Les 7 constellations - Episode 1 - Apus (version 2.0)


HBO presents

A BIG BILL and BAND APART participative coproduction 

 

SCENE 0: GENERIQUE

Musique: The Starship Avalon par Thomas NEWMANN 

ORIGINAL MUSIC: Thomas NEWMAN - The Midnight - M83 

Tandis que défilent des êtres humains qui ont supervisé les différents aspects de la production de la série, les noms des acteurs, on balaie un très beau ciel étoilé: 

A Story by Frédéric AUTIER

Original characters played in a rolegame adventure by: 
François-Xavier LEGRAND - David LELOUVIER - Philippe LIEBARD & Nicolas RIHOUEY 

Les constellations se succèdent dans la nuit, on voit leur étoiles principales si bien que les amateurs reconnaîtront de quelles vraies constellations il s'agit, sinon les autres ne feront pas tout de suite attention.  On ne fait pas encore de "relier les points par des pointillés".  C'est un truc qu'on fera pour le titre de l'épisode, Apus, un peu plus tard.

  • la Constellation du Cygne, 

Tripti DIMRI

  • la Couronne Boréale,

Anja Joy-Foti 

  • le Verseau,

Mehdi Dehbi 

  •  la Règle,

Itsiar ITUNO

Mark STRONG 

  •  le Lion, 

Fumiya TAKAHASHI  

  • le Dragon…

Kenji OBA 

  • et le Caméléon

Pierre NINEY
    Ursula CORBERO 
        Pio MARMAÏ
            Anja CHALOTRA

Vu dans un ciel nocturne parfaitement étoilé et arrivant de très loin, presque tout d’abord comme un point imperceptible, le bec de l'Oiseau de Paradis (station spatiale) tombe en énorme boule d’acier et de feu, le bec dans l'eau, joli symbole.  Le raz de marée que sa chute provoque sur les côtes de Vancouver commet de terribles dégâts.  Un enfant blond, noyé, est emporté au ralenti au milieu de branches, de troncs d’arbres et de déchets de toutes sortes, par les flots bourbeux de la dévastation…

Mais l’intérieur des terres, d’abord gris et bleu pâle, constellé de débris divers lorsque submergé par le tsunami, quelques gratte-ciels futuristes à la Blade Runner dépassant des flots, se recouvre peu à peu d’une terre verte et fertile avec des champs, des forêts, et des papillons et des fleurs et des princesses guerrières elfiques…  Puis l’une des guerrières se transforme en chanteuse solitaire sur la scène d’un gigantesque concert de stade, avant que la noble et bienveillante face d’un puissant dragon (Dunkelzahn le Vénérable) apparaisse en filigrane flamboyant.

 

SCENE 1: INT. MUSÉE NATIONAL DE TOKYO — NUIT


Une salle immense, plongée dans une pénombre bleutée.

Un seul tableau est éclairé :
La Grande Vague de Kanagawa, version originale, protégée derrière une vitre blindée.

La caméra s’approche lentement du tableau.

On lit dessous le nom du peintre: Hokusai.

On plonge vers la grande vague.
Les pigments bleus semblent vibrer.
Le blanc de l’écume pulse comme un cœur.

VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.)
On raconte que le monde s’est éveillé deux fois.
La première, quand les dragons ont ouvert les yeux.
La seconde, quand les humains ont accepté qu’ils faisaient désormais partie

du monde des méta-humains.

La caméra franchit la vitre.
Elle traverse littéralement la vague avant de se rapprocher du Mont Fuji qu'on aperçoit en arrière-plan de l'estampe.
Le bleu devient nuit.


SCENE 2 - EXT. TOKYO — NUIT - CONTINU

La caméra passe à travers le volcan du tableau.

Tokyo s’étend, lumineuse, tentaculaire, vivante.

Au loin, une silhouette noire domine l’horizon :
Le Mont Fuji, le vrai.  Et il fume de petites colonnes discontinues de vapeurs sulfureuses, jaunies par l'éclairage urbain, que l'on aperçoit de loin.

La caméra s'en rapproche à grande vitesse. 

Un grondement sourd.
Une vibration.
Une lueur rouge.

VOIX DE MANICHAWA (V.O.)  
Tout a commencé ici.
Le 25 décembre 2011.
Quand le Mont Fuji a craché du feu…
et qu’un dragon est sorti du ciel.


SCENE 3: EXT. MONT FUJI — CONTINU

La caméra fonce vers le volcan.
La lave pulse comme un cœur incandescent.

Une explosion silencieuse.
Un geyser de lumière.

Et dans cette lumière…
une forme serpentine, immense, élégante, impossible.

RYŪGU, le dragon, émerge du panache volcanique.
Son corps est noir liseré de blanc, les écailles plutôt lisses et finement emboîtées, massif, à deux pattes et deux ailes.  Sa gueule est immense et il traîne de longs sourcils blancs derrière ses yeux blancs sur fond noir.

La caméra suit Ryūgu qui monte vers le ciel.  

Il s’élève.
Il tourne.
Il rugit sans bruit.

VOIX DE MANICHAWA (V.O.)
Ryūgu.
Premier dragon du Sixième Monde.

Premier signe que la magie prenait corps...

Et plein d'autres volcans se sont mis à cracher des dragons à leur tour.

 

SCENE 4: EXT. CIEL — CONTINU

Le dragon s’élève doucement, en volant dans des ondulations élégantes, vers la stratosphère.

VOIX DE MANICHAWA (V.O.)
Après les dragons, vinrent les monstres de Loch-Ness, les manticores, les licornes, les farfadets, les loups-garous, les chimères, les cerbères, les succubes, les fantômes, les aigles foudroyants, les hommes-arbres, les griffons...

Toutes ces créatures apparaissent les unes après les autres comme des dessins d'enfants tracés avec une pointe blanc-bleutée très fine en superposition sur le ciel étoilé qui tourne lentement au-dessus du Dragon, pendant que la VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.) poursuit:

"Puis il y eu une pandémie d'origine inconnue et les elfes virent le jour parmi les humains, parfois à la naissance, sinon dans l'enfance.  Je suis Maharani, une indienne d'origine, née elfe de parents elfiques.

Valandir, lui, un beau mec qui m'est cher, est devenu elfe dans l'enfance, ses parents n'étaient pas méta-humains."  

Toujours le même principe: des esquisses de personnages se dessinent dans le ciel successivement tandis que Manichawa poursuit sont récit. 

"Puis se passa ce que les anthropologues nommèrent la gobelinisation, et quelques humains tout autour du monde subirent des mutations et prirent des caractéristiques physiques qui leur valurent, entre autres, les surnoms de trolls et d'orques.  C'est là que deux autres héros, Tak... et Kim, entrent en scène."


SCENE 5: CUT. INT. NUIT

Music: Crystalline de Thomas NEWMAN 

STOP MOTION ACCELERE
Dans une chambre, une petite fille de 11 ans, de plus en plus horrifiée, se regarde dans le miroir de son cabinet de toilette, tous les jours, semaine après semaine, et voit que, tandis qu'elle grandit imperceptiblement,  sa peau devient dure et rugueuse, que des petites cornes lui poussent et que ses mâchoires se renforcent. 
Elle a mal aux jambes et se cogne les genoux contre le lavabo pour masquer sa douleur par une autre.
Elle devient maigre et dégingandée. 
 
VITESSE NORMALE 
Puis, un soir où elle scrolle sur son commlink, du sang mêlé d'un sombre liquide verdâtre lui coule sur les cuisses.  

Elle pleure très fort. 

VOIX-OFF DE TAK (V.O.)
L'agnelle qui saigne est un fruit très délicat pour les vieux loups. 
Un vrai malheur dans l'histoire de Kim.  

 

SCENE 6: EXT. CIEL NUIT — CONTINU AVEC SCENE 4

Jusque-là, la caméra suivait Ryugu, mais à présent elle le dépasse.

Le ciel devient noir.
Les étoiles apparaissent.

La caméra va glisser lentement d’une constellation à l’autre, croisant parfois le chemin de la Terre, de la Lune ou du Soleil.  Il arrive que des navettes ou des fusées ou des satellites ou des stations orbitales scientifiques traversent l'écran entre deux constellations.  Le ciel est vivant, lumineux, animé.

1. Le Cygne

Une silhouette blanche, élégante, élancée.  Pas de pointillés pour relier les étoiles: elles apparaissent avec suffisamment de relief.

VOIX DE MANICHAWA (V.O.)
« Moi, je sers le Cygne.
Une constellation qui aligne sa belle voilure symétrique sur celle de la  Voie Lactée dont elle suit la route dans le ciel d'été.

Un symbole astronomique dont l'entreprise de mon père a fait l'acquisition durant mon adolescence.

Mon père c'est Albiréo, la tête du Cygne.  

Sadr, le Coeur du Cygne, c'est le surnom que j'ai donné à ma grand-mère.

Et moi, Maharani, je suis Deneb, le gouvernail, l'étoile la plus brillante".

2. La Couronne Boréale

Un petit diadème d’étoiles, délicat, presque timide, apparaît.

"Ah oui, il faut que je vous explique. Il y a une quinzaine d'années, une petite start-up du nom de Stars Ocean, devenue rapidement une filiale de chez HORIZON Corp. [triple A], s'est mise en tête de vendre des brevets d'exclusivité sur les symboles et les images des 88 constellations d'étoiles du ciel."  

SCENE 7: INT. JOUR - BUREAUX DE STARS OCEAN

Bureau luxueux ensoleillé, avec un logo d'étoiles et de galaxies.

Un homme d'affaires souriant, au costume parfaitement ajusté, remet un contrat à une femme que l'on voit de dos. Elle a une belle chevelure brune, avec une belle silhouette qui porte encore l'empreinte et le charme d'une certaine jeunesse. C'est Eleanor WHITAKER. Elle est vêtue en tailleur et bas nylons, escarpins à aiguilles. 

Elle remet un créditube Platine à son interlocuteur. 

Un chiffre clignote à l'écran alors que l'on devine un beau visage à la bouche maquillée de rouge vif sur l'écran de son commlink: "2 350 000 nuyens".

VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.) 
Et il y en a encore à vendre. Dépêchez-vous, ça s'arrache comme des petits pains.
Notamment celle-là qui n'est plus dans le catalogue: la Couronne Boréale. Certains y voient un bijou alors que c'est un piège. Beaucoup en rêvaient, mais ce sera un cauchemar.

 

SCENE 8: EXT. CIEL NUIT — CONTINU AVEC SCENE 6

La caméra quitte la constellation de la Couronne Boréale et poursuit lentement sa course dans le ciel.  

3. Le Lion

Une large constellation dorée, puissante. On dirait qu’elle rugit, même dans le silence du vide. 

VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.) 
Le Lion. Réservé à ceux qui veulent qu’on les entende avant même qu’ils parlent.
La famille SATO-Kai, le clan yakuza le plus dangereux de la planète, a mis un gros paquet de fric pour se l'approprier.  On parle de plus de dix millions de dollars.

Les SATO-Kai sont le deuxième principal actionnaire de MITSUHAMA Corp. [triple A], la plus puissante des Big Ten. Un monstre de la magie, de l'espace, de l'IA, de la tech. On va y revenir. »

4. La Règle

Une ligne droite d’étoiles, nette, tranchante, presque agressive dans sa simplicité.

« La Règle. La constellation des puissances de la logique et de la statistique qui veulent que les flux de données soient mesurés en tout, classés, prévisibles, rentables, sous contrôle.

La Règle impose la rectitude, avec zèle.

Mon père semble dire qu'elle a récemment trouvé un propriétaire et qu'il va falloir que je m'en occupe. Il y a une piste en Egypte, un truc dangereux. 

Je vais avoir besoin d'une sérieuse escorte.»

5. Le Verseau

Une cascade d’étoiles bleutées, comme un vase renversé dans le ciel.

« Le Verseau. Des corpos tournaient autour depuis des années. Mais ça vient d'être pris par une organisation anonyme qui a su enchérir au juste prix."

Le prix en chiffres "4 750 000 nuyens" clignote en surimpression à l'écran. 

"Un truc basé à Londres, probablement une organisation criminelle autour du trafic de drogues naturelles, qui a des ramifications en Europe, en Amérique du Nord, et dans toutes les nations amérindiennes. Il va falloir que j'enquête là-dessus, aussi. »

6. Le Dragon

Une constellation discrète mais présente et puissante au firmament, serpentine, qui semble vibrer légèrement.

« Le Dragon. Une des plus coûteuses.

MITSUHAMA [triple A] l’a acheté sans hésiter.

Ils disent que c’est un hommage aux légendes. Mais tout le monde sait que c’est un avertissement. »

7. Le Caméléon

Une constellation instable à quatre étoiles principales, qui changent successivement et subtilement de luminosité ainsi que de forme et de couleur (en croix rouges, puis triangulaires vertes, puis carrées blanches, puis rondes bleues...).

"Le Caméléon. Personne n’en veut encore, c'est l'une des moins chères, à peine trois cent mille nuyens. Trop changeant, trop imprévisible. Et puis: est-ce que dans ce monde, ceux qui savent changer d'apparence survivent plus longtemps que les autres?"

 8. L’Oiseau de Paradis

Une constellation multicolore, vibrante.  Cette fois, et cette fois uniquement, des lignes pointillées relient les quelques rares étoiles principales et le titre de l'épisode apparaît enfin à côté:

Apus

"L’Oiseau de Paradis. La constellation dont on se souviendra comme la plus chère de toutes.

Brevetée par le club des dix mégacorpos triple A, les Big Ten.

Et elles ont matérialisé le symbole." 

Le nombre immense de 750 milliards de nuyens clignote à l'écran sur un créditube en surimpression. 

"L'Oiseau de Paradis, maintenant, c'est le siège du Big Board, la salle de conférences panoramique où les mégacorpos édictent leurs lois injustes pour diriger le Monde."

La caméra quitte les constellations.
Elle plonge vers un point lumineux.

Un objet gigantesque apparaît.
Une structure en forme de paille-en-queue, avec des ailes déployées comme des boomerangs.

L’OISEAU DE PARADIS, station orbitale hôtelière de luxe.
Un oiseau de verre et de métal.

VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.)
« L’Oiseau de Paradis.
Là où les puissants dorment, décident…
et parfois meurent. »

La caméra longe la coque pendant ce temps
On voit :

  • des touristes en apesanteur,
  • des jardins intérieurs,
  • des modules d'évacuation vitrés suspendus sous les armatures de la station 
  • la grande salle de conférence au dernier niveau sous le ventre de l'oiseau avec sol transparent et vue panoramique sur la Terre,
  • une piscine où crawlent quelques nageurs,
  • un ascenseur zéro G,
  • des couloirs luxueux aux lumières tamisées...

La caméra traverse une double porte à galandages latéraux, décorée avec des motifs de dragon.


SCENE 9: INT. OISEAU DE PARADIS — CHAMBRES D'HÔTEL — CONTINU

La caméra glisse dans une suite luxueuse comme un fantôme.  Elle y croise deux japonais, l'un jeune et sportif, l'autre vieux, avec un embonpoint, qui boivent du thé en conversant gravement.

Elle franchit une cloison, puis d'autres cloisons, d'autres couloirs.

Une chambre plus petite, mais très confortable et lumineuse.  Une decker orque dégingandée en treillis de combat pianote sur son cyberdeck.  Elle ressemble à la petite fille aperçue à la scène 5.

La caméra passe devant :

  • un bar très chic où un barman prépare un cocktail vert devant un elfe élégant en cape de synthé cuir noir et rouge
VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.)
Valandir boit de la menthe pour apaiser le feu qu'il a en lui, et la mélange avec de la vodka pour le raviver.
La beauté est comme le feu: elle éclaire, elle réchauffe, mais elle peut être dangereuse.
  • une salle de réunion vide avec dix sièges noirs,
  • un poste de sécurité de la police de bord où un troll bien baraqué et câblé surveille des écrans de contrôle 
  • des coursives plus techniques qui portent toutes le sigle "N2C Bridge"
  • l'entrée d'une usine sécurisée avec panneaux de signalisation de danger radioactif. 
  • et enfin un couloir de service où deux techniciens en combinaison synthétique, portant des bouteilles d'oxygène longilignes et fuselées sur leurs dos, avec un casque rouge et un masque intégral pendant en bandoulière, discutent en chuchotant. 
TECHNICIEN 1 MIRA
 Je te jure, si ce foutu module 7 clignote encore, je démissionne.
 
TECHNICIEN 2 KAZUO 
Tu dis ça depuis trois ans.
Et t’es toujours là. 
Comme le module 7.   
 
Mira soupire, tapote sur l’écran tactile.   
 
MIRA 
On est censés alimenter un palace pour deux mille cinq cents personnes… et on a des pièces de rechange qui datent de la guerre du Pacifique.

KAZUO Bienvenue dans l’espace. Tout est cher, tout est lent, tout est cassé. Comme mon mariage.

Ils rient.

La caméra glisse derrière eux, montrant la profondeur du réacteur.

KAZUO T’as vu la note de communication de l'officier de garde ? Sur le protocole d'évacuation?

Mira se fige.

MIRA
Le protocole Onyx ?
Non.
Mais j’ai pas envie d’être là si ça s’active un jour.

KAZUO
Un type de la police nous demande de réévaluer les itinéraires de sortie en fonction des personnels présents.  Nos modules d'évacuation sont à la base du cou, ça fait une trotte et peu de routes possibles.
Bref un vrai bordel, alors il faut qu'on s'y mette.  

La caméra continue vers la tête de l'Oiseau.

  • une salle de commandes spatiale où s'active une officière navigante latino-américaine en uniforme impeccable
"Elle, c'est Genesys, une amie à moi.  
C'est notre ombre ailée, notre vision dans les ténèbres, et notre pilote".

Le travelling se poursuit.

La caméra ressort dans l'espace comme par magie puis rentre à nouveau à travers un des deux yeux.

 

SCENE 10: INT. OISEAU DE PARADIS — QUARTIERS DE LA COMMANDANTE — NUIT - TRAVELLING CONTINU

La caméra traversée la baie vitrée de l'oeil et entre dans une chambre sobre, élégante, parfaitement rangée.

Dans le lit, la commandante KAYA KEENE dort profondément, vêtue d'un t-shirt laissant ses épaules nues.

Elle respire vite.
Elle rêve.

VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.)
« Et alors que le monde tourne toujours…
Certaines ont trop peur de le perdre et font des cauchemars. »

Un grondement sourd.
Une vibration.
Une lumière rouge clignote.

Gros plan sur les yeux agités sous les paupières fermées de la commandante. 

 (Musique : Blade Runner Blues de VANGELIS)

SCENE 11:  INT. CHAMBRE D’HÔTEL — LA HAYE — AUBE

Une respiration courte.
Visage crispé.

KAYA KEENE ouvre brusquement les yeux.
Elle sort d’un cauchemar — un de ceux qui reviennent, qui collent à la peau.

Elle murmure, presque sans voix :

KAYA
Silthrim… mon ange… je t’aime…

Un hologramme rouge projette l’heure sur le plafond : 06:42.
Pendant un instant, on pourrait croire qu’elle est à bord de l’Oiseau de Paradis.

Mais non.
Les murs sont droits, crème, sans courbes.
L’architecture est vieille Europe, pas orbitale.

Kaya s’assoit, souffle long.
Elle enfile un peignoir gris, se lève, marche jusqu’au petit chevet.

Une enveloppe blanche l’attend.
Elle l’ouvre.

Une convocation officielle :

Commission d’Enquête Internationale sur l’Affaire de l’Oiseau de Paradis (CEIAOP)

Audition : 09h00

Elle referme l’enveloppe, pose son commlink dessus.
Un geste militaire, précis, presque rituel.


SCENE 12: INT. SALLE DE BAIN — CONTINU

La cabine de douche s’ouvre.
La lumière est froide, presque clinique.

Les pieds nus de Kaya hésitent un instant avant d’entrer.
Puis le pommeau crache une pluie vaporeuse.

Montage lent, sensuel, mélancolique :

  • l’eau qui glisse sur ses mollets,
  • ses mains qui pétrissent le savon,
  • son regard perdu,
  • un éclat de joie,
  • un éclat de tristesse,
  • son ventre qu’elle frotte doucement — un corps qui a souffert,
  • l’eau qui ruisselle sur ses épaules,
  • le pommeau qui s’éteint,
  • la serviette qu’elle passe dans ses cheveux courts,
  • ses fesses musclées,
  • son souffle qui revient.

La musique enveloppe toujours la scène.

SCENE 13: INT. CHAMBRE D’HÔTEL — PLUS TARD

Kaya s’habille.  Un tailleur élégant, presque moulant, ce qui va bien à ses formes quincagénaires encore bien jolies.
Elle se maquille légèrement, gestes précis, maîtrisés.

À la radio, un speaker surexcité :

SPEAKER (RADIO)
Ouais mes p’tits bonbons, ça chille grave !
Et pour finir cette heure de musiques tous azimuts,
un extrait du live de Manichawa au Caire, juillet 2081 !
Vous avez la vidéo sur notre MeFeed.
On pense à toi, Chawa !

La voix de Manichawa résonne dans la pièce, douce et puissante.

Kaya inspecte la chambre une dernière fois —
un réflexe de commandante.

Puis elle ferme la porte.

 

SCENE 14: EXT. HÔTEL — LA HAYE — MATIN

Une marée de journalistes l’attend.
Flashs.
Microphones.
Cris.

JOURNALISTE 1 (DE TELEGRAAF)
Colonelle Keene !
Comment vivez-vous le fait d’être pratiquement mise sur le banc des accusés ?

JOURNALISTE 2 (ACCENT HONGROIS)
Colonelle Kaya, comment voirrr-vous suite de votrre carrière ?

JOURNALISTE 3 (TIR NA NOG MAGAZINE)
Quelle part de responsabilité imputez-vous aux Big Ten dans cette affaire ?

Kaya avance, impassible, protégée par trois silhouettes massives :

  • un elfe en manteau de cuir et de flammes (Valandir)
  • une orque aiguisée, paramilitaire (Kim)
  • un troll samouraï, costume japonais, gilet pare‑balles (Tak).

Ils l’escortent jusqu’à un GMC Bulldog noir, luxueux, vitres teintées.

INT. GMC BULLDOG — CONTINU

Le van démarre.
À l’avant, une petite humaine brune, silhouette athlétique, tresse à la Lara Croft.

GENESYS DA SILVA, alias Cateluna Navajo.

Elle semble immobile, détendue…
mais un câble part de sa nuque vers le tableau de bord.
Ses lunettes connectées affichent des données en continu.

Elle pilote par la pensée.

EXT. RUES DE LA HAYE — CONTINU

Le van traverse deux foules opposées :

À gauche : les anti‑corpos

Pancartes :

  • « À bas la dictature corporatiste ! »
  • « Vive P‑Vishwa ! »

À droite : les anti‑métahumains

Pancartes :

  • « Non à la suprématie des éveillés ! »
  • « CG‑SAID : nouveaux tyrans à la solde des elfes ! »

Les cris se mêlent.
Les flashs explosent.
Le van avance.

EXT. RUE — HAUTEUR — CONTINU

La caméra s’élève verticalement.
Le van devient un point noir dans la foule.

Derrière lui, un second Bulldog suit.
On y a vu monter :

  • un petit homme aux cheveux gris (Aurélius "SILVERMOON" Tarraf),
  • un cyborg au masque vénitien, (Giacomo)
  • deux gardes du corps de la Maison du Cygne,
    costumes noirs, lunettes opaques,
    l’un blond, l’autre brun.

SCENE 15: INT. SALLE D’AUDIENCE — CEIAOP — MATIN

Une salle immense, richement décorée, ancestrale, bondée à craquer de monde (journalistes, officiels, caméramen, corpos, particuliers curieux, équipes de sécurité...).

Lumière naturelle venant de larges baies vitrées, le matin.
Silence tendu. 

On entrevoit de nombreux protagonistes de l'histoire dans la foule du public, encore non identifiés.  Silvermoon, Vikram CHANDRAWATI et son épouse Nidjam, James OKONKWO et Suliman VEGA, les adjoints de la commandante KEENE à bord de la Station, les musiciens des Chawa's Seven, Carlotta, Giacomo, Hyperbole, Puccini le vieil ami de Genesys, Marc ORGAYLE l'elfe patron du Babylon DC, Giroldo STONE, le producteur musical des Chawa's Seven, des corpos de toute la planète, des huiles des policlubs et des yakuzas dotés d'accréditations officieuses...

Au centre : une table.
D’un côté, KAYA KEENE, droite, uniforme impeccable, visage fermé, dans un fauteuil confortable protégé de bois.
De l’autre : Elyna TREEHOUSE, présidente de la commission, costume sombre, belle chevelure rousse, lunettes fines qu’elle retire lentement du haut de son pupitre.

Elle relève les yeux de ses notes.

TREEHOUSE
Commandante Keene… ou bien non, colonelle… (elle sourit, amusée).
D’ailleurs, comment doit‑on dire, Madame Keene ?

Kaya, assise dans un fauteuil enchâssé dans une belle estrade de bois surélevée, reste immobile, se penche vers un micro, et sur un ton neutre:

KAYA
L’un ou l’autre indifféremment.
“Commandante” fait référence à mon poste à bord de la Station.
“Colonelle” à mon grade dans l’Escadrille de Pilotage Spatial du Big Board.
Les deux emplois sont justes.

Treehouse incline légèrement la tête, satisfaite.

TREEHOUSE
Très bien, commandante Keene.

Elle feuillette une page, lentement, comme pour faire durer le silence.  Quelques flashes crépitent.

TREEHOUSE
Vous confirmez que MITSUHAMA et ses filières sont le contributeur majoritaire dans la construction de l'Oiseau de Paradis, n'est-ce pas?

Murmures de désapprobation. 

KAYA 
Je ne vois pas le rapport Madame la présidente.
 
TREEHOUSE
Répondez s'il vous plaît.  Simplement à la question posée. MITSUHAMA est-il, oui ou non d'après vous, le plus gros contributeur à la station orbitale, colonelle KEENE?
 
KAYA
Oui, c'est attesté. 
  
TREEHOUSE
Bien.  Pouvons‑nous à présent, si vous le voulez bien,
repasser en revue les événements ayant précédé
la décision finale que vous avez prise…
et qui a entraîné les conséquences que nous savons ?

Un léger frémissement passe dans le regard de Kaya.
Elle inspire profondément.

KAYA
Aucun problème.

Silence.
La caméra se rapproche de son visage.
Une ombre passe dans ses yeux.

 

SCENE 16: INT. OISEAU DE PARADIS — QUARTIERS DE LA COMMANDANTE KEENE — NUIT

Une alarme retentit tandis qu'on est à nouveau en gros plan sur le visage crispé et nerveux de la commandante KEENE endormie.

KAYA KEENE ouvre brusquement les yeux.
Le même cauchemar.
Toujours le même.

Elle reste immobile quelques secondes, le souffle court, les yeux fixés sur le plafond incurvé de sa suite orbitale.  Le radio-réveil y projette l'heure en cristaux liquides: 2h43.

La lumière d’ambiance passe du bleu nuit au blanc doux.
Un système automatique détecte son réveil.

Kaya se lève, pieds nus sur le sol tiède.

INT. SALLE DE BAIN — CONTINU

L'alarme retentit toujours.  La salle de bain est ronde, minimaliste, presque zen.
Pas de douche cette fois: Kaya ouvre le robinet du lavabo.
L’eau coule en un mince filet parfaitement calibré.

Elle se penche, se passe de l’eau sur le visage.
Longuement.
Comme si elle voulait effacer quelque chose.

Elle attrape un flacon de bain de bouche, boit une gorgée, grimace légèrement, recrache.

Un regard dans le miroir.
Ses yeux sont fatigués.
Son visage porte les traces d’une nuit trop courte et d’un passé trop lourd.

Elle souffle, ferme les yeux une seconde en se passant une serviette sur le visage.

La station vibre d'un grondement sourd et inhabituel. Sa serviette se soulève comme par magie, comme un fantôme, puis retombe brusquement sur ses joues.

La commandante semble interloquée.  Elle jette sa serviette dans le lavabo et se précipite hors de la salle de bains.  Cut sur la serviette: elle lévite à nouveau, plus faiblement, juste au-dessus du lavabo.

INT. CHAMBRE — CONTINU

Kaya, très pressée à présent, appuie sa main droite sur un détecteur mural, articule "Commandante KEENE opérationnelle" et après un déclic électronique, l'alarme de la chambre s'éteint.  

Elle enfile son uniforme rapidement :
gestes précis, mécaniques, militaires.

  • fermeture éclair,
  • col ajusté,
  • insigne magnétique,
  • holster vide (elle le remarque, hésite, puis l’ignore)
  • bottes connectées 

Elle s'envole quelques instants dans les airs avant de retomber lourdement, surprise.  Elle enclenche un bouton sur ses bottes.  On entend un déclic magnétique.  Puis elle prend son commlink et s'en équipe sur l'avant-bras gauche.  Elle scrolle et enclenche une appli.  Bouton "RECORD".  Mode arrière-plan.

Puis elle se dirige vers la porte de sa chambre, accompagnée par la voix-off de Manichawa.

VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.)
La commandante active son appli de secours sur son commlink vers deux heures quarante cinq.  C'est ce qui permettra à la commission d'enquête internationale d'avoir la preuve du déroulé des évènements.

INT. COULOIR DE LA SUITE — CONTINU

La porte s’ouvre automatiquement.
Un léger souffle d’air.
La lumière du couloir est plus vive.

Kaya sort, referme derrière elle.

La caméra reste un instant sur la porte close.

VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.)  
Elle ne le sait pas encore…
Mais ce jour‑là, tout va définitivement basculer.
Pour le monde entier.

INT. OISEAU DE PARADIS — COULOIRS — CONTINU

Kaya marche d’un pas rapide.
Les parois courbes reflètent son uniforme.
Des drones de service glissent en silence et ramassent les objets qui flottent (par moments) ou qui chutent brusquement (à d'autres moments). 

Un léger tremblement parcourt la station.
Presque imperceptible.

Kaya s’arrête au seuil d'une large porte à doubles galandages latéraux.

SCENE 17: INT. PASSERELLE DE NAVIGATION - CIEL ORBITAL

KAYA KEENE
Commandante à bord de la passerelle! 
 
VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.) 
Il est deux heures cinquante cinq quand elle arrive.
 
KAYA KENNE
Rapport de situation, mademoiselle Navajo.
 
GENESYS
A vos ordres.  Eh bien, je ne comprends pas trop commandante.  C'est le bordel.
Une partie des commandes est bloquée.  Il y a un gap critique entre les moteurs bâbord et les moteurs tribord.  La station est entrée en précession et ça s'accélère avec un début d'ionisation de la coque.  
Il y a des incidents de gravitation sur tous les ponts N2 à N7.  
 
Et il y a une alarme incendie à l'une des suites du Big Ten.
 
Tandis que Manichawa continue son récit, la caméra illustre ce qu'elle nous raconte ensuite:
 
VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.)
Une seule officière navigante présente, mon amie Genesys, alias Cateluna NAVAJO, tâchait de réfléchir face aux moniteurs de contrôle des systèmes de propulsion.  Deux autres officiers de supervision des systèmes vitaux et des systèmes de communication s'étaient endormis à leur poste de travail.  La station commençait à tournoyer rapidement.

On voit les moniteurs de contrôle.  On voit les officiers endormis.  On voit la Terre tourner plus vite dans les larges baies vitrés panoramiques de la passerelle.

Un jeune officier arrive précipitamment, la casquette de travers, la chemise dépassant en partie du pantalon, la braguette ouverte.

ARTHUR PESQUET 
Sous-Lieutenant Pesquet au rapport, commandante! 
 
KAYA KEENE
Pesquet, mon petit.  Vous vous habillez correctement,  prenez vos cliques et vos claques et vous me réveillez OKONKWO et VEGA.  Vous avez cinq minutes.
 
Pesquet s'exécute précipitamment en bredouillant:

ARTHUR PESQUET
5 sur 5.  A vos ordres mon... euh ma commante euh ma commandante.

Il disparaît en courant.

La commandante se rapproche du pupitre de Genesys qui essaie fébrilement d'activer des commandes.

GENESYS
Vous voyez, commandante, presque tout clignote au rouge. 
Je n'ai même pas accès aux redondances de sécurité, tout est verrouillé.
 
KAYA KEENE
On a accès aux écrans de contrôle des groupes moteurs?
 
GENESYS
Oui, je les ai vus tout à l'heure.
Attendez.

Elle scrolle sur un écran tactile. 

GENESYS
Ils sont là commandante. 
 
KAYA KEENE
Hmm... hmm...  Le groupe tribord est à 110% et le groupe bâbord à zéro.
Zéro?  
Non.
Vous êtez sûr que ce sont les relevés en direct?
 
GENESYS
Je pense, oui.  Sauf si on nous a piraté le système, mais le comportement de la station est cohérent avec les données, madame.
 
KAYA KEENE 
Pas bon ça.
 
GENESYS
Vous connaissez un moyen de rétablir, commandante? 
 
KAYA KEENE
Non.  Les moteurs à zéro doivent être préchauffés par des modules cargo spéciaux qu'on nous envoie pour l'occasion.  Pas avant soixante-douze heures au mieux.
Et là on a beaucoup moins que ça.
La Terre se rapproche...
En tout cas c'est pour ça qu'il y a des incidents de gravité. La station tourne autour d'un mauvais axe.
Putain mais quand viendront James et Suliman bordel?
 
Elle actionne son commlink.  

KAYA KEENE
Pesquet, nom de Dieu, vous les avez dégottés?
 
ARTHUR PESQUET
Oui commandante, le commandant OKONKWO s'habille, il arrive.
Mais je n'arrive pas à réveiller le commandant Vega  
 
KAYA KEENNE
Oh, merde, secouez vous, Pesquet!
On a une triple défaillance des systèmes ici!
Foutez-lui des claques, balancez lui un bol d'eau froide, mais démerdez-vous mon petit.  Et vite. 
 

SCENE 18: INT. NUIT - CABINE DE KIM

La cabine est vide mais on reconnaît l'endroit où Kim était assise, plus tôt dans l'épisode.  Et on reconnaît le cyberdeck, qui flotte mollement dans la pièce.

SCENE 19: INT. NUIT - COURSIVE TECHNIQUE INTERIEURE

Valandir et Kim courent le long d'une bande phosphorescente qui s'étend le long d'un petit couloir arrondi.  On entend un coup de feu.  Kim se retourne et canarde avec un fusil automatique planqué dans son bras.

Nouveaux coups de feu, en rafale.  Valandir et Kim plongent à terre, contre les parois de la coursive.  Mais ils se mettent brusquement à flotter dans le couloir.  Valandir prépare une boule de feu entre ses mains.

SCENE 20: INT. NUIT - PC DE SECURITE

Un troll (TAK) câblé, en uniforme de police (avec l'écusson de l'Oiseau de Paradis fixé sur la poitrine), regarde un écran de contrôle, les jambes en l'air en position d'astronaute, agrippé au bureau par les mains.  

Une alarme retentit, régulière, obsédante, inquiétante.

Sur l'écran de contrôle, plusieurs caméras de sécurité filment sous divers angles une suite hôtelière de luxe, en mode "urgence incendie" avec des spots oranges tournoyants et une lumière rouge.  Il y a un trou dans la paroi de la baie vitrée et des objets divers flottent dans le vide,  notamment des cuillères à thé en or et un coussin rouge portant l'emblème d'un dragon noir.

VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O) 
Au même moment, la commandante a confirmé une alarme de dépressurisation venant de l'une des suites réservées aux membres du Big Board.  Celle de MITSUHAMA.  
Les déclenchements automatiques des cloisonnements étanches avaient normalement fonctionné.
Elle ne voyait pas ce que voyait Tak depuis son poste de sécurité.  
Et Kaya KEENE était confrontée à des problèmes plus immédiats, alors elle n'a pas insisté.
 

SCENE 21: INT. SALLE D’AUDIENCE — CEIAOP — MATIN

Silence.
La salle blanche résonne du froissement des dossiers.
La présidente Elyna TREEHOUSE consulte une note, puis lève les yeux.

À sa droite,  Aurélius "SILVERMOON" Tarraf, petite hallucination génétique à mi-chemin entre un hobbit et un gobelin,  d'ascendance indienne, très maigre, un corps à la Iggy Pop, cheveux blancs encore beaux, oreilles très pointues, costume tape-à-l'oeil, bagues et bracelets divers, lunettes fines, yeux bleus malicieux, posture décontractée, intervient d’une voix calme.

SILVERMOON
Tout d’abord, nous disposons des enregistrements de secours du commlink de la commandante Keene.
En grande professionnelle, elle avait établi des redondances dans toutes ses procédures.

Il pose une main sur un commlink un peu rayé.

SILVERMOON
Cela nous permet de minuter précisément le déroulé de l’incident,
même en l’absence des books de commandes de la passerelle.

Treehouse acquiesce, puis lit un passage à voix haute.

TREEHOUSE
Plusieurs passagers du module du pont N2G
ont distinctement vu la lumière rouge caractéristique
de l’alarme de dépressurisation
derrière la baie vitrée trouée d’une des suites du pont N5.

Elle relève les yeux vers Kaya.

TREEHOUSE  
En recoupant avec le monitoring de la Passerelle
et les données du secrétariat général,
nous savons désormais qu’il s’agissait de la suite de MITSUHAMA.

Un murmure parcourt la salle.

TREEHOUSE 
Suite dans laquelle Toshiro Mitsuhama
et Daichi Sato‑Kai
tenaient des réunions de travail.
Ils s’y trouvaient probablement
au moment de la dépressurisation.

Elle marque une pause.
Son regard se fait plus perçant.

TREEHOUSE
Mais comment leur baie vitrée
s’est‑elle retrouvée trouée et fissurée ?

Silence.
On entend le crépitement des flashes.

TREEHOUSE
Nous l’ignorons.

La caméra se rapproche du visage de Kaya.
Elle ne cligne pas des yeux.

 

SCENE 22: EXT. STADE DREKKIVIK — REYKJAVIK — NUIT

Silence.

Un stade gigantesque, sculpté comme un dragon couché :

  • la tête forme la scène,
  • La régie-son est dans le museau 
  • le corps est dans la fosse, 
  • les ailes sont les gradins,
  • la queue serpente autour du bâtiment,
  • des écailles métalliques à l'entrée réfléchissent les lumières de la ville.

Un grondement sourd.
La foule hurle.
Des dizaines de milliers de spectateurs.
Des écrans holographiques flottent dans l’air glacé et pulsent comme des aurores boréales.  Le ciel est noir.

VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.)
Reykjavik…
La ville où l'histoire du Monde s'est infléchie.
Mais ça, personne ne le savait encore.
Pas même moi.

INT. SCÈNE — BACKSTAGE — NUIT

Les Chawa’s Seven s’installent sur la scène gigantesque, éclairée par des néons bleus et violets.

Bogo le Troll

Massif, tatoué, sourire carnassier.
Il teste ses fûts : BOOM — BOOM — BOOM.

Clameurs de la foule. 

Loggy le Halfeling

Minuscule, nerveux, rondouillard, souriant, entouré de claviers et de synthés.
Il règle un pad lumineux : bip-bip-bip.

Clameurs derechef. 

Rourik le Dredd

Nain à l’allure médiévale, barbe tressée, basse électronique en bandoulière.
Il accorde ses cordes avec une précision chirurgicale.

Applaudissements et hourras. 

Cumbren la Discrète

Orque longiligne, cheveux noirs jusqu’aux reins.
Elle ajuste sa contrebasse, murmure une note grave qui fait vibrer la scène.

Cris et rugissements de plaisirs. 

Amiouzy Daviar

Cousin de Manichawa, elfe guitariste, claviste et chanteur masculin.
Il vérifie son micro, lance un clin d’œil à la foule.

Cris aigus de filles et d'ados hystériques.

Niklas Zerkis

Elfe guitariste solo, choriste, violoniste, claviste.
Il fait courir son archet sur les cordes : une harmonie pure, presque sacrée, comme des nappes de synthé.

La foule rugit toute ensemble.

INT. LOGE DE MANICHAWA — NUIT

Une petite pièce à l'intérieur d'une caravane ronde, éclairée par des néons bleus.
Des costumes, des bijoux, des bouteilles d’eau, un miroir couvert de messages.

MANICHAWA, yeux bruns indiens, mais blonde et pâle, en tenue cyberpunk très robotique, est assise, jambes croisées, un joint de tempo entre les doigts.

Elle tire une dernière taffe, yeux mi-clos.

MANICHAWA
(à voix basse, sourire)
« Merci Ahmed… »

Elle rit.
Un rire léger, presque enfantin.
Sa tête tourne un peu.

Elle se lève, titube légèrement, attrape son oreillette de scène et la pose sur son oreille elfique, ajuste son bracelet lumineux.  Elle passe en revue trois ou quatre robes bien alignées sur un valet dans un coin de la pièce.

INT. BACKSTAGE — CONTINU

Elle avance dans le couloir, les lumières pulsant au rythme de l’introduction musicale.

Les Chawa’s Seven jouent les premières mesures.  La foule est en transe.  Commlinks allumés partout pour immortaliser l'instant.

Musique: Memories de The MIDNIGHT (dans une version modernisée par Manichawa) 

La scène tremble.  Chaque musicien entre dans la mélodie, l'un après l'autre.
Le dragon‑stade semble respirer.

MANICHAWA (V.O.)
Je suis une star de la B‑Synthé Pop.
Mille voix, mille visages.

Je cajole par l'art, je protège par des sourires, mais je ne prends pas soin de moi.

Je sais que ce soir, je sers d'appât.

Mais je m'en sortirai." 

Elle rit encore, nerveusement.

Elle arrive derrière le rideau.
La foule hurle son nom.  "CHAWA! CHAWA!"

EXT. SCÈNE — NUIT

Les projecteurs s’allument.

Manichawa entre.
Elle titube légèrement, mais son sourire est immense.
Rayonnante.
Magnétique.

Elle ajuste son pied de micro.
Pose une main sur son ventre et danse langoureusement.

Sa voix tremble au début.

Puis elle chante.

Une version modernisée, plus lente, plus féminine, plus fragile.
Sa voix flotte au-dessus du stade comme une prière.

La foule se tait.
Hypnotisée.

VOIX-OFF DE MANICHAWA (V.O.)
On dit que certaines voix peuvent changer le monde.
Je ne sais pas si c’est vrai.
Mais je sais que ce soir…
quelque chose m’attend.
Quelque chose qui dépasse ma musique.
Quelque chose qui ressemble à une destinée.

Elle ferme les yeux.
La lumière bleue l’enveloppe.

La caméra s’élève lentement au-dessus d’elle.  

Long fondu au noir.

SCENE 23: INT. OISEAU DE PARADIS — PASSERELLE DE PILOTAGE — NUIT

Silence.
Une lumière bleutée.
La Terre tourne lentement derrière les vitres panoramiques.

Il est 02:30.

La caméra avance lentement dans la passerelle.  On entend des ronflements.
Des officiers navigants dorment, affalés sur leurs consoles.
Des gobelets de café vides traînent à côté de leurs visages.

Un gros plan sur une main féminine.

Une petite fiole renversée, encore entre les doigts.
Une dernière goutte d’un liquide translucide tombe.

La main lâche la fiole.
Elle tombe dans une poubelle.

La caméra remonte.

CATELUNA NAVAJO, alias GENESYS DA SILVA, uniforme d’officier navigante, barrette velcro sur la poitrine.

Son visage est calme.
Trop calme.

Elle vérifie les écrans tactiles de son poste moteur.
Tout est vert.
Aucune alerte.

GENESYS
(chantonnant doucement)
« Ground control to Major Tom… »

Elle sourit.
Un sourire minuscule, presque tendre.

Elle touche son oreillette.

GENESYS
(à voix basse)
« Kim, c’est bon ?
Tu as désactivé les enregistrements des communications
et le registre des commandes ? »

Un souffle.
Puis une voix féminine, lointaine.

KIM (COMLINK)
« Oui.
C’est bon pour moi, Genesys. »

Genesys inspire profondément.
Elle ferme les yeux une seconde.

Puis elle appuie sur un bouton.

GENESYS
À toute l’équipe…
Vous me recevez ?
Valandir?
Tak?
 
"Tout est OK ?  
 
On y va..."

Silence.

La caméra filme d'en-haut la fiole au fond de la poubelle.

Puis elle recule lentement, révélant :

  • Genesys qui pianote sur son pupitre de commande 
  • Les écrans qui clignotent en orange 
  • les officiers endormis,
  • la passerelle de commande tout entière derrière la vitre panoramique (où la Terre se reflète)
  • et l’immensité du vide.

La musique monte.
Un grondement sourd.
Une vibration.

MANICHAWA (V.O.)
« Et c’est ainsi que tout a commencé.
Pas avec un cri.
Pas avec une explosion.
Mais avec une goutte.
Une seule.
La dernière. »

La lumière clignote.

Cut to black.


GENERIQUE DE FIN accompagné par la musique de The Midnight.

 

Manichawa: Tripti Dimri  

Kaya KEENE: Itziar Ituño 

Genesys DA SILVA : Ursula Corbero 

Valandir BRULESONGE: Pierre Niney

Takkeshi KATAUENDO dit "Tak": Pio Marmaï 

Kim SAVAGE: Anya Chalotra

Suliman VEGA: Mads Mikkelsen

James OKONKWO:  Chiwetel Eljofor

Code Vandal : Mark Strong

Toshiro MITSUHAMA: Kenji Oba

Daichi SATO-Kai: Fumiya Takahashi 

Présidente THREEHOUSE: Caroline Proust

Aurelius "Silvermoon" TARRAF: Peter Dinklage allons-y soyons fous...

Vikram CHANDRAWATI: Oscar Isaac

Arthur PESQUET: Nicolas Rihouey

 



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