LES 7 CONSTELLATIONS
EPISODE 1: APUS
SCENE 1: INT. MUSÉE NATIONAL DE TOKYO — NUIT
Une salle immense, plongée dans une pénombre bleutée.
Un seul
tableau est éclairé :
La Grande Vague de Kanagawa, version originale, protégée derrière une
vitre blindée.
La caméra s’approche lentement du tableau.
On lit dessous le nom du peintre: Hokusai.
...des méta-humains.
On plonge
vers la grande vague.
Les pigments bleus semblent vibrer.
Le blanc de l’écume pulse comme un cœur.
La caméra
franchit la vitre.
Elle traverse littéralement la vague avant de se rapprocher du Mont Fuji qu'on
aperçoit en arrière-plan de l'estampe.
Le bleu devient nuit.
SCENE 2 - EXT. TOKYO — NUIT - CONTINU
La caméra passe à travers le volcan du tableau.
Tokyo s’étend, lumineuse, tentaculaire, vivante.
Au loin, une
silhouette noire domine l’horizon :
Le Mont Fuji, le vrai. Et il fume de petites colonnes discontinues de
vapeurs sulfureuses, jaunies par l'éclairage urbain, que l'on aperçoit de loin.
La caméra fonce vers le volcan.
Un
grondement sourd.
Une vibration.
Une lueur rouge.
La lave pulse comme un cœur incandescent.
VOIX-OFF DE MANICHAWA
Quand le Mont Fuji a craché du feu…
et qu’un dragon est sorti du ciel.
Une
explosion silencieuse.
Un geyser de lumière.
Et dans
cette lumière…
une forme serpentine, immense, élégante, impossible.
RYŪGU, le dragon, émerge du panache volcanique.
Le seul son
que l'on entend par-dessus le grondement sourd de l’éruption est celui du
bruissement puissant et lent de ses ailes majestueuses.
Son corps est noir liseré de blanc, les écailles plutôt lisses et finement
emboîtées, massif, à deux pattes et deux ailes. Sa gueule est immense et
il traîne de longs sourcils blancs derrière ses yeux blancs sur fond noir.
La caméra suit Ryūgu qui monte vers le ciel.
Le dragon
s’élève doucement, en volant dans des ondulations élégantes.
Il rugit sans bruit.
VOIX-OFF DE
MANICHAWA
Ryūgu.
Ensuite, plein d'autres volcans se sont mis à cracher à leur tour.
Long fondu au noir enchaîné en ouverture.
SCENE 3: INT. JOUR – AUDITORIUM DE LA VILLA DU CYGNE
VOIX-OFF DE
MANICHAWA
Puis il y eut des pandémies et des créatures méta-humaines virent le jour.
Les elfes, les orques, les trolls se sont éveillés à leur tour.
Manichawa apparaît à son piano, elle cesse de pianoter les touches blanches et noires et tourne son beau visage de princesse vers la caméra, elle sourit.
« Je suis Manichawa, une indienne d'origine, de parents elfiques. »
SCENE 4: EXT. CIEL NUIT — ESPACE
Jusque-là, la caméra suivait Ryugu, mais à présent elle le dépasse.
Le ciel
devient noir.
Des constellations apparaissent directement l'une après l'autre.
1. Le Cygne
Une silhouette blanche, élégante, élancée. Pas de pointillés pour relier les étoiles: elles apparaissent avec suffisamment de relief.
VOIX-OFF DE
MANICHAWA
Moi, je sers le Cygne.
La constellation que l'entreprise de mon père a acheté pour 500 000 nuyens
durant mon adolescence.
Ce n’était pas encore très cher à l’époque.
2. La Couronne Boréale
Un petit diadème d’étoiles, délicat, presque timide, apparaît.
VOIX-OFF DE MANICHAWA
La Couronne Boréale....
Ah oui, il faut que je vous explique.
Il y a une quinzaine d'années, une petite start-up du nom de Stars Ocean, devenue rapidement une filiale de chez HORIZON [triple A], s'est mise en tête de vendre des brevets d'exclusivité sur les symboles et les images associés aux 88 constellations d'étoiles du ciel.
Et vous savez quoi, ça a marché grave, à en crever le plafond à la Bourse.
INT. JOUR - BUREAUX DE STARS OCEAN
Bureau luxueux ensoleillé, avec un logo d'étoiles et de galaxies.
Un homme d'affaires souriant, au costume parfaitement ajusté, remet un contrat à une femme que l'on voit de dos. Elle a une belle chevelure brune, avec une belle silhouette qui porte encore l'empreinte et le charme d'une certaine jeunesse. C'est Eleanor WHITAKER. Elle est vêtue en tailleur et bas nylons, escarpins à aiguilles.
Elle remet un créditube Platine à son interlocuteur.
Un chiffre clignote à l'écran alors que l'on devine un beau visage à la bouche maquillée de rouge vif sur l'écran de son commlink: "3 250 000 nuyens".
EXT. CIEL NUIT — CONTINU
3. La Règle
Une ligne droite d’étoiles, nette, tranchante, presque agressive dans sa simplicité.
« 1 000 000 nuyens » clignote à l’écran.
« La Règle.
Elle a visiblement trouvé un propriétaire dont on retrouve les traces dans la Matrice.
Mon père veut que je m'en occupe.
Il y a une piste en Egypte, un truc dangereux.
Je vais avoir besoin d'une sérieuse escorte.»
4. Le Dragon
Une constellation discrète mais présente et puissante au firmament, serpentine, qui semble vibrer légèrement.
« Le Dragon »
« 11 250 000 » nuyens clignote à l’écran.
« Une des mégacorpos les plus puissantes de la planète, l’entreprise MITSUHAMA [triple A] l’a acheté sans hésiter.
Ils disent que c’est un hommage aux légendes.
Mais tout le monde sait que c’est un avertissement. »
5. L’Oiseau de Paradis
Une constellation multicolore, vibrante. Cette fois, et cette fois uniquement, des lignes pointillées relient les quelques rares étoiles principales et le titre de l'épisode apparaît à côté:
Apus
"L’Oiseau de Paradis.
La constellation dont on se souviendra comme la plus coûteuse de toutes."
Le nombre immense de 7 500 milliards de nuyens clignote à l'écran sur un créditube en surimpression.
La caméra
quitte les constellations.
Elle plonge vers un point lumineux.
Un objet
gigantesque apparaît.
Une structure en forme de paille-en-queue, avec des ailes déployées comme des
boomerangs.
SCENE 5 : EXT. JOUR/ NUIT - OISEAU DE PARADIS - ESPACE
L’OISEAU DE PARADIS, station orbitale hôtelière de luxe.
La caméra
longe la coque par l’extérieur.
On voit :
- des touristes en apesanteur,
- des jardins intérieurs,
- des modules d'évacuation vitrés suspendus sous diverses armatures de la station
- une piscine où crawlent quelques nageurs,
- la grande salle de conférence au dernier niveau sous le ventre de l'oiseau avec sol transparent et vue panoramique sur la Terre,
INT. OISEAU DE PARADIS — CHAMBRES D'HÔTEL — CONTINU
La caméra glisse comme un fantôme dans une suite luxueuse aux emblèmes du Dragon.
Elle y croise deux japonais, l'un jeune et sportif, Daichi SATO-Kai, et l'autre vieux, avec un embonpoint, Toshiro MITSUHAMA. Ils boivent du thé en conversant gravement.
Elle franchit une cloison, des couloirs luxueux, puis d'autres cloisons,
Une chambre plus petite, mais très confortable et lumineuse. Une decker orque dégingandée en treillis de combat pianote sur son cyberdeck. C'est Kim.
La caméra passe devant :
- une salle de réunion vide avec dix sièges noirs,
- un bar très chic où un barman prépare un cocktail vert devant Valandir un elfe élégant en cape de synthé cuir noir et rouge
VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.)
- un poste de sécurité de la police de bord où un troll bien baraqué et câblé (c’est Tak) surveille des écrans de contrôle
- des coursives plus techniques qui portent toutes le sigle "N2C Bridge"
- l'entrée d'une usine sécurisée avec panneaux de signalisation de danger radioactif.
- et enfin un couloir de service où deux techniciens en combinaison synthétique, portant des bouteilles d'oxygène longilignes et fuselées sur leurs dos, avec un casque rouge et un masque intégral pendant en bandoulière, discutent en chuchotant.
TECHNICIEN 1 (MIRA)
TECHNICIEN 2 (KAZUO), rigolant
Mira
soupire, tapote sur l’écran tactile.
MIRA
On est censés alimenter un palace pour deux mille cinq cents personnes… et on a
des pièces de rechange qui datent de la guerre du Pacifique.
Ils rient.
La caméra glisse derrière eux, montrant la profondeur du réacteur.
KAZUO
Mira se fige.
MIRA
Le protocole Onyx ?
Non.
Mais j’ai pas envie d’être là si ça s’active un jour.
KAZUO
La caméra continue vers la tête de l'Oiseau.
- une salle de commandes spatiale où s'active une officière navigante latino-américaine en uniforme impeccable (c’est Genesys DA SILVA alias Cateluna NAVAJO).
VOIX-OFF DE MANICHAWA
Le travelling se poursuit.
La caméra ressort dans l'espace comme par magie et contourne la tête de l’Oiseau.
INT. OISEAU DE PARADIS — QUARTIERS DE LA COMMANDANTE — NUIT - TRAVELLING CONTINU
La caméra traversée la baie vitrée de l'un des deux yeux de l’Oiseau de Paradis et entre dans une chambre sobre, élégante, parfaitement rangée.
Dans le lit,la commandante KAYA KEENE dort profondément, vêtue d'un t-shirt laissant ses épaules nues.
Elle respire
vite.
Elle rêve.
VOIX-OFF DE MANICHAWA
Certaines ont trop peur de le perdre et font des cauchemars.
Un
grondement sourd.
Une vibration.
Une lumière rouge clignote.
Gros plan sur les yeux agités sous les paupières fermées de la commandante.
(Musique : Blade Runner Blues de VANGELIS)
SCENE 6: INT. CHAMBRE D’HÔTEL — LA HAYE — AUBE
Une
respiration courte.
Visage crispé.
KAYA KEENE ouvre brusquement les yeux.
Elle sort d’un cauchemar — un de ceux qui reviennent, qui collent à la peau.
Elle murmure, presque sans voix :
KAYA
Silthrim… mon ange… je t’aime…
Un hologramme
rouge projette l’heure sur le plafond : 06:42.
Pendant un instant, on pourrait croire qu’elle est à bord de l’Oiseau de Paradis.
Mais non.
Les murs sont droits, crème, sans courbes.
L’architecture est vieille Europe, pas orbitale.
Kaya
s’assoit, souffle long.
Elle enfile un peignoir gris, se lève, marche jusqu’au petit chevet.
Une enveloppe
blanche l’attend.
Elle l’ouvre.
Une accréditation officielle en forme de carte à puces numérique, avec sa photo:
Madame Kaya KEENE
Commission d’Enquête Internationale
Affaire de l’Oiseau de Paradis
(CEIAOP)
Salle de conférences d’honneur
17 – 18 juillet 2082
Auditions à 9h et 13h30
Elle referme
l’enveloppe, pose son commlink dessus.
Un geste militaire, précis, presque rituel.
INT. SALLE DE BAIN — CONTINU
La cabine de
douche s’ouvre.
La lumière est froide, presque clinique.
Les pieds
nus de Kaya hésitent un instant avant d’entrer.
Puis le pommeau crache une pluie vaporeuse.
Montage lent, sensuel, mélancolique :
- l’eau qui glisse sur ses mollets,
- ses mains qui pétrissent le savon,
- son regard perdu,
- un éclat de joie,
- un éclat de tristesse,
- son ventre qu’elle frotte doucement — un corps qui a souffert,
- l’eau qui ruisselle sur ses épaules,
- le pommeau qui s’éteint,
- la serviette qu’elle passe dans ses cheveux courts,
- ses fesses musclées,
- son souffle qui revient.
La musique enveloppe toujours la scène.
INT. CHAMBRE D’HÔTEL — PLUS TARD
Kaya
s’habille. Un tailleur élégant, presque moulant, ce qui va bien à ses
formes quincagénaires encore bien jolies.
Elle se maquille légèrement, gestes précis, maîtrisés.
À la radio, un speaker surexcité :
SPEAKER
(RADIO)
Ouais mes p’tits bonbons, ça chille grave
!
Et pour finir cette heure de musiques tous azimuts,
un extrait du live de Manichawa au Caire, juillet 2081 !
Vous avez la vidéo sur notre MeFeed.
On pense à toi, Chawa !
La voix de Manichawa résonne dans la pièce, douce et puissante.
Kaya
inspecte la chambre une dernière fois —
un réflexe de commandante.
Puis elle ferme la porte.
SCENE 7: EXT. HÔTEL — LA HAYE — MATIN
Une marée de
journalistes l’attend.
Flashs.
Microphones.
Cris.
JOURNALISTE
1 (DE TELEGRAAF)
Colonelle Keene !
Comment vivez-vous le fait d’être pratiquement mise sur le banc des accusés ?
JOURNALISTE
2 (ACCENT HONGROIS)
Colonelle Kaya, comment voirrr-vous suite de votrre carrière ?
JOURNALISTE
3 (TIR NA NOG MAGAZINE)
Quelle part de responsabilité imputez-vous aux Big Ten dans cette affaire ?
Kaya avance, impassible, protégée par trois silhouettes massives :
- un elfe en manteau de synthécuir noir et rouge (Valandir)
- une orque dégingandée, en tenue paramilitaire (Kim)
- un troll samouraï, smoking, lunettes de soleil, gilet pare‑balles (Tak).
Ils l’escortent jusqu’à un GMC Bulldog noir, luxueux, vitres teintées.
INT. GMC BULLDOG — CONTINU
Le van
démarre.
À l’avant, une petite humaine brune, silhouette athlétique, tresse à la Lara
Croft.
GENESYS DA SILVA, alias Cateluna Navajo.
Elle semble
immobile, détendue…
mais un câble part de sa nuque vers le tableau de bord.
Ses lunettes connectées affichent des données en continu.
Elle pilote par la pensée.
EXT. RUES DE LA HAYE — CONTINU
Le van traverse deux foules opposées :
À gauche : les anti‑corpos
Pancartes :
- « À bas la dictature corporatiste ! »
- « Vive P‑Vishwa ! »
À droite : les anti‑métahumains
Pancartes :
- « Non à la suprématie des éveillés ! »
- « CG‑SAID : nouveaux tyrans à la solde des elfes ! »
Les cris se
mêlent.
Les flashs explosent.
Le van avance.
EXT. RUE — HAUTEUR — CONTINU
La caméra
s’élève verticalement.
Le van devient un point noir dans la foule.
SCENE 8: INT. SALLE D’AUDIENCE — CEIAOP — MATIN
Une salle immense, richement décorée, ancestrale, bondée à craquer de monde (journalistes, officiels, caméramen, corpos, particuliers curieux, équipes de sécurité...).
Lumière
naturelle venant de larges baies vitrées, le matin.
Silence tendu.
Dans le public, il y a Valandir, Genesys, Kim et Tak, et on entrevoit de nombreux protagonistes de l'histoire encore non identifiés.
Une
configuration proche de celle d’un tribunal américain, mais dans des meubles d’ébénisterie
confortables et beaux.
D’un côté, KAYA
KEENE, droite, uniforme impeccable, visage fermé, dans un fauteuil placé
dans un carré de bois.
De l’autre : Elyna TREEHOUSE, présidente de la commission, costume
sombre, belle chevelure rousse, lunettes fines qu’elle retire lentement du haut
de son pupitre.
Elle relève les yeux de ses notes.
TREEHOUSE
Kaya reste immobile, se penche vers un micro, et sur un ton neutre et confiant:
KAYA
L’un ou l’autre indifféremment.
“Commandante” fait référence à mon poste à bord de la Station.
“Colonelle” à mon grade dans l’Escadrille de Pilotage Spatial du Big Board.
Les deux emplois sont justes.
Treehouse incline légèrement la tête, satisfaite.
TREEHOUSE
Très bien, commandante Keene.
Elle feuillette une page, lentement, comme pour faire durer le silence. Quelques flashes crépitent.
TREEHOUSE
Vous confirmez que MITSUHAMA et ses filières sont le contributeur majoritaire
dans la construction de l'Oiseau de Paradis, n'est-ce pas?
Murmures de désapprobation.
KAYA
TREEHOUSE
KAYA
TREEHOUSE
Un léger
frémissement passe dans le regard de Kaya.
Elle inspire profondément.
KAYA
Aucun problème.
Silence.
La caméra se rapproche de son visage.
Une ombre passe dans ses yeux.
SCENE 9 : EXT. STADE DREKKIVIK — REYKJAVIK — NUIT
Silence.
Un stade gigantesque, sculpté comme un dragon couché :
- la tête forme la scène,
- la régie-son est dans le museau
- le corps est dans la fosse,
- les ailes sont les gradins,
- la queue serpente autour du bâtiment,
- des écailles métalliques à l'entrée réfléchissent les lumières de la ville.
Un
grondement sourd.
La foule hurle.
Des dizaines de milliers de spectateurs.
Des écrans holographiques flottent dans l’air glacé et pulsent comme des
aurores boréales. Le ciel est noir.
VOIX-OFF DE
MANICHAWA (V.O.)
Reykjavik…
La ville où l'histoire du Monde s'est infléchie.
Mais ça, personne ne le savait encore.
Pas même moi.
INT. SCÈNE — BACKSTAGE — NUIT
Les Chawa’s Seven s’installent sur la scène gigantesque, éclairée par des néons bleus et violets.
Bogo se présente.
Troll massif,
tatoué, sourire carnassier.
Il teste ses fûts : BOOM — BOOM — BOOM BOOM.
Clameurs de la foule.
Suivi de près par Loggy
Halfeling nerveux,
rondouillard, souriant, entouré de claviers et de synthés.
Il règle un pad lumineux : bip-bip-bip.
Clameurs derechef.
Rourik entre presque en même temps avec sa guitare basse.
Nain à
l’allure médiévale, barbe tressée, basse électronique en bandoulière.
Il accorde ses cordes avec une précision chirurgicale.
Applaudissements et hourras.
Cumbren qui est déjà là en retrait, ajuste son micro et prend sa contrebasse.
Orque longiligne, cheveux noirs jusqu’aux reins. Elle ressemble à Kim, en plus orque. Elle est laide et réservée.
Mais sa voix est de cristal. Elle murmure une note aigüe qui fait vibrer la scène.
Cris et rugissements de plaisirs.
Amiouzy saute sur la scène et rentre en courant, enfile la sangle de sa guitare-clavier et lance un clin d’œil à la foule.
Elfe indien, guitariste, claviste et chanteur masculin. Il pianote des notes très distordues sur son synthé-guitare.
Cris aigus de filles et d'ados hystériques.
Se présente
enfin, filmé sur les grands écrans, un elfe guitariste solo, choriste,
violoniste, claviste. C’est Niklas
Il fait courir son archet sur les cordes : une harmonie pure, presque sacrée,
comme des nappes de synthé.
La foule rugit toute ensemble.
INT. LOGE DE MANICHAWA — NUIT
Musique: Look at Us de ARCHIVE (dans une version modernisée par Manichawa)
Sur scène, les Chawa’s Seven jouent les premières mesures. Chaque musicien entre dans la mélodie, l'un après l'autre. On entend que la foule est en transe.
Une petite
pièce à l'intérieur d'une caravane ronde, éclairée par des néons bleus.
Des costumes cyberpunk accrochés à des cintres, des bijoux, des bouteilles
d’eau, un miroir couvert de messages. Une horloge qui indique 20h58.
MANICHAWA, yeux bruns indiens, mais blonde-rose et pâle, en tenue cyberpunk très robotique, est assise, jambes croisées, un joint de tempo entre les doigts.
Elle tire une dernière taffe, yeux mi-clos.
MANICHAWA
(à voix basse, sourire)
Hmmmmm... la tempo Red Dress…
Elle rit.
Un rire léger, presque enfantin.
Sa tête tourne un peu.
Elle se lève, titube légèrement, attrape son oreillette de scène et la pose sur son oreille elfique, ajuste son bracelet lumineux. Elle passe en revue trois ou quatre costumes bien alignés sur un valet dans un coin de la pièce.
Elle sort de la caravane.
INT. BACKSTAGE — CONTINU
Elle avance dans les coulisses aux parois immenses et wagnériennes, les lumières pulsant au rythme de l’introduction musicale.
La scène
tremble.
Le dragon‑stade semble respirer.
Commlinks allumés partout pour immortaliser l'instant.
VOIX-OFF DE MANICHAWA
Je suis une star mondiale.
Mille voix, mille visages.
Je cajole par l'art, je protège par des sourires, mais... je prends pas soin de moi.
Elle rit encore, nerveusement.
Son double tridéo projeté par les écrans chante virtuellement.
Elle arrive
derrière la scène, côté Jardin.
La foule hurle son nom. "CHAWA! CHAWA! CHAWA!"
EXT. SCÈNE — NUIT
Les projecteurs s’allument.
Manichawa
grimpe sur scène et salue tous les musiciens l'un après l'autre par une caresse
sur l'épaule ou les cheveux.
Elle titube légèrement, mais son sourire est immense.
Rayonnante.
Magnétique.
Elle arrache le micro sans fil au pied auquel il était attaché.
Pose une main sur son ventre et danse des hanches timidement.
Sa voix tremble au début.
Puis elle chante.
Une version
modernisée, plus lente, plus féminine, plus fragile.
Sa voix flotte au-dessus du stade comme une prière.
Hypnotisée.
VOIX-OFF DE
MANICHAWA
On dit que certaines voix peuvent changer le monde.
Peut-être que c’est vrai.
Ce soir quelque
chose d'immense m’attend.
Elle ferme
les yeux.
La lumière bleue l’enveloppe.
La caméra s’élève lentement au-dessus d’elle.
Long fondu au noir. La musique fait de même et devient imperceptible. On entend un gros claquement d'orage.
SCENE 10: INT. OISEAU DE PARADIS — QUARTIERS DE LA COMMANDANTE KEENE — NUIT
Une alarme retentit tandis qu'on est à nouveau en gros plan sur le visage crispé et nerveux de la commandante KEENE endormie.
KAYA KEENE ouvre brusquement les yeux.
Le même cauchemar.
Toujours le même.
Elle reste immobile quelques secondes, le souffle court, les yeux fixés sur le plafond incurvé de sa suite orbitale. Le radio-réveil y projette l'heure en cristaux liquides: 2h33.
La lumière
d’ambiance passe du bleu nuit au blanc doux.
Un système automatique détecte son réveil.
Kaya se lève, pieds nus sur le sol tiède.
INT. SALLE DE BAIN — CONTINU
L'alarme
retentit toujours. La salle de bain est ronde, minimaliste, presque zen.
Pas de douche cette fois: Kaya ouvre le robinet du lavabo.
L’eau coule en un mince filet parfaitement calibré.
Elle se
penche, se passe de l’eau sur le visage.
Longuement.
Comme si elle voulait effacer quelque chose.
Elle attrape un flacon de bain de bouche, boit une gorgée, grimace légèrement, recrache.
Un regard
dans le miroir.
Ses yeux sont fatigués.
Son visage porte les traces d’une nuit trop courte et d’un passé sentimental
trop lourd.
Elle souffle, ferme les yeux une seconde en se passant une serviette sur le visage.
La station vibre d'un grondement sourd et inhabituel. Sa serviette se soulève comme par magie, comme un fantôme, puis retombe brusquement sur ses joues.
La commandante semble interloquée. Elle jette sa serviette dans le lavabo et se précipite hors de la salle de bains. Cut sur la serviette: elle lévite à nouveau, plus faiblement, juste au-dessus du lavabo.
INT. CHAMBRE — CONTINU
Kaya, très pressée à présent, appuie sa main droite sur un détecteur mural, articule "Commandante KEENE opérationnelle" et après un déclic électronique, l'alarme de la chambre s'éteint.
Elle enfile
son uniforme rapidement :
gestes précis, mécaniques, militaires.
- fermeture éclair,
- col ajusté,
- insigne magnétique,
- holster avec un Arès Lightbird qu'elle charge,
- bottes connectées
Elle s'envole quelques instants dans les airs avant de retomber lourdement, surprise. Elle enclenche un bouton sur ses bottes. On entend un déclic magnétique. Puis elle prend son commlink et s'en équipe sur l'avant-bras gauche. Elle scrolle et enclenche une appli. Bouton "RECORD". Mode arrière-plan.
Puis elle se dirige d'un pas lourd vers la porte de sa chambre, accompagnée par la voix-off de Manichawa.
VOIX-OFF DE MANICHAWA
INT. COULOIR DE LA SUITE — CONTINU
La porte
s’ouvre automatiquement.
Un léger souffle d’air.
La lumière du couloir est plus vive.
Kaya sort, referme derrière elle.
La caméra reste un instant sur la porte close.
VOIX-OFF DE MANICHAWA
Pour le monde entier.
INT. OISEAU DE PARADIS — COULOIRS — CONTINU
Kaya marche
d’un pas rapide.
Les parois courbes reflètent son uniforme.
Des drones de service glissent en silence et ramassent les objets qui flottent
(par moments) ou qui chutent brusquement (à d'autres moments).
Un léger
tremblement parcourt la station.
Presque imperceptible.
Kaya KEENE s’arrête au seuil d'une large porte à doubles galandages latéraux.
SCENE 11: INT. PASSERELLE DE NAVIGATION - CIEL ORBITAL
VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.)
KAYA KENNE
GENESYS
GENESYS
La commandante pianote sur son pupitre de commande.
Ton calme :
KAYA KEENE
GENESYS
La commandante se rapproche de l’écran de contrôle de Genesys et y jette un œil distrait.
Un jeune officier arrive précipitamment, la casquette de travers, la chemise dépassant en partie du pantalon, la ceinture mal mise.
ARTHUR PESQUET
KAYA KEENE
Pesquet remet sa ceinture correctement et arrange précipitamment chemise et casquette en bredouillant:
ARTHUR PESQUET
Il disparaît en courant.
La commandante se dirige vers les navigants endormis et les secoue un peu en les hélant mais pas de réponse. Elle s’assure qu’ils respirent encore, ce qui est le cas.
Elle jure un "Borel de merde!" et se rapproche du pupitre de Genesys qui essaie fébrilement d'activer des commandes.
GENESYS
Je n'ai même pas accès aux redondances de sécurité, tout est verrouillé.
KAYA KEENE
Elle scrolle sur un pupitre tactile.
GENESYS
KAYA KEENE
GENESYS
KAYA KEENE
GENESYS
KAYA KEENE, essayant à son tour et constatant que rien n’y fait
GENESYS
KAYA KEENE
Des groupes moteurs qui sont tombés à zéro doivent être préchauffés avant toute remise en route par des modules propulseurs spéciaux qu'on nous envoie depuis la Terre.
Les modules existent, mais ils sont à Hokkaido, au Japon.
GENESYS
La Terre se rapproche dans les hublots...
KAYA KEENE
En tout cas c'est pour ça qu'il y a des incidents de gravité.
Putain mais quand viendront James et Suliman bordel?
Elle actionne son commlink.
KAYA KEENE
ARTHUR PESQUET - via l'interphone du commlink
KAYA KEENNE
Un écran affiche 2h55.
INT. NUIT - CABINE DE KIM
La cabine est vide mais on reconnaît l'endroit où Kim était assise, plus tôt dans l'épisode. Et on reconnaît le cyberdeck, qui flotte mollement dans la pièce.
INT. NUIT - COURSIVE TECHNIQUE INTERIEURE
Valandir et Kim courent le long d'une bande phosphorescente qui s'étend le long d'un petit couloir arrondi. On entend un coup de feu. Kim se retourne et canarde avec un fusil automatique planqué dans son bras.
Nouveaux coups de feu, en rafale. Valandir et Kim plongent à terre, contre les parois de la coursive. Mais ils se mettent brusquement à flotter dans le couloir. Valandir prépare une boule de feu entre ses mains.
INT. NUIT - PC DE SECURITE
Un troll câblé (TAK), en uniforme de police (avec l'écusson de l'Oiseau de Paradis fixé sur la poitrine), regarde un écran de contrôle, les jambes en l'air en position d'astronaute, agrippé au bureau par les mains.
Une alarme retentit, régulière, obsédante, inquiétante. 3h du matin s'affiche sur les écrans.
Sur l'écran de contrôle principal, plusieurs caméras de sécurité filment sous divers angles une suite hôtelière de luxe, en mode "urgence incendie" avec des spots oranges tournoyants et une lumière rouge. Il y a un trou dans la paroi de la baie vitrée et des objets divers flottent dans le vide, notamment des cuillères à thé en or et un coussin rouge portant l'emblème d'un dragon noir.
Les déclenchements automatiques des cloisonnements étanches avaient normalement fonctionné.
Elle ne voyait pas ce que voyait Tak depuis son poste de sécurité.
Et Kaya KEENE était confrontée à des problèmes plus immédiats, alors elle n'a pas insisté…
SCENE 12: INT. SALLE D’AUDIENCE — CEIAOP — MATIN
Silence.
La salle blanche résonne du froissement des dossiers.
La présidente Elyna TREEHOUSE consulte une note, puis lève les
yeux.
À sa droite, Aurélius "SILVERMOON" Tarraf, petite hallucination génétique à mi-chemin entre un hobbit et un gobelin, d'ascendance indienne, très maigre, un corps à la Iggy Pop, cheveux blancs encore beaux, oreilles très pointues, costume tape-à-l'oeil, bagues et bracelets divers, lunettes fines, yeux bleus malicieux, posture décontractée, intervient d’une voix calme.
SILVERMOON
Tout d’abord, nous disposons des enregistrements de secours du commlink de la
commandante Keene.
En grande professionnelle, elle avait établi des redondances dans toutes ses
procédures.
Il pose une main un commlink un peu rayé.
SILVERMOON
Cela nous permet de minuter précisément le déroulé de l’incident, du moins
après deux heures quarante,
même en l’absence des books des commandes de la passerelle.
Treehouse acquiesce, puis lit un passage à voix haute.
TREEHOUSE
Vers 3h25, Plusieurs passagers du module du pont N2G
ont distinctement vu la lumière rouge caractéristique
de l’alarme de dépressurisation
derrière la baie vitrée trouée d’une des suites du pont N5.
Elle relève les yeux vers Kaya.
TREEHOUSE
En recoupant avec le monitoring de la Passerelle
et les données du secrétariat général,
nous savons désormais qu’il s’agissait de la suite de MITSUHAMA.
Un murmure parcourt la salle.
TREEHOUSE
Mais comment leur baie vitrée
s’est‑elle retrouvée trouée et fissurée ?
Silence.
On entend le crépitement des flashes.
TREEHOUSE
Nous l’ignorons.
La caméra se rapproche du visage de Valandir.
Impassible, il porte des lunettes de soleil opaques.
SCENE 13: INT. OISEAU DE PARADIS — PASSERELLE DE PILOTAGE — NUIT
Silence.
Une lumière bleutée.
La Terre tourne lentement derrière les vitres panoramiques.
La caméra filme une horloge holographique. Il est 02:30.
La caméra
avance lentement dans la passerelle. On entend des ronflements.
Des officiers navigants dorment, affalés sur leurs consoles.
Des gobelets de café vides traînent à côté de leurs visages.
Un gros plan sur une main féminine.
Une petite
fiole renversée, encore
entre les doigts.
Une dernière goutte d’un liquide translucide tombe.
La main
lâche la fiole.
Elle tombe dans une poubelle.
La caméra remonte.
GENESYS, uniforme d’officier navigante, grande natte habituelle, barrette velcro de capitaine sur la poitrine.
Son visage
est calme.
Trop calme.
Elle vérifie
les écrans tactiles de son poste moteur.
Tout est vert.
Aucune alerte.
GENESYS
(chantonnant doucement)
« Ground control to Major Tom… »
Elle sourit.
Un sourire minuscule, presque tendre.
Elle touche son oreillette.
GENESYS
(à voix basse)
Kim, c’est bon ?
T'as désactivé les enregistrements des communications
et le registre des commandes ?
Genesys sifflote Space Oddity distraitement.
Un
souffle.
Puis une voix féminine, lointaine.
KIM - OREILLETTE
Oui.
C’est bon pour moi, Genesys.
Genesys
inspire profondément.
Elle ferme les yeux une seconde.
Elle presse à nouveau la main droite sur son oreillette.
GENESYS
Vous me recevez ?
Tak? Valandir?
Tout est OK ?
TAK ET VALANDIR ENSEMBLE - OREILLETTE
GENESYS
Puis elle appuie sur un bouton tactile.
Silence.
La caméra filme d'en-haut la fiole au fond de la poubelle.
Puis elle recule lentement, révélant :
- Genesys qui pianote sur son pupitre de commande
- Les écrans qui clignotent en orange
- les officiers endormis
La musique remonte.
VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.)
- la passerelle de commande toute entière derrière la vitre panoramique (où la Terre se reflète en tournant très lentement)
- et l’immensité de l'espace...
Le grondement sourd des moteurs tribord.
Cut to black.
GENERIQUE DE FIN
Manichawa: Tripti Dimri
Kaya KEENE: Itziar Ituño
Genesys DA SILVA : Ursula Corbero
Valandir BRULESONGE: Pierre Niney
Takkeshi KATAUENDO dit "Tak": Pio Marmaï
Kim SAVAGE: Anya Chalotra
Eleanor WHITAKER: Anya Taylor-Joy
Toshiro MITSUHAMA: Kenji Oba
Daichi SATO-Kai: Fumiya Takahashi
Aurelius "Silvermoon" TARRAF: Peter Dinklage
Arthur PESQUET: Joe Alwyn
Amiouzy DAVIAR: Théodore Pellerin
Grigory SIRKIS: Itzan Escamilla
Bogo le Troll: Christopher Hivju
Loggy le Halfeling: Michael Cera
Gourik le Dredd: Julien de Saint-Jean
Cumbren la discrète: Hunter Schaffer








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