Les 7 constellations - épisode 2 - Crux

Musique:https://music.youtube.com/watch?v=y4E-PqNr5ZU&list=PLEQ81OD8Z_PI8-fBsppompaegnK_rf9Se

Une sorte de bave rouge fumante sort d'un tube à essai de couleur multicolore fluorescente, en forme de serpentin, dans un laboratoire de recherche biotechnologique dernier cri flanqué d'armoires de commande électroniques impressionnantes, avec des boutons qui font bimp, et des cadrants, et des voyants qui font flash.  Deux techniciens (un homme aux cheveux noirs, la quarantaine, assisté d'une jeune fille peut-être encore étudiante) qui portent des charlottes et des masques chirurgicaux s’affairent autour du corps inerte d’une femme brune en chemisette d'hôpital que l'on voit en très gros plan (on n'en voit donc pas grand'chose).  On devine une origine asiatique pour les techniciens.

Puis cut, la caméra zoomant en saccades par le plafond (en plongée, donc), on reconnaît rapidement Genesys DA SILVA qui est allongée endormie sur un fauteuil de cuir blanc comme la patiente d'un dentiste.  Par le jeu du montage, on a vu presque de façon subliminale quatre fauteuils blancs occupés formant une croix, mais on ne sait pas de qui il s'agit, on n'a même pas le temps de se le demander, Genesys est la seule personne allongée que l'on reconnaît explicitement.  Elle est connectée, par l'arrière du cou, et via un long câble métallique gainé de caoutchouc, à un gigantesque ordinateur.  On zoome sur l’un des écrans intégrés des lunettes de la technicienne stagiaire.  Celle-ci est manifestement de nature japonaise.  Sur les lunettes, un ciel nocturne étoilé qui envahit peu à peu tout le verre, si bien qu'on finit nous aussi par plonger dans la nuit céleste.  Un petit arc de Terre apparaît dans un coin de l’écran.  La caméra se tourne vers la station de l’Oiseau de Paradis qui semble en pleine forme ; elle se pavane en flottant et en tournant très tranquillement sur elle-même, à une grande distance orbitale de la Terre.

Puis on a un grand panoramique du ciel de l'hémisphère Sud: via le Navire Argo, un peu plus loin, les nuages de Magellan, vers Acrux et la constellation de la Croix du Sud, enfin.  Des lignes pointillées apparaissent en reliant les étoiles principales de cette constellation pareille à la Croix de Coronado d’Indiana Jones, et qui enferme en son sein un superbe petit amas ouvert qu’on appelle la Boîte à Bijoux.  Son nom apparaît en latin : Crux.

Après avoir zoomé sur la Boîte à Bijoux, la caméra se porte au-delà des étoiles vers un ciel sombre puis la silhouette face nocturne de notre planète, soudain embellie par un fond d’aurore qui s’approche.  On plonge vers la Terre en zoomant vers le Japon, direction l'île d’Hokkaïdo au nord-est de l’île.  

Le travelling avant poursuit sa plongée vers le Lac Kussharu et l'île de Kussharu au milieu du lac.  Celle-ci correspond à l’ancien cône central émis par la chute d’une météorite il y a des millions d’années de cela.  Aujourd'hui, c'est un climat océanique froid qui règne les deux tiers de l'année...

Voilà l'écrin de ce paysage forestier de moyenne montagne, qui abrite la demeure ancestrale du Yakuza le plus puissant du Japon Impérial - et aussi à l'international.  Un texte s'affiche en surimpression de l'image (en fondu enchaîné pour chaque phrase) : "Île de Kussharo.  Forteresse du Lion.  Maison du plus puissant des Yakuzas de la planète... Le clan SATO-Kai."

Tandis que des saynètes illustratives défilent, c'est la voix-off de Genesys qui prend le relais.  "Les SATO-Kai sont le troisième actionnaire principal du groupe MITSUHAMA, via des montages financiers off-shore sophistiqués.  La fondation Draco est l'investisseur n°2, et Toshiro MITSUHAMA, le plus gros actionnaire des trois, majoritaire dans l'entreprise, est à sa tête.  C'est un cousin de l'Impératrice du Japon.  Alors MITSUHAMA, ce n'est pas n'importe quoi.  C'est l'une des Big Ten, les dix mégacoporations les plus puissantes de la planète, c'est même la première des Big Ten, mais depuis quelques temps la fondation Draco a entamé un processus de vente massive d'actions, et celles de MITSUHAMA sont à la baisse.  Toshiro MITSUHAMA perd du terrain, flanqué du fils (et désormais le boss) SATO-Kai, Daichi.  C'est tout récent, cette accession de Daichi au pouvoir.  On raconte que c'est lui qui aurait assassiné son propre père, le boss SATO-Kai.  Les théories de complot filent bon train."

Le zoom reprend, forteresse du Lion, imposante bâtisse japonaise à cinq étages du XIXe siècle, au sommet de l’île, qui vient nacrer la forêt insulaire d’une blancheur de neige.  On passe au travers du ruisseau qui traverse un petit jardin japonais annexé à la forteresse; l'eau, les pierres, l’humus et la terre se transforment imperceptiblement en le plafond d’une profonde caverne, la caméra provenant du haut de la voûte gigantesque s’approche verticalement du sol jusqu’à pénétrer les grilles métalliques d’une étrange cage où Genesys tire de toutes ses forces, nue, sur des chaînes auxquelles elle est attachée au niveau des poignets et des chevilles.  Elle porte un collier de petits maillons d'or discrets, auquel pend une croix cathare en rubis serti d'or.  Les prises de vue sont détaillées mais très décentes.  Il est amusant de noter que le motif de la croix revient encore.  Car Genesys n'est pas la seule en cage.  Il y a quatre cages, qui forment une croix mais elles sont plongées dans une relative obscurité et l'on ne sait qui s'y trouve, si quelqu'un s'y trouve (un grognement de troll japonais, peut-être?  Un "tous des porcs!" rugi entre deux cliquetis de chaînes?). La porte grillagée de la geôle de métal de Genesys s’ouvre soudain, tout comme les cercles de fer qui enserraient ses poignets et ses chevilles.  La sortie de la cage est illuminée par des faisceaux de lasers rouges qui forment comme un couloir de section carrée en s’éloignant pile vers un tunnel qui s'enfonce dans l’infini.  L’intensité de leur rougeoiement contraste avec deux rayons bleus émis par des drones de forme sphérique ressemblant à s'y méprendre au premier modèle de couple de drones de surveillance dont elle s'était dotée après son câblage de contrôle (des MCT Fly Spy - MCT comme MITSUHAMA Computer Technologies).  Délivrée de ses chaînes, elle s’y engage et arrive à une porte mystérieusement illuminée qui surgit du néant dans une petite grotte au fond du tunnel.  Le vantail imposant est d’architecture japonaise néo-classique, et porte, au-dessus de son entablement, un tympan sculpté d’un bas-relief en tête de Lion.  Des flammes semblent danser sur tout son encadrement et son chambranle est éclairé de subtils lasers rouges.  Une immense manivelle en forme de croix permet de l’ouvrir.

Genesys ferme brusquement les yeux en ouvrant la porte.  

Quand elle les rouvre, elle est dans une chambre d'hôtel, le genre plutôt luxueuse,  avec une immense baie vitrée qui donne sur un environnement urbain d'interconnexions de banlieues, avec des arkologies, des gratte-ciel futuristes imposants, chefs d’œuvre d'architecture cyberpunk qui hébergent les plus puissantes Mégacorpos de la planète.  La ville ressemble à Tokyo.  Il fait nuit mais le ciel est illuminé de couleurs irréelles et pâles, rouge, violet, bleu, néon blanc, rose, electrum...  Un casque noir intégral aux liserés d'or orne la tablette de nuit.  Les lampes de chevet irradient une tranquille lumière jaune sur une grande couverture de satin vert sombre. A côté de la baie vitrée, un écran de contrôle télévisé qui s'illumine soudain et affiche l'injonction "Choose car" qui clignote en lettres blanc fluorescent sur un fond de gigantesque tube de verre.  Cut sur le visage de Genesys, en gros plan, qui semble interagir avec l'écran tactile dont on ne voit que l'arrière, les reflets de lumière sur son visage changent de couleur, et l'on entend des bips bips et des bruits synthétiques.

Cut sur Tak qui s'efforce d'enfiler un flypack, mitrailleuse au poing, au pied d'un immeuble de décor de jeu vidéo de course futuriste, il y a des reflets verts, bleu nuit, mauve, violet, rouge, orange, ors... mais la lumière semble erratique comme le reflet d'une montagne qui s'agite à la surface d'un lac soufflé par le vent.  On est comme dans un rêve.

Cut sur Kim, bien planquée sur un balcon en position "Sniper" (sa favorite).  Kim n'est pas juste une decker.  C'est une decker de combat.  C'est même une combattante avec des compétences de decker, en fait.  Digne de l'élite des forces spéciales.  La lumière est flottante, irréelle.  Les imprécations d'un speaker public retentissent et se réverbèrent entre les parois des gratte-ciels, jusque sur chacune des tribunes installées là; toutes remplies par une foule hystérique.

Cut sur Valandir, qui siège sur un balcon situé au surplomb de celui où Kim se planque, il ne peut pas la voir.  Mais il a une vue imprenable sur le plus étonnant des spectacles: un circuit de verre fait de spirales, un tube de verre immense et transparent aux propriétés mal définies, qui s'enroule en serpentin entre les immeubles futuristes de la ville.   Le tube semble solide et perméable à la fois, presque vibrant.

Cut sur plusieurs bolides alignés au départ, des voitures des plus grandes écuries de course à mi-chemin entre Gran Turismo 7 et  Tron.  Vrooooom, vroooooooooooom!  Les moteurs rugissent.  En pôle position, la Rozelyne Löwen rouge de Daichi SATO-Kai (un speaker public l'annonce au micro).  Une voiture verte, la Vortex 9, une voiture blanche, l'Aetheron, une voiture bleu-nuit, la Race Defocrack; et puis une voiture jaune (de la marque Fevara au cheval cabré). 

Cut sur la tête de Genesys en pilote à bord de la Fevara, dont le visage est en partie dissimulé par son casque intégral noir et jaune, et les lunettes de soleil qu'elle porte, pour pouvoir maintenir sa visière ouverte.  Elle trouve que ça lui donne un look plus cool.   

Cut sur l'écran de la chambre d'hôtel, Genesys a cliqué du doigt sur Fevara parmi toutes les voitures possibles.  On a vu juste avant que la Rozelyne Löwen est verrouillée, propriété exclusive de Daichi SATO-Kai. 

Le compte à rebours final se déclenche.  Les feux de la ligne de départ s'illuminent soudain de rouge.  

5 - 4 - 3 - 2 - 1 - 0.  Les feux passent au verre dans un rugissement de tonnerre.

Genesys est elle-même surprise par la violence de l'accélération de son bolide.  Elle jure pour elle-même, en chuchotant, à bout de souffle, immédiatement, le cardio bien à fond.  Elle a déjà dépassé deux de ses opposants et cherche un moyen d'envoyer valser le troisième (le bolide blanc de l'écurie Aetheron).  Le bolide rouge de Daichi a pris quelques centaines de mètres d'avance, déjà et s'approche de la zone où se trouve Tak.

Genesys n'est pas connectée, elle conduit physiquement le bolide tout en lui étant câblée pour tout ce qui concerne les informations de conduite.  Elle tourne le volant, mais son regard est dans la Matrice.  D'ailleurs, à un moment, ça flashe en un éclair subliminal sur un environnement de fond de canyon envahi d'arbres, avec des personnages médiévaux mal identifiés qui sont en position de chasse.  Retour au vrai tube de verre et à la course.  Des accélérations, des évitements, rien de bien méchant.  Et puis, à nouveau, une perturbation d'image dans le câblage de contrôle de Genesys: des montagnes hautes au creux desquelles se déroule une course de cavaliers sur de magnifiques chevaux de toutes races.

Cut sur une spirale du tube de verre, un peu plus haut.  Des drones virevoltent à l'intérieur, mais un troll muni d'un flypack (Tak, en l'occurrence) s'efforce de leur tirer dessus. 

L'Aetheron fait des embardées contrôlées pour éviter les assauts soudains de la Fevara de Genesys mais le pilote finit par une faute de conduite et le bolide blanc file dans le décor en se retrouvant finalement sur ses roues après un ou deux tonneaux, dérapant sur la piste de verre en une gerbe d'étincelles, jusqu'à l'arrêt complet, suspensions cassées.  La Fevara réussit à l'éviter et à se faufiler parmi les débris.  Pendant ce temps là, la Vortex 9 verte de John Stayhere se fait tamponner par la Race Defocrak d'Alan Pfurz. 

Cut sur Kim qui "snipe".  Un peu comme dans le film Nikita, la scène de la cuisine du restaurant (car il semble bien que Luc BESSON soit l'un des tout premiers cinéastes à avoir employé ce procédé, devenu assez cliché depuis), on suit la balle qui s'enfonce dans la paroi de verre comme si c'était un liquide dense et transparent.  La balle transperce un pneu "BFB (Big Fat Boy)".

La Vortex 9 finit retournée sur le capot du toit.  Les roues (dont l'une a le pneu éclaté) rugissent encore et les freins sont chauffés au rouge vif.  John Stayhere peine à s'extirper de son baquet, la ceinture est coincée.  Clameurs de la foule pour Pfurz.  C'est le genre de course où les choses se décantent rapidement jusqu'au duel final.  Profitant d'une reprise d'accélération, Genesys rattrape la voiture rouge de Daichi qui n'a pas pu éviter les clous jetés partout sur la piste après que Tak a abattu un drone de transports de quincaillerie.

D'ailleurs les deux bolides filent presque côte à côte, se percutant gentiment les flancs tandis qu'ils approchent de la zone des gros bidons d'essence.  Genesys accélère fort opportunément à cet instant, et franchit la ligne de bidons juste avant que Kim n'en fasse exploser une d'un tir bien précis (sa balle a curieusement à nouveau traversé la paroi de verre du circuit-tube, comme un Nautilus en miniature traversant le conduit menant de la Mer Rouge à la Méditerranée).  Alors toute la ligne de bidons s'enflamment ou explosent,  et Daichi franchit la ligne un instant trop tard.  Sa carrosserie et ses systèmes électroniques subissent des dégâts.  Genesys chantonne un air d'opéra (le duo Rodolpho/Mimi tiré de La Bohème, de Puccini).  Mais ça ne dure pas longtemps car elle a juste le temps d'apercevoir le bolide rouge grossir à toute allure dans le rétroviseur et de sentir les dégâts provoqués par le pare-choc avant de la Rozelyne Löwen sur l'arrière de la Fevara.  Genesys sent que la direction en a pris un coup, c'est moins fluide qu'avant.  Alors elle décide de freiner afin de négocier sans encombre les prochaines spirales.  Elle laisse Daichi partir devant, et même Alan Pfurz dont elle évite de justesse le choc arrière en se mouvant sur les parois du tube.  Et puis, vroum, vroum, après avoir essayé de bidouiller un réglage de compensation pour sa direction faiblarde, elle appuie à nouveau sur l'accélérateur.

Fondu au noir sur le bruit de fonds de la course, des coups de freins, des carrosseries qui frottent, des tampons qui choquent...  Et puis silence.  Un panneau: 

 

Janvier 2082

Dans un environnement industriel impersonnel et revêtu de toute la froideur de son béton gris, une femme est assise à un bureau dans un cabinet de sécurité.  On reconnaît Genesys à sa natte particulière, même si elle est de dos.  Elle regarde un large écran de contrôle qui diffuse les images d'une portion d'usine chimique, ou de retraitement des eaux, on ne saurait dire, on voit des écoutilles portant le numéro 9, avec des lions qui se battent. Elle pianote sur un clavier de commande du système vidéo d'une usine abandonnée.  Elle semble servir de guide à quelqu'un: "Donc là normalement, tu arrives au numéro 13, qui doit être logiquement un cul de sac.  Tu vois quelque chose Kim?"  On entend la voix de Kim répondre: "ouais, y 'a un katana.  C'est comme si y avait rien, quoi!  J'me bats pas avec ces merdes de lames, moi je frappe de loin.  Fait chier ce labyrinthe!  Si seulement je pouvais trouver un fusil bordel".  Genesys ne peut s'empêcher d'esquisser un sourire.  Pourtant, on entend des rugissements de lion, subtils et caverneux, retentir à travers le micro de Kim, en arrière-plan sonore.  Fondu au noir sur Genesys qui s'inquiète en entendant, dans son casque, ces rugissements inquiétants qui s'éloignent dans des tréfonds souterrains insondables.

 

Décembre 2081 

Aéroport de Tokyo, en transit pour Okinawa...  L'équipe est arrêtée à la douane de l'Empire impérial japonais.  On aperçoit une peluche en forme de cochon quand les douaniers fouillent la valise, mais ils ne trouvent rien de suspect.  Le douanier déclare à Genesys que les deux malles lui appartenant, contenant des drones frelons, ont été interceptées dès la douane internationale de l'Aéroport de Denver.  Elles n'ont même pas été chargées dans les soutes, elles sont restées en Amérique.  Il lui donne le numéro qui lui permettra de les récupérer après le voyage retour.  Genesys proteste de son accréditation bidon, qui malheureusement ne passe pas les systèmes de sécurité nippons.  Elle échange en vain des arguments avec le douanier, puis se ravise face à l'inflexibilité du personnage, finit par retrouver ses camarades en jurant comme une harengère.  Valandir et Tak se foutent gentiment de sa gueule en imitant, complices, le cri du cochon.  Kim les traite de porcs.

 

Novembre 2081

Il est environ midi dans une banlieue de Houston.  Un quartier industriel un peu désert, sous le soleil, survolé à quelques dizaines de mètres à la verticale. 

Une rue étroite, fort opportunément barrée d'un van GMC Bulldog garé en travers.  Un petit camion de livraison, le genre fruits & légumes, empêché de passer, vient de freiner brusquement pour s'arrêter à quelques dizaines de centimètres du Bulldog.  Le chauffeur du camion a l'air super énervé, un peu comme comme le personnage de Coluche, faut pas déconner, fait chier, meeerde!  Et Genesys descend du van alors que le péquenot de sudiste à la con fait de même sur le marchepied de son camion.  Elle a la démarche tranquille, détendue comme une mexicaine au soleil, elle tente de le calmer par une voix douce qui ne modifie pas grand'chose dans l'attitude agressive, arrogante et grotesque du chauffeur.

Cut sur une portière arrière du Bulldog, qui s'ouvre, noire sous le soleil du midi.  Tak le troll en sort, armé comme un samouraï des rues en costard.  Il porte ses lunettes connectées, faut pas déconner, ça fait partie du job: impressionner la galerie par la carrure et par la dissimulation du regard.  C'est un métier, de faire peur à l'adversaire.  Il gonfle les pectoraux et porte la main vers son hulster.  Le gun est gros, vraiment impressionnant pour un livreur de primeurs bio, même ultra pressé (on ne sait pas bien pourquoi...).  Le chauffeur baisse soudainement d'un ton et commence à bégayer.  Genesys allume une clope en chantant du Doors.  "Come on baby light my fire..."  C'est le signal au reste de l'équipe.  Tak commence à poser des questions sympas au chauffeur: comment il s'appelle, est-ce qu'il est marié?  Est-ce qu'il a vu la dernière finale du Bulletball?  Et comment il a fait pour avoir des billets?  Ce genre de choses, quoi...  De toute façon, avec un flingue en pogne en face de lui, le livreur est bien obligé de supporter la conversation mais il ramène toujours les choses au fait qu'il est pressé, et pourquoi ne peut-on pas dégager le van, putain de merde?  Il est évalué et payé à la ponctualité, ça le gave...  Mais Genesys, qui a fait mine d'aller faire un tour sous le bas de caisse, proteste de tout un tas d'argument mécaniques pour justifier son immobilisation en cet étroite portion de rue. 

Cut sur Kim en tenue de combat du genre commando qui se déplace à la dérobade, projetant une ombre effilée comme un rasoir.  Elle cherche à se connecter à la sécurité du haillon arrière du livreur via son cyberdeck.  Elle est escortée par Valandir qui la suit comme une ombre, avec déjà une petite boule de feu entre les mains, au cas où.  La decker orque se connecte.  Quelques secondes pendant lesquelles on entend Tak, au loin de l'autre côté du camion, proposer une belle somme contre ses billets pour le match; mais le péquenot proteste encore.  Sa livraison est urgente, c'est pour une entreprise de cuisine qui doit honorer des commandes sans délai.  Un bip du cyberdeck, puis un déclic du verrou de porte arrière.  Kim s'esquive prestement, son fusil FN-HAR au poing.  Valandir s'introduit et disparaît dans la soute du camion.  Fondu au noir.

 

Octobre 2081

Vrrrroooom!   VrrrooÔÔÔooom!  Ambiance nocturne, docks de New York.  Genesys est à bord d'une Ford Americar de standing, toute noire, elle n'est pas connectée au véhicule via son câblage de contrôle, elle est en mode de pilotage réel, car elle a besoin de ses compétences matricielles pour contrôler ses drones-frelons.  Elle adopte la posture de la conductrice qui fait marche arrière: un bras sur le siège passager droit et la tête retournée, par la droite, vers la lunette arrière. Elle murmure un ordre à ses drones frelons de se mettre en position d'attaque, elle transpose sa vision dans la caméra de ses drones et zoome sur une troupe de Ninjas qui canardent Tak (celui-ci emporte sous son bras une belle femme caucasienne, la peau très blanche, aux longs et soyeux cheveux noirs, que l'on n'avait encore jamais vue jusqu'alors, Eleanor WHITAKER, alias Alpha Coronae).  Echanges de coups de feu, équipe très inférieure en nombre à l'adversité nippone.  VrrrrooÔoommm!  Tandis que ses drones frelons attaquent, elle couvre et attend, nerveuse sur la pédale d'accélérateur, le repli de ses coéquipiers.  Tak pénètre bientôt avec Eleanor WHITAKER sous le bras, à bord de la berline, suivi de peu par Valandir, qui envoie une dernière boule de feu aux ninjas du clan du Lion.  WHITAKER se débat comme une diablesse.  On ne sait pas où est Kim, car Genesys débraye sans attendre pour les sortir de ce merdier (d'autres ninjas rescapés des flammes foncent vers la voiture à toute allure), survolée de près par ses drones qui essuient des tirs de mitraillettes..

Cut, un peu plus tard, sur le bâillon de fortune que Valandir a confectionné de ses mains, pour faire taire la belle brune qui les arrose d'un torrent d'insultes plus vomies les unes que les autres par sa langue de vipère blessée.  "Pourriture d'elfe, face de pet d'enculé de troll"! Elle se débat pendant cinq minutes avant de s'avouer vaincue, mais Tak a dû se joindre à Valandir pour mettre le bâillon en place.

Genesys emprunte le tunnel Lincoln et sort de New York en direction du New Jersey Turnpike.  Temps "calme" dans la voiture (au fait, Kim est parmi les passagers, récupérée on ne sait dans quelles circonstances...).  Musique de Manichawa en playlist, qui couvre mal les injures qu'Alpha Coronae continue de proférer, étouffées, dans son bâillon.  Et Genesys signale à tout le monde qu'il va y avoir un arrêt pipi et recharge électrique.

Valandir fait sortir Eleanor WHITAKER, bâillonnée, sans ménagement.  Une fois agenouillée dans l'obscurité du parking, les deux bras dans le dos, illuminée par derrière des phares de la berline, elle hurle à travers le tissu du bâillon, et Valandir demande à Tak de lui ôter.

Dès qu'elle a retrouvé la liberté de parole, la somptueuse brune éructe un "Crève, espèce de pourriture de race gobelinisée dégénérée de merde!".  Les yeux de Valandir, qui s'illuminent d'étranges flammes, clôturent la scène.

***

Mer Méditerranée. Zoom sur un petit yacht rapide, venant de Monaco, qui fonce en direction du large.  A son bord, au volant du navire, Genesys.  

Cut.  Noir.  Comme  un bruit de deux hélicoptères, des mitrailleuses lourdes qui canardent dans la nuit, puis le bruit d'une énorme explosion.

Fondu en ouverture: le yacht en feu et des débris partout.  Genesys surnage à quelques brassées de distance, en regardant vers les flammes...

On entend un cri de mouette. 

 

Août 2081

Quelque part assemblés, petite troupe rescapée de la foule, dans une des tribunes désertées du Stade Drekivik de Rejkjavik, ils tiennent conseil en se faisant passer une bouteille de flotte.  Genesys a installé un ordinateur portable avec tridéoprojecteur intégré pour que Kim, Tak et Valandir visualisent les images en sa compagnie.  Il y a aussi Sean Finnegan et Nigel Houghton, les membres de l'équipe B. Valandir demande gravement: "Où sont Jane et Moussa?".  Nigele répond laconiquement: "En avion pour Denver, chez les CHANDRAWATI".  

"Voilà, ça c'est la tridéo enregistrée par mon deuxième drone, celui qui a patrouillé les coulisses, environ cinq minutes après le black-out, quand j'ai récupéré le contrôle après la bombe matricielle provoquée par la foudre du dragon.  J'ai fait un arrêt sur images.  Regardez bien l'ombre sur la gauche, vous voyez-là?  Maintenant j'avance image par image".  Tak répond: "oui, elle bouge.  C'est manifestement japonais, ce costard...  On dirait un Yoshimitsu de jeu tridéo.  Certainement le porteur du Katana de chez Hento!".  Valandir: "pas de doute, c'est le fameux DSK."  Kim: "J'veux me faire cette espèce de porc!".

"Maintenant, regardez les prises de vues de l'autre drone, celui qui survolait le stade.  Regardez bien au centre de l'image, au niveau de la régie sons/lumières...  Là, vous voyez la porte?".  Valandir: "oui, une femme élancée aux cheveux noirs, avec un chapeau, qui sort tranquillement".  Kim: "Ma chemise que c'est Alpha Coronae, sans aucun doute."  "T'as pas de chemise, Kim, t'as qu'un putain de treillis de combat!" lui assène Valandir avec ironie.  Le silence se fait pendant quelques temps, avant que Tak ne conclut l'échange par une de ces phrases énigmatiques dont il a le secret: "Sous la lune froide les ombres ont rassemblé leurs pas, mais l’aube rendra compte."

 

 Juillet 2081

Genesys, natte sportive, combinaison moulante de cuir, sexy et burinée à la fois, lunettes de soleil opaques, se trouve, pistolet en position de sécurité en main, dans les coulisses d'une gigantesque scène musicale artificielle faite de poutres et d'assemblages métalliques.  Mais ses yeux sont révulsés et on ne voit que leur fond blanc.  Elle contrôle ses drones frelons activés en mode surveillance aérienne.  L'un survole la foule et donne une ou deux belles vues sous les pyramides illuminées par la pleine Lune.  On entend résonner un des morceaux phares des concerts de Chawa's Seven: une reprise éblouissante de Roads de Portishead.   A travers un rideau, on aperçoit la pyramide de Khéops, sous la pleine Lune, en arrière-plan d'une foule gigantesque. 

C'est le signal pour Genesys de partir.  Elle se connecte à son Van GMC Bulldog de couleur sable, active la recharge des drones via un câble connecté sous la banquette arrière, et fonce en direction du centre du Caire (quelques images aériennes la suivent dans un trafic de plus en plus dense et des ruelles de plus en plus étroites).  

Cut sur Manichawa environ une heure plus tard, courbée élégamment comme une princesse indienne, des bouquets de rose pleuvant sur la scène, tous ses musiciens rassemblés autour d'elle, pour le hourrah de fin de spectacle.  Elle sourit d'un bonheur communicatif sous des tonnerres d'applaudissements et d'enthousiasmes délirants qui se perdent dans le lointain et résonnent sur les Pyramides de Gizeh.  

Puis la belle Manichawa s'engouffre avec son cyborg Giacomo, son ingénieure du son, Zara DJAWADI, et sa pote Carlotta dans un second Bulldog, piloté par Sean FINNEGAN, un irlandais alcoolique à la langue bien pendue.  Mais elle n'a pas peur, elle sait quand elle peut lui faire confiance.  Tak les escorte. Ils iront tout d'abord récupérer quelques affaires à l'hôtel, et ensuite, attendront de rejoindre Genesys et la bande dans un parking discret quelque part dans le Nord Ouest du Caire, direction Alexandrie.    

Pendant ce temps, Genesys se gare à côté d'un restaurant, dans une rue perpendiculaire à l'avenue donnant sur l'entrée Sud du Soukh historique du Caire (Khan el Khalili).  La rue est assez passante: Al Mashhad Al Husseini.  Elle déploie ses drones et, à l'heure convenue, avec le premier d'entre ses deux frelons, repère rapidement un petit homme mexicain, au faciès un peu mongoloïde, barbu, la cinquantaine, vêtu d'un manteau traditionnel, qui s'enfonce dans le Soukh par le Nord.  Mais elle repère aussi avec son second drone,  à une vingtaine de mètres de lui, deux gardes du corps corporatistes qui lui filent discrètement le train.  Elle en rend compte dans l'oreillette:

"OK les mecs, bon vous me recevez?  Mon premier drone est en train de filer vers le sud, ce serait trop risqué pour moi de le contrôler dans les galeries et les ruelles étroites du Soukh.  Mais la cible y est bien rentrée.   Et mon deuxième drone est sur deux malabars de chez MITSUHAMA, le genre poupée Ken et Barbie, avec lunettes de soleil connectées et probablement des fusils de combat à moyenne portée.  Ils se dirigent vers l'entrée Nord du Soukh, ils y seront dans une ou deux minutes.  Je les garde en visu jusqu'à ce qu'il y rentrent.  Ensuite, je rapatrie mon deuxième drone à son tour.   On est à côté du resto El Hussein Pancake House, Kim y a élu refuge.  En face du Black Snacks."

Cut, extérieur nuit

La couleur sable du GMC Bulldog se justifie soudain: le bolide fonce comme un taureau camouflé dans le désert nocturne d'Egypte, à peine visible par ses feux.  Valandir prend Manichawa dans ses bras pour la sécuriser dans les soubresauts - relativement maîtrisés - du van.  Gros plan sur les lunettes de soleil de Genesys: "Je les ai en visu par l'arrière, il viennent d'ouvrir le feu.  Je ralentis les mecs!"   Tak tire sur la vitre arrière pour faire exploser le pare-brise, et Kim, positionnée en sniper, ajuste un tir précis qui transperce le pneu avant gauche de la Lamborghini noire qui les poursuit dans le désert.  La Lamborghini quitte la route et va se crasher dans un petit canyon situé de l'autre côté de la route.  Le GMC Bulldog de Genesys se rétablit au contraire sur la quatre voies après un dérapage parfaitement maîtrisé par la pilote.  "Tout le monde va bien?"  lance-t-elle à la cantonade.

"Qué mé semblé à moi qué yé connou mieux!" répond Geraldo Martinez, feignant de vouloir vomir.  Dans les bras de Valandir, Manichawa dit "oui, je vais bien" et sourit pendant que son corps se détend. 

"Putains de corpos de chez Mitsuhama" grogne Tak.  "Tous des porcs...", soupire Kim.

Cut. Noir. 

*** 

Long fondu (sonore et vidéo) en ouverture. 

Genesys allongée à l'abri d'une maison, les deux bras tendus tenant son pistolet, au coin de la place d'un village égyptien miteux mais vénérable, qui luit d'une lueur orange dans le ciel dégagé des faubourgs d'Alexandrie.  Elle vise et ouvre le feu en direction du centre de la petite place où se trouvent Manichawa (toujours aussi magnifique princesse elfique, à présent vêtue à l'indienne, en position du lotus, comme une statue immobile irradiant une faible lumière blanche autour de son corps), Valandir qui la protège derrière un gigantesque esprit de feu, et Tak qui donne du katana à bout portant face à la horde de soldats qui l'attaquent.  De l'autre côté de la place, sous une arcane, Kim est en position de sniper et assume sa part du travail face à l'assaut.  Des bruits de tirs en rafales plus ou moins rapides, des hurlements de drones de transport aérien.  Un drone-frelon vient transpercer la cuirasse d'un soldat lourdement armé, qui s'écroule rapidement.  L'esprit de feu gigantesque attaque, de ses bras de flammes, une seconde troupe de soldats qui tentent de débarquer via des cordes treuillées par leur drone-hélicoptère, à quelques dizaines de mètres au-dessus de la place du village embrasée.  La vision est apocalyptique... mais très brève.  S'y substitue un gros plan sur la sueur temporale de Genesys, toujours allongée, qui halète au ralenti.

On voit Manichawa, inerte, emportée par Tak en courant sous le déluge de balles, couverte par Genesys, vers une galerie abritée dans les ombres.   Fondu au noir.

 

Mars 2081

Amsterdam, march 2081.  Coffeeshop The Dolphin's on Kerkstraat (south center district).

La caméra entre par une petite porte de biais dans l'échoppe au rez de jardin de la maison centenaire, et donne sur un petit bar plutôt intimiste, avec trois ou quatre tables seulement, mais un hashbar gigantesque.  Quelques clients hésitent sur l'herbe à acheter.  White Dolphin's ou Bubble Bud? On poursuit vers le fond de la pièce où s'enfonce un escalier métallique en colimaçon.  Au sous-sol, c'est l'endroit où le tabac est autorisé.

De larges tables d'inspiration mauresque, octogonales,  occupent chacune un carré de canapés d'osier assez raides, avec des coussins arabes disposés un peu partout.  Cela sent la bière, le tabac, le chanvre, et la chicha chargée de la dernière Tempo à la mode, que le petit groupe partage autour d'un thé à la menthe sucré.  Des motifs sous-marins sont peints partout sur les murs, on est un peu à vingt mille joints sous les mers...  La conversation porte sur la dernière bouture de Tempo réalisée par Ahmed, dont il est très fier.  Il dit que l'effet est dévastateur.  Il a glissé un petit sachet sur la table octogonale.

Ahmed AL-FOUZIA: "Ouais tu vois, man, celle-là elle m'a pris trois ans de recherche.  Et je vais peut-être embarquer sur la Lune pour étudier ses possibilités en gravité zéro.  Mais tout n'est question de lumière, à mon avis...

Valandir, admiratif: "en tout cas, dans cette lumière, les pistils des fleurs sommitales ont la couleur du feu, c'est incroyable!  Les fleurs ont une couleur carmin!  Tu devrais l'appeler Red Dress!"

Ahmed, avec un geste de la main pour retenir le bras de Valandir qui effrite la tempo à un rythme effréné: "ouais, mais mollo, mollo!  Crois-moi mon pote,  elle met aussi le feu au cerveau.  Vas-y avec parcimonie, maaan!"

Benny BTL, qui émerge enfin des pensées dans lesquelles la "question de Lumière" d'Ahmed l'avait plongé: "mais carrément!  La lumière! Pas la lumière du feu, pas dans ce sens-là!  Mais tu lui fous des lampes à vapeur de sodium en pleine gueule, et rien à foutre du zéro G!  D'ailleurs l'espèce que tu boutureras là-haut, elle pourrait s'appeler  la "Zéro-G"!

Ahmed: ouais, trop cool...  Je kiffe le nom man, j'y songerai!  Mais la Red Dress c'est pas mal en attendant le voyage dans l'ISS2 et dans la Lune.  De toute de façon, je suis pas pris encore."

- Tu sauras ça quand?

- Eh ben, normalement, demain en soirée...

- Yo ça va le faire man, j'en suis sûr et certain!"

Un clin d’œil amical, et il tope la main de Benny BTL qui se réjouit peu de temps après, comme un enfant, d'entendre un de ses morceaux passer dans la playlist "chill out" du Dolphin's.  Adossé à un mur où est dessiné un gigantesque dauphin sous la mer ensoleillée,  Valandir passe le joint qu'il vient juste d'allumer à Chawa, qui en prend une petite taffe et passe à Genesys d'un simple "tiens!".  Alors Genesys (qui ne cache pas des tendances bisexuelles par ses oeillades) grille résolument le mélange de Red Dress savamment dosé (il en faut très peu).

Genesys propose le joint à son voisin de gauche: "Chicholo, Giacomo?" Giacomo est ironique.  "Je ne vois pas l'intérêt de me boucher les conduites avec tous les goudrons de ton truc.  Moi j'ai des puces Better Than Life qui font parfaitement l'affaire" (il y en avait effectivement au hash-menu).  Alors Genesys passe à Tak, qui décline l'offre, un verre à la main: "la gorge du sage préfère la chaleur du whisky japonais à la brûlure de l'herbe arabe, mon amie!".  Alors Genesys passe à Carlotta (soulagée inconsciemment, car c'est à elle qu'elle pense.  Flash sur les lèvres peintes au crayon noir, brillantes, de Carlotta).  Du bout des doigts, elles effleurent leurs mains à l'occasion du passage du joint.  Un pur petit moment érotique pour Genesys comme pour Carlotta (qui toutefois, froide comme la glace en apparence, ne trahit rien de son côté).  Quant à elle, Grossomaniak s'est roulé le sien comme une grosse tarée, un double jumbo que sa langue violette finit de coller.  Trop puissant, l'effet auquel elle aspire.  Elle ne partage pas ses propres bombes cannabiques.  Après deux ou trois taffes, elle reluque Ahmed du coin de l'oeil en songeant (voix-off) "Doux Jésus, mais quel beau mec tu fais, putain!  C'est quand tu veux mon prince du désert!  Quand tu veux...  Mmmmhhh!".

Quant à Valandir, il enlace Manichawa comme une conquête tandis qu'elle scrolle sur son commlink.

Mais la jolie elfe décidée se relève brusquement.  "Bon, c'est pas tout ça, mais je vais arrêter le délire.  Les autres membres du groupe sont déjà backstage, Amiouzy vient de m'envoyer un texto sur mon commlink.  Je dois aller les rejoindre, c'est pas tous les jours un concert à l'esplanade du Rijksmuseum, face au Concertgebouw!

Genesys: tu veux que je t'emmène, Chawa?  

Manichawa avec un sourire désarmant: Oui, Genesys, tu me ferais cet honneur de prendre le volant?  Tak ne me quittera pas et... disons... j'invite aussi Giacomo, Valandir et Carlotta à me supporter backstage.  Les autres: vous avez une loge, alors enjoy!  On se rejoint à la fin du concert pour boire un coup et fumer un pétard, si vous voulez...  Giacomo va nous dégoter un endroit sympa du côté nord de Vondelpark, OK, Giacomo?  Approbation du cyborg: "il y a un club select à Leisdeplein, Chawa".  Mais Chawa reprend en protestant: "je ne me coucherai pas pour autant à 4h du matin...  OK?"

Et chacun de répondre en hochant la tête d'un signe d'approbation réjoui: OK!   Nous laissons là le Dolphin's et sa joyeuse troupe en sous-sol.

 

Décembre 2080

Dernier étage d'un immeuble en tour de verre à section ovale.   Deux drones de surveillance, petites boules irradiant un petit laser bleu, vont et viennent (pas encore des drones frelons).  C'est la nuit à Seattle, avec tout ce que cela implique d'illuminations diverses, d'écrans géants, de mille et un sons urbains qui engloutissent la nuit.  Genesys se trouve à l'intérieur d'un petit cagibi décoré de lambris qui sert de centre de sécurité dans une grande boîte de nuit.  On entend une bonne musique de B-synthéPop dont les sons mélodieux et rythmés entrent à peine, étouffés, dans le cagibi.  Il y a un shotgun, une trousse à pharmacie de première urgence, une petite console de commande de caméras avec un écran de surveillance tactile.  Genesys se concentre sur ses drones.  L'un deux survole la terrasse sommitale où sont attablés des gens venus voir le concert des Chawa's Seven en avant première mondiale.  C'est leur showcase officiel, dans un club select de la ville où toutes les corpos sont les bienvenues: le Babylon DC.  Toutes les races métahumaines sont les bienvenues aussi, et ça chante, ça boit, ça danse, ça s'enivre, ça s'enlace...  Carlotta est là, elle papote avec des fans réfugiés sur la terrasse pour fumer de la tempo et discuter du concert, sans jamais dire qu'elle est l'amie d'enfance de la rockstar.  L'avis général est de dire que Manichawa est rayonnante et ultra charismatique.  Dans les coulisses, à proximité immédiate de la scène, Tak et Kim sont là.  Il y a aussi Marc ORGAYLE, un elfe aux allures de cadre supérieur, le gérant de la boîte pour HORIZON, qui bouge la tête en rythme (façon Chris PARRY quand celui-ci écoute Never Enough des Cure).

Quand soudain, alors que le concert bat son plein, un cri retentit dans toutes les oreillettes à commencer par celles de Genesys: "A tout l'équipe, DANGER!  Protégez la cible!  protégez la cible immédiatement!  Je répète, danger, protégez la cible!".  Genesys projette l'un de ses drones sur scène et assiste à la montée de Tak, qui vient emporter la chanteuse dans une confusion totale.  Celle-ci se débat sous le bras gauche puissant du samouraï des rues japonais.  Apparemment, elle est en colère et martèle le troll de coups de poings.  Un deuxième drone se porte au niveau de Valandir qui a entamé une course-poursuite dans les escaliers de l'immeuble avec une femme androgyne vêtue comme la noblesse anglaise, en pantalon d'équitation, avec des cheveux blancs coupés au carré d'un air sévère.  Nigel Houghton, tout de gris vêtue.  Un prénom masculin pour un corps féminin, un corps maigre et élancé, plein de l'élégance d'une danseuse aristocrate.  On entend des cris de panique qui viennent du Babylon DC.  Nigel s'arrête soudain et entame a capella une litanie rituelle en concentrant une boule de lumière sur le pommeau d'argent de sa longue canne.  Fondu au noir.

 

Septembre 2080

Un bon croissant de Lune sur fond de ciel estival étoilé.  Panoramique vers le bas: l'Océan Pacifique, immense, vient lécher les plages de la côte ouest nord américaine de son ressac puissant.  Deux drones MCT Fly-Spy, soudain, émergent simultanément d'en bas et viennent se stabiliser à hauteur de la caméra.  Chacun projette un petit faisceau laser bleu dans la direction de visée de leur caméra. 

Cut sur le visage en gros plan de Genesys, qui a de nouveau les yeux révulsés tandis qu'elle contrôle ses drones télépathiquement.   On voit à peine le reste de la pièce (très flou, plutôt sombre).

Le premier drone en forme de boule se dirige vers le large et va inspecter une petite embarcation remplie de fans de Manichawa, qui trinquent et font la fête au large, en son honneur (ils ont su par Mamie Medusa, la présidente du fan-club officiel, qu'un anniversaire se préparait pour ce soir).   Ils n'ont pas l'air méchants.  "Allez quoi, ms'ieur le drone, soyez cool!  On veut pas perturber la fête, on fait la nôtre.  On ne demande pas à s'approcher plusse, rassurez-vous!  Mais si les ingés sons pouvaient pousser la sono ou alors nous envoyer la sortie de la console de mixage via la 12G, bah on partagerait le concert d'anniversaire sans vous déranger!  Et promis, pas de relais sauvage dans les réseaux!"

Le second drone s'est dirigé vers la villa.  Nous sommes de nuit, par un ciel étoilé d'été indien,  et nous apercevons depuis haut dans le ciel, en contrebas, un gigantesque cygne blanc, tout illuminé de lueurs blanches, bleues et jaunes, posé sur la plage derrière une petite route privée qui descend d'une colline de dunes.  On met un temps à réaliser que le cygne est une villa, une incroyable prouesse architecturale de chez CalArK.  C'est un quartier fortuné et balnéaire de Warrenton, à environ 300km au sud-ouest de Seattle.  Il faut un sacré paquet de fric pour se faire construire une villa ici, alors qui plus est en forme de Cygne... des millions de newyens, probablement.  Rien d'étonnant pour une star de la B-synthé-pop.  En s'approchant de la villa, on aperçoit Kim, en position de tireuse d'élite, perchée dans la tête du Cygne (qui normalement sert de petit observatoire astronomique).  Un peu plus bas, sur la terrasse du 3e étage, la belle Manichawa en plein tour de chant avec tous ses comparses (le batteur Bogo le troll, la contrebassiste-choriste Cumbren la discrète, Loggy le Halfeling aux percussions et aux claviers, Amiouzy DAVIAR, le guitariste chanteur, Gourik le Dredd, le nain bassiste, et Grigory SIRKIS, le second elfe guitariste et claviste).  Zara DJAWADI, l'ingé-son, a posé sa console 16 pistes du mieux qu'elle a pu sur le côté de la terrasse.  Le son n'est pas idéal et la musique ne sonne pas encore de la manière parfaitement huilée et dosée qu'on a précédemment entraperçue dans des concerts... encore à venir.  Genesys parle dans l'oreillette d'intercom de l'équipe: "Tak, il y a un bateau de fans au large, qui demande que le groupe pousse le son pour mieux entendre.  Essaie de voir avec Giacomo si c'est possible, ça fera plaisir aux gosses, ils ne font rien de mal".  

"Ok, Genesys, je vais voir ce que je peux faire."

On laisse Tak héler Giacomo durant un morceau de rock endiablé, sur la terrasse d'en haut, et l'on descend le long du cou et des balcons luxueux de cette étrange bâtisse tout en courbes et en rondeurs.  La piscine: toute en formes curvilignes, bleue limpide, sublime sous la Lune, les palmiers et les lumières d'ambiance.  Près du bar qui donne sur un petit cercle d'eau tiède d'où de grands tabourets dépassent à peine, des invités en tenues légères et cyberpunk, cousues de cuirs, de satins synthétiques, moulants ou pas, boivent en discutant à moitié immergés dans l'eau.  On aperçoit en coup de vent Ahmed, Grossomaniak, Carlotta accompagnée d'une blonde pétillante, Benny BTL... 

Mais Valandir s'est mêlé à un autre groupe, un peu plus âgé cette fois, formé de plusieurs couples très élégants et adoptant tous les comportements de la haute société.  Riant à gorges déployées, on reconnaît Silvermoon, le petit homme de loi qui tempêtait contre la présidente de la CEIAOP, à l'épisode 1, sorte de lutin aux cheveux blancs, sec comme un centenaire, qui se comporte comme s'il était chez lui et raconte des blagues...  Il est entouré de célébrités: des hommes d'affaire, qui fument le cigare et boivent des Old Fadshioned, et des femmes aux décolletés sublimes qui tournent à la vodka sunrise.  Tout le monde se marre.  Il y a un troll à la peau bleue aussi, garde du corps personnel de l'un des types présents.  Valandir prête doucement l'oreille.  On parle d'ARGUMENTOOL, le nouvel agent IA utilisé dans le droit par le cabinet d'avocats de Silvermoon, on rigole à propos d'une anecdote.   Puis celui-ci change brusquement de sujet:  "En tout cas, j'en ai beaucoup voulu à Chawa de vouloir fêter son anniversaire, je trouvais que ce n'était pas raisonnable ni compatible avec nos mesures de sécurité et les recommandations des nouveaux gardes du corps très professionnels que nous venons d'embaucher...  mais ça me fait plaisir de tous vous revoir bande de brigands!

- En tout cas ta fille chante merveilleusement, elle a l'air d'aller mieux, non?"  lui demande un vieux nain à la barbe grise qui semble très proche de Silvermoon:  "ma fille va mieux, elle est prête pour la grande tournée qui s'annonce.  Elle a laissé les démons du passé, ça me fait du bien de la sentir en meilleure forme...  Je sais qu'elle s'envole heureuse de partager ses nouvelles créations musicales dans une grande tournée.  Elle semble libérée d'un poids depuis quelques semaines.  Radio Cygne en a entendu, récemment, des heures de répétition et de composition!"

Le drône qui patrouillait au large s'envole et nous laisse voir Warrenton by night, ainsi que le Mont Rainier, et Seattle, plus au nord.

 

 Août 2080

Genesys vient de prendre le relais à Tak, qui jusque là était de quart dans le PC de surveillance de la villa du Cygne (on le reconnaît immédiatement au logo en forme de Cygne qui revient en motif sur plusieurs équipements).   On voit une marque de droits réservés pour "CG-SAID" (?) sur toutes les vidéos.  Genesys balaye les différentes caméras de surveillance de la villa (il y en a près d'une soixantaine).   Incommodée par une odeur désagréable qu'elle cherche à identifier, elle tourne son regard vers un vieux gobelet de café rempli de mégots que Tak a oublié d'emporter à la poubelle en partant.  C'est alors, lorsqu'elle a la tête tournée, que l'on fait le point sur l'écran derrière elle, et celui-ci grésille en une infime coupure sur la caméra 5 du garage.

Cut sur le GMC de Genesys qui pilote en mâchant un chewing-gum, avec à côté d'elle, Valandir, sur le siège passager avant.  "Kim, tu me reçois?" "Ouais p'tit machin, j'ai ton deuxième drone en visu.  C'est un Vespa, qu'elles ont, non? " "Oui, c'est ça, mais le genre électrique surboosté.  Je peine à la suivre quand il y a des virages.  Elle a des réflexes impressionnants, on sent qu'elle s'est habituée à cette route".  Valandir répond à Genesys qui pilote à côté de lui, mais on l'entend bâiller dans le système de communication: "Peut-être, mais en attendant elle nous fait chier la princesse.  Je venais juste de m'endormir.  Et c'est qui sur le porte-bagages?  Grossomaniak j'imagine?".  Genesys fait une bulle avec son chewing-gum:

- "Tout juste Auguste!  Et je peux te dire que la suspension du Vespa, c'est pas de la camelote parce qu'il tient le coup, le petit bolide, malgré le gros cul de la nympho!  Bon on arrive en ville, elles ralentissent.  Je vais envoyer un drone, faire semblant de tourner à droite pour tromper leur vigilance.  On va les suivre de loin".

Kim, qui a pris la place de Genesys au PC de sécurité, demande au micro: "Valandir, cher coéquipier,  tu fais gaffe à leurs miches, OK?  Tu nous les ramènes en douceur, comme tu sais faire, hein?"  Cut sur Tak, qui a envie de rire, alors qu'il déambule autour de la piscine.  Genesys est pensive: 

- "Elle est super indépendante en définitive...  Mais quel charme fou elle a!  Quand elle te regarde, c'est comme si elle te parlait directement dans la tête.  Une vraie Galadriel..."

Valandir répond pensivement: "Oui, elle a un charme au-delà de la norme, même pour une elfe.  Nul doute que c'est une face.  Logique qu'elle soit une artiste internationale...  Mais n'empêche, elle nous fait chier.  Bon largue moi là, je vais les rejoindre là où elles sont.

- Elles se sont arrêtées dans un club, à trois pâtés de maison d'ici.  A plus, sors-lui ton numéro de charme!".  Genesys et Valandir se sourient.

***

Genesys est au PC de sécurité de la villa, il est midi au soleil.  Une petite alarme sonore retentit et Genesys zappe sur la caméra du parc n°1, celle qui surveille l'entrée du portail de fer forgé finement ouvragé aux motifs de cygne, plus haut sur la propriété, au-delà des lacets de la route privée qui dessert la villa, dans une petite zone boisée.  C'est l'entrée du domaine.  Une voiture sportive noire et élancée, le genre Ferrari, vient se garer, depuis l'avenue, près du portail.  C'est une femme très belle en tenue moulante sexy de cuir noir, qui en sort.  Elle a des lunettes de soleil.  On reconnaît Eleanor WHITAKER, que l'on a rencontrée plus tôt (enfin, dans une situation qui se présentera beaucoup plus tard) qui vient sonner au carillon.

Genesys, qui l'a en gros plan sur la caméra du portail, ne la connaît visiblement pas et la trouve super sexy (on le devine par une simple oeillade), répond sèchement: "Ouais, c'est pour quoi?"

"Bonjour, je m'appelle Eleanor WHITAKER, je suis psychiatre, une amie de Manichawa.  Pouvez-vous la prévenir de ma venue?"

Genesys: "bah, faut voir quoi!  Vous êtes psychologue, vous avez dit?

- Non, psychiatre. 

- Et vous êtes une amie de... .?. 

- Manichawa.

- Je vais me renseigner". 

Genesys partage l'info avec ses coéquipiers: que faut-il faire?  Tak finit par aller déranger Manichawa, en pleine répétition de danse avec Giacomo.  "Qui ça vous avez dit?  Eleanor WHITAKER?  Jamais entendu parler de cette fille!".

Cut sur la tête de Genesys que l'on voit en contreplongée, à la fenêtre d'un immeuble d'une vingtaine d'étages, en plein Seattle, regardant en contrebas.  On peut suivre le trajet d'une voiture sportive noire, le genre Ferrari, qui file dans le trafic.

 2070

Noir.  Un bruit de trafic urbain assez dense, et soudain, le tonnerre d'un groupe d'une dizaine de gangers en Yamaha Bandit 7 "Cracker", dont les moteurs rugissent en un gigantesque grondement qui fait trembler le sol.  Fondu en ouverture: on est immobile, au milieu de la route, quelque part dans un faubourg mal famé de Seattle, et le gang des motards aux "Crackers" défile vers nous à grande vitesse et nous dépasse.  Puis nous croisent un camion, deux taxis, des scooters, et une petite voiture dont les phares grandissent très vite dans le champ.  A travers le pare-brise de cette petite Ferrari jaune (résidu reconstruit et bricolé à partir d'un modèle GT du 20e siècle), le casque noir aux liserés d'or de Genesys et ses lunettes de soleil qui grossissent à deux cents à l'heure en notre direction. Cut sur l'intérieur du bolide, Genesys est vêtue d'un justaucorps de synthécuir rouge, de profil, elle n'a pas de natte, aucun câble ne semble la relier au tableau de bord, elle pilote pour de bon.  "Jouez pas au move-badaud avec moi les gugusses, je vais vous chopper cette fois".  Elle enclenche un armement latéral: des piques coniques constellées de clous sortent des enjoliveurs avant.  On sent que c'est bricolé mais ça a un air redoutable.  Elle évite un triporteur électrique qui a osé emprunter la voie la plus à gauche, son conducteur est ivre, ouf, elle l'évite, mais doit jouer des coudes avec une camionnette autoguidée sur la droite (les alarmes de cette dernière retentissent à bord).  On voit que la carrosserie de la Ferrari jaune en a pris un coup.  Genesys a juste le temps de souffler qu'elle est obligée de piler net: un trafic monstre provoqué par un véhicule en panne, en plein milieu du carrefour.  Un véhicule gris avec des couleurs identiques à celles des motos.  Genesys est furax: "Putain de chier, bordel!".

Fondu enchaîné sur Genesys, décidément bien jeune encore, les cheveux courts, qui ôte son casque une fois garée dans un grand hangar un peu vieillot, rempli de mille et une pièces de récupération, caissons à outils, ordinateurs de diagnostic de commandes, armement illégal pour véhicules, etc... elle se fait engueuler par un petit nain vêtu comme un mécanicien, avec un crayon par dessus l'oreille gauche et une calotte de cuir.  "Putain Porntoy, t'aurais pu faire gaffe à la carrosserie...

- eeeuh, désolée Puccini, quand il a fallu choisir entre m'emplafonner un pauvre poivrot qui s'était paumé sur la voie de gauche et abîmer la peinture,  j'ai pas hésité longtemps...".  Elle lui fait un clin d’œil en souriant.  

- gmbl comme si j'avais que ça à foutre encore des heures supplémentaires putain, tout ça pour rien.  Johnson va être furax.

- D'ailleurs, t'as qu'à en profiter pour changer la couleur!  J'en ai ras le cul de ce jaune, je ne peux plus le voir en peinture (ohoh). 

- Si tu veux que je refasse tout en noir ya pas de problème, tu connais le tarif ma belle: 900 nuyens, travail de qualité garanti.

- Et combien pour réparer les rayures?  

- Ban dans ce cas c'est moins cher, il y a juste à dégager les parties éraflées, nettoyer tout ça, passer au sable et repeindre proprement... disons 350.

- Evidemment, c'est pile ce qui me reste en banque.  C'est vraiment dégueulasse (elle larmoie).  Ecoute, ils ont bien préparé leur coup!  Des complices les attendaient un peu plus loin prêts à boucher la route. Je ne pouvais rien faire avec une voiture...  J'en ai marre de... ... ... Si seulement...  

Dis, Puccini? 

-  Quoi?"  répond le nain tout en farfouillant son stock de peinture.

- Tu me le ferais à combien, le câblage de contrôle de véhicules?

- C'est au dessus de tes moyens, Porntoy!

- C'est ce qu'on verra." 

2065

Une scène familiale de Noël.  Ses parents lui offrent une console tridéo avec des jeux de courses l’année de ses quinze ans… Quand elle sélectionne et customise ses bolides, elle choisit toujours des Ferraris de couleur jaune.

2060

Foire de Coney Island.  Elle a dix ans, elle tire au pistolet à un stand forain et gagne une peluche toute rose en forme de cochon. 

2055

Dans une ambiance sepia, elle a 5 ans, elle déballe un paquet cadeau d'où son père l'aide à sortir une voiture à pédales jaune.

Fondu au noir.  Des clameurs de foule se rapprochent de plus en plus tandis que l'on entend le speaker public: "voilà c'est officiel Pfurz a abandonné sur accident.  Il ne reste que Daichi et Porntoy et moins d'un kilomètre!".  Cut sur les deux bolides, la Rozelyne Löwen rouge de Daichi et la Fevara jaune de Genesys.  Lui provoque un choc latéral en tournant brusquement son volant à droite, ce qui oblige Genesys à freiner et Daichi prend la tête sous l'admiration enthousiaste de la foule et du speaker.

Kim snipe à tout va (notamment une caisse en tôle explosive qui, lorsqu'elle éclate, active un champ magnétique dans les roues de la Fevara), Tak maîtrise les embardées de son flypack et canarde les petits drones ravitailleurs de la Rozelyne Löwen. 

Valandir rêve qu'il se promène en forêt.   

Genesys tourne son volant vers la droite et sa voiture, selon un angle calculé au millimètre, s’élève en oblique dans les parois du cylindre de verre, en accélérant.  Daichi, qui jusque-là menait la course, aperçoit Tak et son flypack au loin, puis la Fevara jaune de Genesys dans son rétroviseur, étonnamment inclinée de trois quarts à l'envers, comme suspendue par le haut du tube.  Il tourne son volant vers la gauche et les freins de sa Rozelyne Löwen rougeoient comme du sang frais. Un début de dérapage s'amorce tandis que la Fevara est à cet instant comme une mouche glissant sous le "toit" du tube, prête à redescendre la paroi sur le côté vers lequel Daichi vient de tourner.

Cut.

Générique: 

Genesys DA SILVA : Ursula Corbero 

Valandir BRULESONGE: Pierre Niney

Takkeshi KATAUENDO: Pio Marmaï 

Kim SAVAGE: Anya Chalotra

Manichawa: Tripti Dimri 

Daichi SATO-Kai: Fumiya Takahashi 

Aurelius "Silvermoon" TARRAF: Peter Dinklage

Eleanor WHITAKER: Anja Taylor Joy

Ahmed AL FOUZIA ("le Charbonnier"): Mehdi Debhi 

Benny BTL: John Bradley

Marc Orgayle: Mark Stanley

Giacomo: Michaël Sheen

Carlotta:  Cailee Spaeny

Sean Finnegan:  Allen Leech

Nigele Houghton:  Tilda Cobham Hervey 

Geraldo Martinez: Bernardo Velasco 

Zara Djawadi: Coco Jones

Grossomaniak: Jessica Gunning

Puccini: Billy Boyd

and the Chawa's six musicians:

Amiouzy DAVIAR: Théodore Pellerin

Grigory SIRKIS: Itzan Escamilla 

Bogo le Troll: Christopher Hivju

Loggy le Halfeling: Michael Cera

Gourik le Dredd: Julien de Saint-Jean

Cumbren la discrète: Hunter Schaffer 

 

 

 

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