur les pancartes de ce côté-là.

La caméra s'éloigne verticalement à mesure que le van finit par traverser la foule et les crépitements des flashes.  Il est suivi d'un deuxième où l'on a vu s'engouffrer un petit personnage aux cheveux gris en compagnie d'un cyborg d'allure vénitienne et de deux gardes du corps corporatistes de la Maison du Cygne, vêtus comme des Men in Black, l'un très blond, l'autre brun.  On entend des commentaires de télévision, de radio, de bloggers, des analystes et des spécialistes et des experts, qui posent les questions techniques, débattent sur le fait de savoir si le déclenchement d'Onyx était une solution envisageable ou pas...  Si la station fonçait vers la Terre, sait-on où elle aurait impacté la planète?  Réponse: dans le nord Pacifique, dans le golfe d'Alaska, quelque part entre Anchorage et l'île de Vancouver, avec probablement des débris sur plusieurs sites. On commente la proposition de James OKONKWO, chef pilote, de tenter une désorbitation pour une trajectoire lunaire, on voit des images dont les réseaux viraux entretiennent la confusion, on pense que ce sont bien les images les plus récentes de la Station, qui se dirige droit vers... la Lune.  Sans conditionnel ou affirmatif, impossible de deviner ce qui, au final, s'est vraiment passé.  Autodestruction ou fuite in extremis vers la Lune?  Les deux hypothèses coexistent, encore non tranchées.   On s'interroge sur la liste des passagers avec notamment un certain Takeshi KATAUENDO, un troll qui avait été mis sous les feux des projecteurs lors d'une affaire d'enlèvement de Manichawa qui avait mal tourné quelques mois plus tôt.  Gros plan sur le visage impassible de Tak, avec ses lunettes de soleil connectées, à bord du bulldog qui traverse la foule.  Les réseaux viraux l'avaient accusé à l'époque d'avoir voulu s'en prendre à la chanteuse lors du showcase des Chawa's Seven, et il était aussi sur les lieux du concert de Reykjavik, arrivé trop tard, d'après l'enquête.  Tak fut également identifié sur les caméras de sécurité de l'entreprise Sony Corp, à Sapporo, au Japon Impérial, la nuit d'un sacré grabuge qui a mobilisé les enquêteurs de Knight Errant.  Embauché comme officier de sécurité à bord de la station à l'arrivée même de Dachi et de son puissant allié d'affaires, Toshiro MITSUHAMA.  Il fera partie des témoins convoqués par la commission d'enquête.

On s'interroge aussi sur l'identité d'un certain elfe d'une grande beauté, aux yeux de feu, qui a traîné ses guêtres quelque temps dans le casino de Monte-Carlo devenu propriété du clan du Lion, une famille de Yakuzas, les SATO-Kai, le clan le plus puissant du Japon Impérial.  Il s'y comportait très grossièrement en compagnie d'une femme androgyne aux cheveux blancs, ils ont perdu des sommes folles (vue des caméras de surveillance de l'hôtel présentée par le clan SATO-Kai).  Cet elfe a été aperçu traînant à bord de la station, dans les bars luxueux de la classe platine, alors que le jeune et nouveau boss du clan SATO-Kai, Daichi, s'y trouvait.  Valandir BRULESONGE sera au banc des convoqués.  Les officiers de Knight Errant, la corpo de sécurité privée chargée de l'enquête à Sapporo et à Monaco, se regardent d'un air satisfait.  On fait le lien entre Tak, Valandir, et l'équipe de sécurité rapprochée de Manichawa durant sa tournée de 2081.

Un autre personnage apparaît lui aussi sur le siège des témoins de la commission d'enquête: un vieil homme chauve assez fin et musclé avec un nez aquilin.  On l'a déjà entraperçu un peu plus tôt. "Monsieur CASPAR, veuillez décliner à la commission votre nom de decker.

- Code Vandal, madame la présidente.

- Vous étiez le principal administrateur de DIEU, c'est bien cela?  Le héros de la sauvegarde de la Matrice après le Crash de 2029?

- C'est cela madame la présidente". 

Retour aux émissions de débats télévisées.  On se demande quels sont les rapports entre le déploiement du nouvel environnement matriciel intégral,  P-Vishwa, œuvre de l'informaticien indien de la corpo CG-SAID, Vikram CHANDRAWATI, parachevé par la destruction des serveurs de l'ancienne Matrice dans l'explosion de la station, et l'affaire de l'Oiseau de Paradis.  Les elfes dirigeants de Tir Tairngire ont-ils commandité l'incident?

Le déploiement de P-Vishwa bouleverse l'économie mondiale.  On commente le fait que Manichawa (des Chawa's Seven, dont on entrevoit un extrait du concert en Islande au décorum fantastique de dragon) pourrait bien être en réalité le bras armé de l'entreprise CG-SAID dans la préparation de cette révolution informatique.  On fait des parallèles, entre des transactions discrètes en différents endroits du Monde, et la propre tournée mondiale des Chawa's Seven.

On commente les règlements de compte qui ont récemment marqué le nord-est du Japon, à Sapporo et à Hokkaido, consécutifs aux deux morts successives qui ont décapité le clan SATO-Kai (le Boss puis son fils).  On note qu'un des botanistes mondiaux les plus émérites et les plus sulfureux (Ahmed AL-FOUZIA), ami connu de Manichawa,  est mort après une intoxication alimentaire alors qu'il s'était envolé au sein d'un groupe de recherche international basé sur la Lune pour le compte de la corpo CROSSPACE (filiale de MITSUHAMA CT).

Toutes ces informations passent en coup de vent sur les réseaux et à la télé, on n'a pas le temps de comprendre de quoi il retourne.  La Station, la Lune, la Terre, le Soleil, les Dragons, les étoiles...  Cela viendra plus tard. 

***

Le procureur Tertulio ZTEBETZ ôte les lunettes qu'il portait sur le nez et relève les yeux de ses notes, et s'adresse à Kaya:

"Commandante KEENE, ou bien non, colonelle (hésitation amusée), d'ailleurs comment doit-on dire Madame KEENE?

- L'un ou l'autre indifféremment.  "Commandante" fait référence à mon poste à bord de la Station, et "colonelle" fait référence à mon grade dans l'escadrille de pilotage spatial (EPS) du Big Board.  Les deux emplois sont justes.

 - Très bien commandante KEENE.  Pouvons-nous une dernière fois repasser en revue les évènements ayant précédé la décision finale que vous avez prise et qui a entraîné les conséquences que nous savons?

- Aucun problème.

- A quel moment estimez-vous que débute l'histoire de cet incident majeur?

- Eh bien, à la construction de l'Oiseau de Paradis, j'imagine, et aux conditions de son financement et de sa mise en chantier. 

- Pourtant ce n'est pas, ce me semble, une phase que vous avez supervisée personnellement?  Où en était votre carrière à ce moment-là?

- Non effectivement, je n'avais aucun rôle dans la construction de la station.  A l'époque, j'étais officière en charge de la sécurité à bord de l'ISS-2...  On me demandait régulièrement des rapports sur tout ce qui concernait les procédures de sauvegarde et les procédures de crises.  Ensuite, j'ai travaillé un temps dans l'industrie hôtelière maritime de luxe à bord du paquebot Little Bear Horizon, car je trouvais intéressant d'ajouter ces compétences à mon cursus de pilote civile et militaire spécialisée dans les situations d'urgence.  Je savais que la station se construisait et je songeais déjà à en prendre le commandement à terme.  Alors j'ai assuré la sécurité de 21 000 passagers d'un voyage maritime transpacifique.  Beaucoup de mes rapports d'expertise ont servi ensuite aux procédures d'urgence à bord de l'Oiseau de Paradis, notamment en termes de jauge et de fonctionnement des modules d'évacuation qui ne sont pas si différents entre l'océan et l'espace bien que la capacité d'accueil - quoi qu'importante - de la station soit très réduite, comparée à celle du paquebot supergéant de chez HORIZON...

- Et quelles sont vos expériences en matière de pilotage spatial, commandante?" demande un émissaire de la nation Salish-Shidhe.

- "Eh bien j'ai ma formation de pilote de chasse et de pilote civile, ainsi que tous les entraînements dont j'ai bénéficié chez CROSSPACE...  J'ai assuré plusieurs amarrages de navettes de transport sur les ailes de la station pour le compte de MITSUHAMA, et sous mon commandement, l'Oiseau de Paradis a assuré en tout cinq transitions orbitales vers la Lune.

- Pourquoi vouloir évoquer la construction de la station?

- Parce que plusieurs décisions y ont été prises qui peuvent apporter une explication aux évènements.  Le sous-traitant de HORIZON spécialisé dans le refroidissement moteur est un bon exemple.  Les systèmes de refroidissement des modules de propulsion ont été sous-calibrés.  Mais quand les corpos de chez HORIZON l'ont appris, ils ont joué franc-jeu et ont prévenu le maître d'ouvrage (un consortium émanant du Big Board) de la bévue.  Cependant, les délais étaient trop tendus pour reprendre la conception et la fabrication des modules concernés.  On savait juste qu'ils fourniraient 75% de la puissance de refroidissement (et donc, d'accélération) initialement prévue. Mais comme les moteurs avaient déjà été livrés, il était vital de ne jamais dépasser la puissance de 75% et CROSSPACE a implémenté des routines de commande nouvelles pour réguler le limiteur.  Ce sont ces routines qui sont passées en mode verrouillé environ une heure avant la panne du système de refroidissement bâbord,  et la puissance du moteur de l'aile bâbord a fini par dépasser les 125%, taux critique avant fusion et extinction."

"Il y a aussi MITSUHAMA CT, qui a rogné sur les répartitions des cloisonnements étanches, décidant de risquer la vie des passagers de classe inférieure en encombrant considérablement les zones d'évacuation en cas de déclenchement du protocole Onyx.  Sans compter RENRAKU qui n'était pas en reste avec ses trois mois de retard de conception des systèmes de commande de la passerelle, si bien qu'AZTECHNOLOGY dut sous-traiter une partie du boulot à distance, avec des visios de transmissions cauchemardesques d'après les mots de leurs participants.  C'est dans le rapport, monsieur le procureur." 

La présidente de la commission d'enquête, Helyna THREEHOUSE, une belle femme aux yeux bleus en amandes évasées, les cheveux onduleux, presque frisés, teints en noir, au visage sévère et à la bouche large et rouge, frappe de son maillet sur un petit socle de bois.  "Veuillez vous contenter de répondre aux questions commandante, sans dévier vers des terrains plus glissants.  Les mégacorpos ne sont pas moins appelées à témoigner par cette commission d'enquête que vous, que je sache.  Nous avons prévu de les entendre sur tous les éléments techniques que vous évoquez."

Aurélius TARRAF, alias Silvermoon pour ses amis, un petit avocat indien gobelinisé, le genre lutin elfique d'environ 1m20, resserre le nœud de sa cravate, reboutonne sa veste ciel bleu, se lève et prend alors la parole.  "Sauf votre respect, madame la présidente THREEHOUSE, nous nous en étonnons, justement.  De là à croire que la cour pénale internationale n'est pas la seule à financer cette commission d'enquête qui intéresse au plus haut point le Big Board, il n'y avait pas loin pour que ce dernier se constitue partie civile, ne serait-ce que pour rassurer les investisseurs dans le domaine de l'assurance, dans l'ombre.  Pourtant, c'est bel et bien le commanditaire, et j'ai des doutes sur l'impartialité de cette commission."

L'avocat des parties civiles (le premier flingue actuel du clan SATO-Kai, en plus d'être un redoutable homme de lois) proteste: "Objection, madame la présidente!" 

- "Objection accordée.  Monsieur TARRAF, vous n'avancez aucune preuve à ce que vous  alléguez! 

- Madame la présidente, puis-je à nouveau m'étonner?  Ne voyez-vous pas la pente très pénale sur laquelle nous entraîne tout ce vocabulaire?  "Objection!"  "Preuve!" Alors que  nous savons tous que ce qui importe dans une commission d'enquête historique comme celle-là, c'est de nous mettre d'accord sur le récit global des évènements.  Tous les témoins ici rassemblés.  L'histoire de la métahumanité nous le doit, à un instant aussi charnière pour la Matrice et pour l'économie planétaires.  Cette affaire de l'Oiseau de Paradis, c'est celle de la prise de la Bastille! Une fois que nous serons d'accord sur le récit, que cela sera fait, et cela seulement, alors nous pourrons débattre des responsabilités engagées dans cette affaire, qui, je le rappelle, aurait pu tourner à une effroyable catastrophe pour nos amis du conseil Salish-Shidhe (que nous entendrons à leur tour).

- Je vous reconnais bien là, à dire que la vérité judiciaire n'est que la construction d'un récit fruit de divers compromis, mais merci maître TARRAF.  Reprenez votre récit, commandante, en passant sur les détails et déboires du chantier.  Racontez-nous votre arrivée à bord de la neffe astrale. 

- Eh bien j'ai pu succéder au commandant Chen HAORAN quand celui-ci a fait valoir ses droits à la retraite en 2076, après trois étapes de sélection parmi une douzaine de candidat-es.  J'ai fait valoir ma candidature par l'entremise de MITSUHAMA CT.  Le jury était composé d'un panel assez prestigieux; dans ce jury de 11 personnes, il y avait des directeurs généraux nommés par chaque mégacorpo, et un représentant de DIEU.  J'ai pris mon commandement au premier septembre 2076.

- Qui étaient les officiers adjoints à cette époque?

- Eh bien James et Suliman étaient déjà dans l'organigramme sous sa forme actuelle.  Ce n'était pas facile pour moi de prendre le commandement sur deux candidats au poste.

- Vous parlez bien de Suliman VEGA, le premier commandant adjoint, et de James OKONKWO, chef pilote?

- Tout à fait.

- Ce sont bien ces deux personnes qui possèdent chacune une des trois clés de déclenchement d'Onyx?

- Oui, c'est bien cela.

- Vous disiez que votre prise de poste a été difficile?

- Oui en termes de management ce n'était pas simple.  Plusieurs officiers de quart m'ont regardée de travers à prime abord.  Mais j'ai pour habitude de dire qu'un nouveau chef, c'est comme un nouveau commlink.  Au début on ne comprend pas les nouvelles fonctionnalités.  On se bagarre avec le machin, et puis ensuite, à force de bosser avec, on sait sur quel bouton appuyer pour que ça marche...  C'est ce qui se passait entre mon équipe et moi.  Et puis il y a eu cet incident dans la centrale nucléaire interne alors que la station était en orbite lunaire.  J'ai pu mettre en valeur mes compétences de gestion de crise, nous avons résolu l'incident sans blessés ni sans dégâts majeurs dans la structure, et ensuite tout a été plus facile.  Les garçons m'ont fait preuve, depuis, et des centaines de fois, de leur loyauté et de leurs compétences.  Je puis dire que c'est vraiment une équipe hors pair.   

[...]  un effet de fondu temporel.  On saute des passages de l'audition pour arriver au cœur de l'incident.

- "Quand j'ai activé mon appli de secours sur mon commlink vers deux heures quarante cinq, à mon arrivée, la situation à bord de la passerelle était la suivante : une seule officière navigante présente, Cateluna NAVAJO, buvant un café et tâchant de réfléchir face aux moniteurs de contrôle des systèmes de propulsion.  Deux autres officiers de supervision des systèmes vitaux et des systèmes de communication s'étaient endormis à leur poste de travail.  La station commençait à tournoyer rapidement et la gravitation à bord des ponts N2 à N5 était perturbée.  Au contraire, dans la passerelle, nous avions tendance à être écrasés au sol.

A deux heures cinquante, nous avons fini par admettre, mademoiselle NAVAJO et moi, que les commandes des réacteurs des groupes moteurs principaux et de leurs systèmes d'accélération et de refroidissement étaient hors de contrôle.  Tout clignotait au rouge.  Les commandes (tactiles) étaient verrouillées mais les écrans de contrôle fonctionnaient.  Le groupe bâbord affichait 110% de puissance, ce qui était dangereux, et le groupe tribord était éteint.  C'est ce qui faisait tournoyer la station autour d'un mauvais axe et expliquait les incidents de gravitation artificielle.

A deux heures cinquante cinq, j'ai confirmé une alarme de dépressurisation venant de l'une des suites réservées aux membres du Big Board.  Celle de MITSUHAMA.  Je ne savais pas qu'elle était occupée.  Les déclenchements automatiques des cloisonnements étanches ont normalement fonctionné.  Je ne connais pas la cause de cet incident, nous étions confrontés à d'autres priorités.  Mademoiselle Navajo, de son côté, a constaté le bug généralisé des accès aux enregistrements et aux routines des procédures de crise.

- Cela a dû être un moment particulièrement stressant, commandante.  Comment avez-vous réagi?" demande la présidente THREEHOUSE. 

- "Il y a des techniques pour ralentir son rythme cardiaque et garder son sang froid, madame la Présidente.  Nous étions confrontées à une double alarme, avec d'un côté une station incontrôlable sur le plan du pilotage et de l'autre une alarme de dépressurisation a priori colmatée.  Impossible de débloquer une grande partie des commandes.  J'ai demandé un recensement passagers par téléphone au poste de sécurité qui m'a donné les chiffres.  89 métahumains et dix-sept cyborgs.  L'administratrice générale nous a rejoints à ce moment-là.  A trois heures cinq, j'ai appelé des renforts, convoqué Suliman et James et plusieurs officiers contrôleurs de systèmes.  Certains dormaient mais je les ai fait secouer.  La Terre commençait à grossir dans le hublot, et la trajectoire de la station était stabilisée, mais elle ne pointait pas dans la bonne direction. Tout le monde avait rappliqué cinq minutes plus tard.  A trois heures et quart, le point était fait et les options viables envisagées.

- Et c'est à ce moment là que votre commlink indique que vous passez un coup de fil à votre fils, c'est bien ça?

- Effectivement madame la Présidente.  J'ai eu besoin de lui parler car je pressentais un incident majeur et une issue incertaine.

- Il s'appelle Silthrim?  Silthrim KEENE, c'est bien cela?".

Zoom avant sur le visage de Kaya.  Fondu avec un enfant blond qui joue à la console tridéo et qui joue aux pirates dans le jardin.  On l'a vu au générique: l'enfant blond qui flottait, mort noyé, dans les débris du tsunami de Vancouver.  Retour sur le visage bienveillant de la présidente qui attend la confirmation à sa demande.  Kaya reprend la parole après un soupir:

- " Oui, c'est bien cela.  Il est collégien depuis peu, près de notre foyer de Vancouver". 

Ensuite, on coupe et on passe à un moment de l'audition de Genesys DA SILVA, alias Cateluna NAVAJO, qui joue la froideur feinte en déclinant sa fausse identité.

C'est Aurelius TARRAF, aidé via une oreillette par son IA, qui interroge Genesys.  "Confirmez vous que les images de sécurité ont été détruites et sont absentes des enregistrements des boîtes noires?.

-  Oui, je pense qu'un hacker de haut niveau a détruit toutes les images de sécurité au fur et à mesure où elles étaient censées être encryptées dans les boîtes noires.  J'ai constaté que j'étais impuissante à activer les commandes des blocs moteurs principaux, celles-ci bloquées par un code électronique… Heureusement, l'alarme d'altération d'axe de rotation s'est déclenchée automatiquement et cela a réveillé la commandante quasiment au moment où la gravitation artificielle s'est mise à déconner.

- L'avocat des parties civiles rétorque: "certes, madame DA SILVA, mais seriez-vous d'accord pour dire que le simple fait quil ne reste aucun enregistrement de toute la séquence peut légitimement laisser imaginer la piste d'un complot?"  Il rapporte avoir interrogé plusieurs experts pour sassurer quaucune déconnexion de la sorte n’est prévue dans le déroulé du protocole Onyx.  

- Silvermoon intervient : "tout d'abord, nous avons les enregistrements de secours du commlink de la commandante Keene qui, en grande professionnelle, avait établi des redondances dans toutes ses procédures.  Cela nous permet de minuter le déroulé de l'incident même si nous n'avons pas les books des commandes de la passerelle.  Ensuite, il est établi par des témoins oculaires quil y a eu une brèche dans la vitre de lune des suites corporatistes du pont N5.  Plusieurs passagers du module d'évacuation n°3 ont distinctement vu la lumière rouge caractéristique de l'alarme de dépressurisation derrière la baie vitrée trouée d'une des suites du pont N5.  En recoupant avec le monitoring de la Passerelle et les données du secrétariat général, nous savons désormais qu'il s'agissait de la suite de MITSUHAMA, dans laquelle Toshiro MITSUHAMA et Daichi SATO-Kai tenaient des réunions de travail.  Ils s'y trouvaient probablement au moment de la dépressurisation.  Mais comment leur baie vitrée s'est-elle retrouvée trouée et fissurée?  Nous l'ignorons."

Genesys rajoute: "en tout cas cela a probablement dû activer un deuxième protocole de sécurité - incendie cette fois, et l’IA de l’ordinateur de bord a certainement buggé".  On interroge cette fois les concepteurs du logiciel de pilotage de la station.  Ceux-ci admettent qu’il y a pu avoir une faille.

Et puis nous laissons là les officiels, la présidente THREEHOUSE, la presse et le public continuer à entendre les témoins, Genesys et la commandante Kaya KEENE répondre dans le grand hall de La Haye abritant la CEIAOP,  et nous retournons vers la passerelle de la station orbitale, le fameux soir décisif, aux alentours de deux heures trente. Cateluna NAVAJO (c'est écrit sur une barrette velcro de son uniforme d'officier navigante), alias Genesys DA SILVA, dont on reconnaît les traits, porte encore au bout des doigts de sa main gauche une petite fiole renversée dont sort une dernière goutte d'un liquide translucide.  Elle s'en débarrasse dans une poubelle.  Gros plans successifs sur deux ou trois gobelets de café (en premier plan) devant des têtes somnolentes floues couchées sur des tables en arrière-plan: les postes de monitoring des officiers navigants endormis...

Genesys tripote une icône sur les écrans tactiles de son poste de commande des moteurs, et apparemment, tout fonctionne parfaitement, ça fait des lumières vertes, et pas rouges.  

Elle chantonne du David BOWIE (Space Oddity):  "Ground control to major town..."  Puis elle murmure à son oreillette:

"Kim, c'est bon?  Tu as désactivé les enregistrements des communications et du registre des commandes?"

On entend une voix féminine qui répond "oui, c'est bon pour moi Genesys". 

"A toute l'équipe!  Vous me recevez?  Tout est OK?  On y va?" 

Casting idéal (prises réelles ou motion capture

Kaya KEENE: Itziar Ituño 

Genesys DA SILVA : Ursula Corbero 

Valandir BRULESONGE: Pierre Niney

Takkeshi KATAUENDO dit "Tak": Pio Marmaï 

Kim SAVAGE: Anya Chalotra

Suliman VEGA: Mads Mikkelsen

James OKONKWO:  Chiwetel Eljofor

Manichawa: Tripti Dimri 

Code Vandal : Mark Strong

Toshiro MITSUHAMA: Kenji Oba

Daichi SATO-Kai: Fumiya Takahashi 

Présidente THREEHOUSE: Caroline Proust

Tertulio TZEBETZ: Jeremy Davies 

Aurelius "Silvermoon" TARRAF: Peter Dinklage allons-y soyons fous...

Vikram CHANDRAWATI: Oscar Isaac

 

Prochain épisode: 2. Crux. 

 

 

 

 

 

 

 



 

 


 

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